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Cinq millions de litres de lait à donner... ou à jeter

Claude Turcotte   19 décembre 2003 
Depuis des années, le temps des Fêtes est une période de cauchemar pour les producteurs de lait du Québec. En effet, les usines de traitement et de transformation du lait ralentissent leurs activités et diminuent leurs commandes de lait, mais les vaches, elles, n'arrêtent pas de produire. Cette année, les producteurs prévoient de se retrouver avec un surplus de cinq millions de litres de lait entre le 24 décembre et le 5 janvier. Si les usines ne prennent pas ce lait, les producteurs devront le jeter.

La Fédération des producteurs de lait, en vertu d'une convention de mise en marché, est chargée de la cueillette quotidienne (sept jour par semaine) des 7,5 millions de litres de lait que les vaches du Québec produisent pour les usines de traitement (pasteurisation du lait de consommation ou transformation en fromage, yogourt et autres produits laitiers). Cette collecte se fait à tous les deux jours sur les fermes, donc chez la moitié des producteurs une journée et chez l'autre moitié le lendemain.

Or, cette année, les producteurs ne veulent pas subir l'odieux de déverser sur leurs terres cet important surplus de cinq millions de litres de lait. Ils ont donc décidé d'exercer de la pression sur les usines, explique Jean Vigneault, porte-parole de la fédération.

Depuis des mois, la fédération dit avoir tenté de trouver une solution avec les autres signataires de la convention de mise en marché du lait, soit Agropur, qui représente les coopératives, et le Conseil de l'industrie laitière, qui représente les entreprises privées, comme Saputo et tous les autres transformateurs.

Hier matin encore, il y a eu une réunion au cours de laquelle les représentants des usines ont promis de refaire leurs devoirs, affirme M. Vigneault. Les parties doivent se revoir ce matin. La fédération a donc décidé d'exercer un peu plus de pression en expliquant publiquement cette situation au Devoir. Elle s'est aussi adressée à la Régie des marchés agricoles pour lui demander d'obliger les usines à prendre ce surplus de lait. Elle a enfin sensibilité le cabinet de la ministre de l'Agriculture à cette situation.

Les producteurs sont eux-mêmes devenus beaucoup plus sensibles aux réactions de l'opinion publique, comme ils avaient pu le mesurer lors de déversements précédents de lait. Il y avait aussi eu une très vive réaction il y a quelque temps après qu'un producteur eut tué une vache devant les caméras de la télévision.

Pour bien montrer leur bonne foi, les producteurs ont même offert aux usines de leur donner ce lait à la condition que celui-ci soit retourné gratuitement aux banques alimentaires. Les producteurs, en vertu des règlements visant à assurer la qualité et la sécurité sanitaire, ne peuvent pas donner eux-mêmes ce lait directement à des consommateurs. Ils doivent nécessairement le faire par l'entremise des usines.

Par ailleurs, ce problème se pose particulièrement au temps des Fêtes parce que les usines ralentissement leur production pour donner congé à leurs employés et éviter d'avoir à payer des heures supplémentaires.

Pour leur part, les producteurs laitiers ne peuvent pas entreposer plus que l'équivalent de quatre traites dans leurs équipements de ferme. Dans certains cas, la limite peut aller jusqu'à six traites, mentionne M. Vigneault. Toutes les semaines, la fédération reçoit les commandes des usines et il faut remplir ces commandes. Mercredi dernier, elle a reçu confirmation des demandes des usines pour le temps des Fêtes, ce qui lui permet d'établir qu'il y aura cette année un surplus de cinq millions de litres entre le 24 décembre et le 5 janvier.






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