Le «châtiment suprême» pour Hussein, dit Bush
Photo : Agence Reuters
Le président George W. Bush et la journaliste-vedette d’ABC Diane Sawyer, au cours d’une interview réalisée hier à la Maison-Blanche.
Washington — Le président américain George W. Bush a estimé que Saddam Hussein mérite le «châtiment suprême» lors de son procès, dans un entretien diffusé hier soir par la chaîne de télévision ABC.
«Nous verrons quel châtiment il reçoit. Mais je pense qu'il mérite de recevoir le châtiment suprême. Pour ce qu'il a fait endurer à son peuple. C'est un tortionnaire. Un assassin. Ils avaient des chambres où l'on violait. C'est un tyran dégoûtant qui mérite la justice, la justice ultime», a déclaré M. Bush. Selon le site Internet de la chaîne, le président américain a fait cette déclaration à la journaliste vedette d'ABC Diane Sawyer lors d'un entretien.
Lors d'une conférence de presse lundi, M. Bush avait refusé de répondre à une question lui demandant s'il pensait que Saddam Hussein devait être passible de la peine de mort. «J'ai mes opinions personnelles sur la façon dont il [Saddam] doit être traité, mais je ne suis pas un citoyen irakien. Ce sont les Irakiens qui vont devoir décider», s'était-il borné à déclarer.
Interrogé sur un éventuel retrait des troupes américaines actuellement engagées en Irak, M. Bush a répondu que les États-Unis et leurs partenaires de la coalition devaient auparavant atteindre leurs objectifs. «La meilleure façon de manquer de respect aux soldats qui sont morts est de partir trop tôt», a-t-il dit.
Arrivé hier en Irak, le général Richard Myers, chef de l'état-major interarmes américain, a jugé que le maintien d'une présence militaire des États-Unis dans le pays «dépendrait des événements au cours des deux prochaines années». Il a ajouté que sa priorité était pour l'heure la préparation de la rotation de troupes prévue à compter de février.
Arrêté samedi dernier par les troupes américaines, l'ex-dictateur irakien est actuellement interrogé par la CIA, les services de renseignement américains.
Selon des experts américains, c'est la première fois que les autorités américaines annoncent officiellement que l'interrogatoire d'un dirigeant étranger capturé est conduit par la CIA. «C'est sans précédent», a indiqué à l'AFP John Pike, directeur du centre de réflexion GlobalSecurity.org, spécialisé dans les questions de défense et du renseignement. Il rappelle que Manuel Noriega, lui-même un ancien agent de la CIA, avait été capturé en 1989 par l'armée américaine au Panama, sur instruction de George Bush père, alors président des États-Unis, puis remis au département de la Justice. «On peut imaginer que la CIA avait un agent dans la pièce [où Noriega était questionné] afin d'être certaine qu'il ne révélerait aucun secret», a noté M. Pike. Il souligne aussi que les responsables du réseau terroriste al-Qaïda actuellement détenus par les Américains au secret sont eux aussi interrogés par les agents de la CIA.
Saddam Hussein a subi des interrogatoires non judiciaires. L'ex-président irakien a nié diriger ou organiser les attaques en Irak ainsi que l'existence d'armes de destruction massive (ADM), selon le New York Times.
Dans ce contexte confus, le Conseil de sécurité des Nations unies examinait hier à New York le calendrier du transfert de souveraineté envisagé par Washington, en présence du chef de la diplomatie irakienne Hoshyar Zebari, membre du Conseil de gouvernement intérimaire, qui a plaidé pour un retour de l'organisation internationale en Irak.
Corollaire obligé d'un transfert de souveraineté, le principe d'un procès de Saddam Hussein devant un tribunal spécial irakien n'est pas agréé par tous, même si le gouvernement provisoire installé par Washington y est bien entendu favorable.
«Je pense que le procès sera juste et équitable parce que toutes les parties ont intérêt à ce qu'il le soit, a fait valoir Entifadh Qanbar, porte-parole d'Ahmed Chalabi, membre du Conseil de gouvernement, dans un entretien à la BBC. Un procès organisé en Irak par des Irakiens permettrait de soigner les blessures des victimes ou des familles de victimes.»
Le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan a déclaré que la question de la participation de l'ONU à un procès n'était pas prévue, tout en rappelant que les Nations unies «n'étaient pas en faveur de la peine de mort». Le président en exercice du Conseil de gouvernement irakien, Abdel Aziz Hakim, a déclaré que Saddam Hussein serait jugé par le Tribunal pénal irakien et risquerait la peine capitale.
