vendredi 10 février 2012 Dernière mise à jour 10h13
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

Des anarchistes à Radio-Canada

La série Les Bougon fait déjà jaser

Paul Cauchon   19 décembre 2003 
Rémy Girard
Rémy Girard
Radio-Canada se dit d'attaque, et le directeur des programmes, Mario Clément, entend défendre le projet sur toutes les tribunes s'il le faut.

Le projet en question prend la forme de 13 demi-heures, a pour titre Les Bougon et envahira les ondes radio-canadiennes dans trois semaines. Le télédiffuseur public n'a pas prévu de ligne téléphonique spéciale pour répondre aux plaintes éventuelles mais se prépare néanmoins à toute éventualité alors que cette production risque de faire jaser.

Les Bougon, c'est l'histoire d'une famille qui a décidé de profiter du système. Cette famille est dominée par le père, Paul Bougon (Rémy Girard), un ancien débardeur qui s'est tellement fait exploiter et qui a tellement souffert du manque de justice qu'il a décidé que sa famille allait maintenant «fourrer le système», dit-il.

La famille Bougon reçoit plusieurs pensions de vieillesse pour de faux vieillards et possède des permis de garderie pour recevoir des subventions sans pourtant y avoir droit. La mère vend de fausses cartes d'assurance-maladie aux immigrants. Le fils organise des coups fumants et divers larcins tout en refilant son butin à un établissement de prêts sur gages dirigé par un policier corrompu. La fille se lève tous les matins avec un nouvel homme dans son lit après une nuit passée à travailler comme danseuse nue. Dans ce doux foyer exemplaire, on trouve également un vieillard impotent qui sent mauvais et un chien appelé Ben Laden.

C'est souvent férocement drôle, les répliques sont d'un humour assassin, les comédiens sont superbes, c'est bien rythmé... et c'est surtout très provocateur. Si la vaisselle sale traîne autant dans la maison, c'est parce que, selon le père Bougon, on vit dans un quartier où l'espérance de vie est moins longue de 11 ans que dans les quartiers riches, et «on a autre chose à faire que la vaisselle, puisqu'on vit moins longtemps». Chez les Bougon, il y a aussi un enfant de dix ans, un petit Chinois adopté, qui doit évidemment aller à l'école, mais «la seule chose qui a changé depuis que l'école est obligatoire, explique un autre personnage, c'est que maintenant, les pauvres savent lire».

On trouve donc dans Les Bougon un discours social provocateur qui laisse entendre que l'ensemble du système social est malade, que les pouvoirs demeurent inégalement répartis et que cette famille en a tiré sa propre conclusion pour maintenant faire cavalier seul.

Hier déjà, lors du visionnement des premiers épisodes devant les médias, le débat a été lancé, un journaliste s'indignant du ton de la série, ce qui est plutôt rare dans ce type d'événement promotionnel. Rémy Girard est monté aux barricades pour soutenir que «la série ne rit pas des gens qui sont sur l'aide sociale, elle rit des gens qui essaient de les fourrer!».

Mario Clément est très clair: «Nous allons appuyer complètement cette série, dit-il. On y trouve une cohérence, une qualité, des personnages attachants. Cette famille révèle en nous un caractère rebelle. Ce sont des anarchistes, qui ne se sentent pas intégrés à la société.»

Et Mario Clément conclut, sur un ton provocateur: «Qu'est-ce qui est le plus choquant à la télévision? La vision du monde critique des Bougon ou les participants de Loft Story qui essaient de coucher ensemble?»

Un autre comédien, Claude Laroche, qui interprète le «mononcle» de la famille, précise que «le rôle de la télévision, ce n'est pas d'être correct, c'est de donner un véritable point de vue d'auteur».

Cet auteur par qui le scandale pourrait arriver s'appelle François Avard. Il a 35 ans, il est coauteur de Ramdam à Télé-Québec, il a adapté les textes de Caméra Café à TVA, travaille sur Trois fois rien à TQS, écrit des textes pour des humoristes comme Martin Matte ou Louis-José Houde et vient de publier un roman chez Libre Expression.

