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Prendre (pacifiquement) la capitale

Valérie Dufour , Clairandrée Cauchy   27 juin 2002 
Ottawa — Plus de 3000 personnes ont envahi le centre-ville d'Ottawa hier afin de protester contre le Sommet du G8 qui se tient à Kananaskis, en Alberta. Sous les yeux vigilants de centaines de policiers, les manifestants ont marché pacifiquement au coeur de la capitale fédérale, se contentant de lancer un peu de peinture et de griffonner quelques slogans à la bombe aérosol sur les devantures de multinationales et de sociétés d'État.

Il était un peu moins de 13h lorsque le cortège aux banderoles colorées s'est mis en branle pour une marche en zigzag au centre-ville. Rapides, les manifestants ont sillonné les principales rues en passant devant des banques, des sièges sociaux du gouvernement fédéral et des commerces. «À qui appartiennent les rues? Ce sont nos rues!», pouvait-on entendre pendant cette marche de protestation.

«Le G8 intensifie l'esclavage international. On assiste à une mobilisation du capital», a expliqué Bill Lakham, 72 ans, retraité d'une usine de caoutchouc et l'un des seuls représentants de sa génération au sein du groupe. Il avait fait le voyage depuis Toronto pour venir manifester.

Sous une pluie torrentielle, les contestataires ont marché plus de deux heures, circulant plusieurs fois sur les mêmes artères. Ils ont d'ailleurs été escortés par une horde de policiers à pied, à vélo et à bord de véhicules banalisés. La circulation automobile a été perturbée, causant quelque émoi chez les automobilistes.

La majorité des commerçants de la ville avaient choisi de garder leurs portes ouvertes. Les grandes tours de bureaux, les édifices gouvernementaux et les ambassades étaient soigneusement gardés par des agents de la paix. Craignant que sa vitrine se fasse fracasser, un franchisé de la multinationale McDonald a placardé sa façade, allant même jusqu'à masquer son enseigne avec du tissu noir.

Selon les informations recueillies par Le Devoir, quelques projectiles (balles de golf et peinture) ont été lancés sur des succursales de la Banque Scotia, de la Toronto Dominion et de la Banque de développement du Canada. Cependant, l'atmosphère était somme toute assez festive et la casse attendue n'est jamais survenue. Plusieurs manifestants avaient apporté du matériel pour se parer contre les attaques aux gaz lacrymogènes. Masques à gaz et foulards ont finalement servi à se protéger de la pluie.

«On a été capables de perturber les institutions de la ville», a soutenu Karina Chagnon, porte-parole de la coalition «Prenons la capitale». «Ça s'est très bien déroulé, les policiers ont été surpris. On marchait très vite, on était bien organisés. Ils ne s'attendaient pas à ça.» Mme Chagnon a surtout salué le fait qu'il n'y a pas eu beaucoup d'arrestations. Elle a dit croire que la température a joué en faveur des manifestants puisque les policiers n'ont pu utiliser ni poivre de Cayenne ni gaz lacrymogènes pour contrôler la foule.

«On s'attendait à des manifestations pacifiques et il y a effectivement eu peu d'incidents au cours de la journée», a reconnu le sergent Daniel Longpré, de la police d'Ottawa. Il a ajouté qu'un véhicule de la police a été légèrement endommagé. Du reste, les forces de l'ordre ont affirmé n'avoir fait qu'une seule arrestation. En tout début d'après-midi, les policiers ont maîtrisé une personne qui faisait l'objet d'une probation stipulant qu'il n'était pas autorisé à participer à de tels événements. Mais un groupe s'est jeté sur les policiers et ceux-ci ont dû relâcher l'individu. Une autre personne a alors été appréhendée pour voies de fait.

Vers 13h45, la foule s'est massée devant une résidence abandonnée. Plus tôt en journée, deux groupes communautaires locaux s'y étaient installés pour dénoncer la pénurie de logements abordables dans la région d'Ottawa. «Les policiers et les médias nous traitent de casseurs quand on parle d'actions directes. Mais les actions directes, c'est aussi le squat, a renchéri Karina Chagnon. On se réapproprie le logement. On cherche à améliorer les conditions de vie des gens.»

Après un long parcours, les manifestants se sont dirigés vers la colline parlementaire. Une fois sur les lieux, ils ont occupé le terrain et sont montés sur les marches devant l'entrée du parlement. Quelques joyeux lurons ont alors joué les effeuilleurs devant un parterre de caméras.

Les marcheurs ont ensuite participé à un rassemblement à saveur plus politique devant l'ambassade des États-Unis. Des blocs de béton avaient été installés devant l'édifice et des centaines d'agents de la GRC gardaient les lieux. Les policiers portaient le gilet pare-balles et, à la ceinture, pendaient un casque et du matériel fumigène pour disperser les foules. Les manifestants ont alors fait brûler une effigie de George W. Bush, rebaptisé le «BBQ texan» pour l'occasion.

Les manifestants se donnent de nouveau rendez-vous aujourd'hui sous le thème «Personne n'est illégal». Ils feront la tournée des ambassades pour dénoncer le racisme, les guerres, les génocides et les mesures de sécurité adoptées à la suite du 11 septembre.






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