La famille de Saddam Hussein a elle aussi fait entendre sa voix en plaidant pour que l'ex-dictateur bénéficie des services d'un avocat — fonction que le Français Jacques Vergès serait disposé à assumer — et d'un procès digne de ce nom. «Nous exigeons un procès équitable, pas un procès organisé par le Conseil de gouvernement désigné par l'occupant, a lancé Raghad Saddam Hussein, fille de l'ancien raïs, sur la chaîne al-Arabiya. Ce procès doit être international. Nous devons avoir le droit de défendre légalement notre père.»
Le Vatican s'est lui aussi exprimé sur ce point par la voix du cardinal Renato Martino, président du Conseil pontifical pour la justice et la presse. Selon lui, Saddam Hussein doit être jugé «dans un lieu approprié» mais il ne peut être question de la peine capitale.
Loin de ce débat, la situation sur le terrain ne semble pas s'apaiser, bien au contraire. Des militaires américains ont ainsi tué onze assaillants dans une attaque de la guérilla à Samarra, ville du «triangle sunnite» à une centaine de kilomètres au nord de Bagdad, tandis que l'explosion d'une bombe à Tikrit, fief de Saddam Hussein, faisait trois blessés chez les GI.
Dans le même temps, un rassemblement pro-Saddam a dégénéré à Mossoul, dans le nord du pays, faisant un mort et un blessé dans les rangs de la police irakienne. La veille, trois manifestants avaient été tués et deux autres blessés dans les même conditions à Ramadi, à l'ouest de capitale.
L'arrestation de Saddam Hussein a profité politiquement à George W. Bush aux États-Unis. Sa cote de popularité est en effet passée de 52 % samedi à 58 % dimanche, le jour où les Américains ont appris la capture de l'ancien dictateur irakien, selon un sondage rendu public hier. D'après ce sondage NBC-Wall Street Journal, 76 % des personnes interrogées estiment que les États-Unis devraient réussir en Irak, alors qu'elles n'étaient que 72 % à penser cela samedi.
L'armée américaine a arrêté un haut responsable de l'ancien régime irakien qui finançait la guérilla et a découvert une grande quantité d'explosifs, lors d'un raid hier près de la ville de Samarra, ont indiqué des officiers. Selon le capitaine Gaven Gregory, Quaiss Hattam a été arrêté par la 4e division d'infanterie. Il était le cinquième sur la liste des anciens membres du régime recherchés par la division.
Enfin, Tony Blair a affirmé hier disposer de «preuves massives» communiquées par l'Iraq Survey Group de la présence en Irak de «laboratoires clandestins» qui pourraient, dit-il, avoir été utilisés pour fabriquer des ADM.
«Nous verrons quel châtiment il reçoit. Mais je pense qu'il mérite de recevoir le châtiment suprême. Pour ce qu'il a fait endurer à son peuple. C'est un tortionnaire. Un assassin. Ils avaient des chambres où l'on violait. C'est un tyran dégoûtant qui mérite la justice, la justice ultime», a déclaré M. Bush. Selon le site Internet de la chaîne, le président américain a fait cette déclaration à la journaliste vedette d'ABC Diane Sawyer lors d'un entretien.
Lors d'une conférence de presse lundi, M. Bush avait refusé de répondre à une question lui demandant s'il pensait que Saddam Hussein devait être passible de la peine de mort. «J'ai mes opinions personnelles sur la façon dont il [Saddam] doit être traité, mais je ne suis pas un citoyen irakien. Ce sont les Irakiens qui vont devoir décider», s'était-il borné à déclarer.
Interrogé sur un éventuel retrait des troupes américaines actuellement engagées en Irak, M. Bush a répondu que les États-Unis et leurs partenaires de la coalition devaient auparavant atteindre leurs objectifs. «La meilleure façon de manquer de respect aux soldats qui sont morts est de partir trop tôt», a-t-il dit.
Arrivé hier en Irak, le général Richard Myers, chef de l'état-major interarmes américain, a jugé que le maintien d'une présence militaire des États-Unis dans le pays «dépendrait des événements au cours des deux prochaines années». Il a ajouté que sa priorité était pour l'heure la préparation de la rotation de troupes prévue à compter de février.
Arrêté samedi dernier par les troupes américaines, l'ex-dictateur irakien est actuellement interrogé par la CIA, les services de renseignement américains.