Interrogé sur ses influences possibles, François Avard cite Les Simpson comme étant peut-être ce qui se rapprocherait le plus des Bougon...

La série est produite par Fabienne Larouche, qui apprécie que Radio-Canada prenne un tel risque en matière de création.

Radio-Canada a déjà prévu une suite l'an prochain. Mais c'est bien sûr le public qui sera le dernier juge, à compter du mercredi 7 janvier prochain. À 21h.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • yannic jetté
    Inscrit
    vendredi 19 décembre 2003 10h00
    Anarchiste
    J'en ai plus que ma claque de voir les gens utiliser le mot anarchiste à tort et à travers, ce mot fait référence à un mode d'organisation sociale alternatif qui n'a rien à voir avec le fait de parasiter les vestiges sociaux d'un capitalisme pourri..Dire que le gros Rémi incarne l'anarchie, c'est comme dire que le monde entier se réjoui de la capture de saddam,.., c'est de la désinformation pure et simple..Merci de voir à ce que l'acte de s'informer demeure un plaisir et non une récurente désillusion tranquille """Avec tout mon respect bonne journée...Yanik de Eunice Louisiana

  • FARID KODSI
    Inscrit
    vendredi 19 décembre 2003 10h48
    Radio-Canada - le réseau des syndicalistes et souverainistes
    Cela ne m'étonne guère de voir des anarchistes à Radio-Canada puisque ce réseau a toujours prôner la marginalité et la révolte dans la plupart de ses téléromans; en voici un de plus pour endormir la société québécoise et non canadienne des clichés entretenus par le monde artitisque et syndicaliste du Québec des années 70, plus ça change, plus c'est pareil.

    La révolte contre l'Église avec le débordement de sacres faisant partie, selon les dires de certains réalisateurs et artistes, de l'identité québécoise tout en prévoyant certains clichés en faveur du pays du Québec et de la souveraineté comme cela a toujours été le cas dans tous les documentaires, téléromans et films financés en grande partie par le gouvernement du Canada et par Radio-Canada, une société bel et bien canadienne mais qui ne fait que promouvoir l'identité québécoise sans se soucier des autres Canadiens d'expression française partout au pays.

  • Jacques Lecavalier
    Abonné
    vendredi 19 décembre 2003 11h22
    Bougonnons!
    Seule la créativité peut redonner à la télé de Radio-Canada un peu de l'espace qu'elle occupait. Cessons les critiques conservatrices et laissons aller la série Les Bougon. Ce seront eux les vrais «moutons noirs», pas TQS.

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    vendredi 19 décembre 2003 20h13
    À bas la rectitude!
    Si cette série peu se moquer sans complaisance de tous nos travers, même constitutionnels, alors là j'en suis! Je retiens les propos de Farid Kodsi selon lesquels Radio-Canada ne représente à peu près seulement que la société québécoise. J'aimerais bien que l'on me présente la société acadienne de même que les francophones hors-Québec, histoire de voir leurs splendeurs mais aussi leurs misères de collectivités isolées (nous ne sommes plus des canadiens-français) et en voie d'assimilation ou de résistance autrement qu'à travers les lunettes jovialistes de RDI. D'autre part je ne vois pas comment monsieur Kodsi peu prétendre que Radio-Canada est souverainiste alors que l'on observe tous les jours les ''glissades'' sur la question nationale de tous les animateurs y compris la superbe Marie-France Bazzo. Si cette télé était québécoise, monsieur Kodsi, l'on pourrait imaginer le personnage de Lacaille, dans Virginie, amener ses étudiants à discuter de Lionel Groulx.

  • FARID KODSI
    Inscrit
    dimanche 21 décembre 2003 23h43
    Un autre adepte de Virginie
    Certains ont été piqués au vif par les tendances syndicalistes et souverainistes de Radio-Canada et j'en suis fort aise.

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
5 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Recherche complète sur le même sujet


Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012