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Dora Wasserman est décédée - Celle qui a sauvé le théâtre yiddish

18 décembre 2003 
La grande dame du théâtre juif de Montréal est décédée à l'âge de 84 ans. Dora Wasserman, Goldfarb de son nom de jeune fille, est née le 30 juin 1919 à Jetomir, en Ukraine. C'est la dernière d'une famille fort modeste (son père était serrurier) de cinq enfants. Après des études à l'École de chant Rimsky-Korsakov de Moscou, elle entre à l'école du Théâtre juif de Moscou (le GOSET), d'où elle sort en 1939, après quatre ans de formation sous les grands maîtres juifs et non juifs de l'époque, particulièrement Shloyme Mikhoels, metteur en scène et formateur audacieux qui a réalisé une synthèse remarquable — mais peu diffusée — des travaux de Stanislavski et de Meyerhold.

Son diplôme en poche, Dora quitte Moscou pour l'Ukraine, mais la guerre la force à partir loin à l'est, dans le Kazakhstan. C'est là qu'elle rencontre son futur mari, Sam Wasserman, juif réfugié de Pologne. Après la guerre, le jeune couple se rend dans la Pologne dévastée. Toute la famille Wasserman a été tuée. Le couple décide donc d'émigrer et arrive à Montréal, avec ses deux filles, en 1949.

Dès son arrivée à Montréal, Dora donne des cours de yiddish et initie de jeunes juifs montréalais au théâtre yiddish. Avec l'appui de la communauté juive mais aussi de Gratien Gélinas, Dora parvient à produire des spectacles yiddish avec des adultes amateurs et des enfants. Alors que, partout ailleurs dans le monde, le théâtre yiddish décline et disparaît, Dora redonne au théâtre yiddish de Montréal, dont on retrouve les origines jusqu'en 1896, un formidable élan qui aboutit à la création du Groupe de théâtre yiddish (GTY) en 1957. Troupe permanente unique en son genre, le GTY, depuis cette date, a donnée en moyenne deux spectacles à grand déploiement par année.

Dora n'a pas seulement revisité le répertoire yiddish traditionnel, elle a commandé de nouvelles oeuvres, mobilisé des compositeurs et des paroliers. Elle a aussi eu à coeur de faire connaître le théâtre juif aux non-juifs et à faire découvrir à son public les grandes oeuvres du répertoire mondial en yiddish. C'est ainsi qu'en 1992, elle créait Les Belles-Soeurs en yiddish. Le GTY a fait de nombreuses tournées à l'étranger, y compris en Israël.

Si Montréal est la seule ville au monde où on a du théâtre yiddish depuis plus de 100 ans, c'est grâce à Dora Wasserman, et c'est également à elle qu'on doit des dizaines de spectacles originaux et de grande qualité.

Philanthrope, ouverte à l'altérité, animées d'une rare volonté de construire des ponts entre les cultures, Dora Wasserman est avant tout une femme de théâtre surdouée. Ses spectacles portent sa signature et témoignent bien des valeurs qu'elle a acquises au GOSET: direction d'acteurs rigoureuse, jeux d'ensemble soignés, omniprésence du chant et de la musique. Suivre Dora dans le processus des créations du GTY, comme j'ai pu le faire pendant quelques mois, était une expérience inoubliable qui mettait en rapport direct avec les grands créateurs russes de la modernité, de Stanislavski à Vakhtangov. C'était une leçon de théâtre en même temps qu'une leçon d'histoire. Et c'est à l'histoire, justement, que Dora appartient désormais.






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