Selon des experts américains, c'est la première fois que les autorités américaines annoncent officiellement que l'interrogatoire d'un dirigeant étranger capturé est conduit par la CIA. «C'est sans précédent», a indiqué à l'AFP John Pike, directeur du centre de réflexion GlobalSecurity.org, spécialisé dans les questions de défense et du renseignement. Il rappelle que Manuel Noriega, lui-même un ancien agent de la CIA, avait été capturé en 1989 par l'armée américaine au Panama, sur instruction de George Bush père, alors président des États-Unis, puis remis au département de la Justice. «On peut imaginer que la CIA avait un agent dans la pièce [où Noriega était questionné] afin d'être certaine qu'il ne révélerait aucun secret», a noté M. Pike. Il souligne aussi que les responsables du réseau terroriste al-Qaïda actuellement détenus par les Américains au secret sont eux aussi interrogés par les agents de la CIA.
Saddam Hussein a subi des interrogatoires non judiciaires. L'ex-président irakien a nié diriger ou organiser les attaques en Irak ainsi que l'existence d'armes de destruction massive (ADM), selon le New York Times.
Dans ce contexte confus, le Conseil de sécurité des Nations unies examinait hier à New York le calendrier du transfert de souveraineté envisagé par Washington, en présence du chef de la diplomatie irakienne Hoshyar Zebari, membre du Conseil de gouvernement intérimaire, qui a plaidé pour un retour de l'organisation internationale en Irak.
Corollaire obligé d'un transfert de souveraineté, le principe d'un procès de Saddam Hussein devant un tribunal spécial irakien n'est pas agréé par tous, même si le gouvernement provisoire installé par Washington y est bien entendu favorable.
«Je pense que le procès sera juste et équitable parce que toutes les parties ont intérêt à ce qu'il le soit, a fait valoir Entifadh Qanbar, porte-parole d'Ahmed Chalabi, membre du Conseil de gouvernement, dans un entretien à la BBC. Un procès organisé en Irak par des Irakiens permettrait de soigner les blessures des victimes ou des familles de victimes.»
Le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan a déclaré que la question de la participation de l'ONU à un procès n'était pas prévue, tout en rappelant que les Nations unies «n'étaient pas en faveur de la peine de mort». Le président en exercice du Conseil de gouvernement irakien, Abdel Aziz Hakim, a déclaré que Saddam Hussein serait jugé par le Tribunal pénal irakien et risquerait la peine capitale.
La famille de Saddam Hussein a elle aussi fait entendre sa voix en plaidant pour que l'ex-dictateur bénéficie des services d'un avocat — fonction que le Français Jacques Vergès serait disposé à assumer — et d'un procès digne de ce nom. «Nous exigeons un procès équitable, pas un procès organisé par le Conseil de gouvernement désigné par l'occupant, a lancé Raghad Saddam Hussein, fille de l'ancien raïs, sur la chaîne al-Arabiya. Ce procès doit être international. Nous devons avoir le droit de défendre légalement notre père.»
Le Vatican s'est lui aussi exprimé sur ce point par la voix du cardinal Renato Martino, président du Conseil pontifical pour la justice et la presse. Selon lui, Saddam Hussein doit être jugé «dans un lieu approprié» mais il ne peut être question de la peine capitale.
Loin de ce débat, la situation sur le terrain ne semble pas s'apaiser, bien au contraire. Des militaires américains ont ainsi tué onze assaillants dans une attaque de la guérilla à Samarra, ville du «triangle sunnite» à une centaine de kilomètres au nord de Bagdad, tandis que l'explosion d'une bombe à Tikrit, fief de Saddam Hussein, faisait trois blessés chez les GI.
Dans le même temps, un rassemblement pro-Saddam a dégénéré à Mossoul, dans le nord du pays, faisant un mort et un blessé dans les rangs de la police irakienne. La veille, trois manifestants avaient été tués et deux autres blessés dans les même conditions à Ramadi, à l'ouest de capitale.
L'arrestation de Saddam Hussein a profité politiquement à George W. Bush aux États-Unis. Sa cote de popularité est en effet passée de 52 % samedi à 58 % dimanche, le jour où les Américains ont appris la capture de l'ancien dictateur irakien, selon un sondage rendu public hier. D'après ce sondage NBC-Wall Street Journal, 76 % des personnes interrogées estiment que les États-Unis devraient réussir en Irak, alors qu'elles n'étaient que 72 % à penser cela samedi.
L'armée américaine a arrêté un haut responsable de l'ancien régime irakien qui finançait la guérilla et a découvert une grande quantité d'explosifs, lors d'un raid hier près de la ville de Samarra, ont indiqué des officiers. Selon le capitaine Gaven Gregory, Quaiss Hattam a été arrêté par la 4e division d'infanterie. Il était le cinquième sur la liste des anciens membres du régime recherchés par la division.
Enfin, Tony Blair a affirmé hier disposer de «preuves massives» communiquées par l'Iraq Survey Group de la présence en Irak de «laboratoires clandestins» qui pourraient, dit-il, avoir été utilisés pour fabriquer des ADM.
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