Libre opinion: Une commission pour les centres d'hébergement
Mario Dumont - Chef de l'Action démocratique du Québec
17 décembre 2003
Au lendemain de la mise en tutelle de la résidence Saint-Charles-Borromée, Jean-Robert Sansfaçon y allait d'un éditorial qui nous semble on ne peut plus approprié en ce qui concerne la suite à donner à ce dossier: «Le ministre [de la Santé] doit élargir son intervention et envisager de revoir l'ensemble des conditions de vie et de travail dans les centres d'hébergement de longue durée. Des ressources seront nécessaires, mais aussi une nouvelle approche et des règles plus strictes afin de régir les rapports entre le personnel et les usagers.»
L'Action démocratique du Québec souhaite justement que ce «vaste chantier» prenne une forme bien concrète et ouverte, soit une commission d'enquête publique. Nous réclamons cette commission afin de faire toute la lumière sur la qualité des soins dans les centres d'hébergement du Québec, de s'assurer du respect de la dignité des personnes âgées et handicapées et de préparer de manière responsable et lucide le vieillissement de notre population. Il ne s'agit donc pas de faire une chasse aux sorcières, ni de tenter d'identifier des boucs émissaires, mais bien de réfléchir ensemble à l'approche souhaitée pour nos proches et nous-mêmes.
Au cours des derniers jours, le Conseil pour la protection des malades a affirmé dénombrer au moins une dizaine de cas à travers le Québec qui s'apparentent à celui de Saint-Charles-Borromée. Le ministre s'en est montré bien peu surpris. Il a aussi reconnu que la «loi du silence» prévaut actuellement à l'intérieur des établissements et du réseau. N'est-ce pas suffisant pour réclamer que nous puissions nous donner un forum collectif où tous pourront s'exprimer sans peur de représailles [...]?
Il est impératif que nous ayons, comme société, une connaissance véritable et globale de l'ampleur des problèmes auxquels sont chaque jour confrontées les personnes les plus fragiles de notre société. La tenue d'une commission d'enquête publique permettrait d'amorcer une prise de conscience et, surtout, une véritable réflexion collective sur les conditions de vie de nos aînés. Ce dialogue social serait une occasion unique de repenser notre système d'hébergement à la lumière des valeurs fondamentales que sont la dignité, la compassion et le respect.
Nous refusons de penser que les Québécois doivent se contenter d'accepter sans rien dire les conditions actuelles d'hébergement de nos aînés. Nous ne croyons pas non plus que la solution réside dans des interventions ponctuelles menées à l'interne. Les différents rapports sur cette question, de même que les multiples cas alarmants rapportés par les médias, ont largement fait la preuve de l'incapacité du système bureaucratique à corriger définitivement cette situation inadmissible. [...]
Établir une nouvelle culture
Les Nations unies ont adopté, à l'égard des personnes âgées, des principes qui font réfléchir. Il est édicté en matière de soins que «les personnes âgées devraient bénéficier des soins et de la protection des familles et de la collectivité dans le respect du système de valeurs culturelles de chaque société». Dans cette veine, nous demandons au ministre de la Santé de relever le défi qui s'offre au Québec afin d'adapter l'intervention publique aux besoins d'ici et d'aujourd'hui. [...]
Quarante ans après la Commission royale d'enquête sur l'enseignement (commission Parent), qui a modernisé l'éducation québécoise, il nous faut avoir le même courage et la même audace que ces hommes et ces femmes qui ont procédé à la démocratisation de notre système d'éducation. Nous voyons dans l'hébergement en institution un défi pour notre génération, soit de créer une culture, un milieu de vie et des institutions qui procurent à nos personnes âgées et handicapées un cadre de vie sécuritaire, stimulant et avant tout humain.
La commission devrait mettre en lumière les conditions de vie actuelles des personnes qui vivent dans les centres d'hébergement. Il nous faut donner la parole à ceux qui vivent quotidiennement la réalité des centres d'hébergement. Les bénéficiaires, leurs proches, le personnel, les gestionnaires, les experts et tous ceux qui ont à coeur le sort réservé aux adultes les plus fragiles de notre société doivent avoir voix au chapitre.
Mais il faut aller encore plus loin. La commission doit évaluer les pratiques et les valeurs qui habitent actuellement les acteurs du réseau pour ensuite proposer et implanter les changements organisationnels qui s'imposeront. La commission aurait aussi mandat de revoir l'efficacité du processus de plainte mis à la disposition des bénéficiaires et des familles de ceux-ci. Revoir également les critères d'embauche et la formation des employés qui interviennent directement auprès des bénéficiaires.
Finalement, et c'est peut-être le plus grand défi, elle devra recommander des mesures et des correctifs afin de répondre à la demande croissante imminente de places en hébergement dans le contexte d'une société qui vieillit rapidement. Une sage révolution doit s'amorcer en vue de préparer notre avenir. Nous devons mettre en place les conditions qui permettront d'assurer l'autonomie, le respect et, en fin de compte, le bonheur de ceux et celles qui ont contribué à façonner le Québec.
L'Action démocratique du Québec souhaite justement que ce «vaste chantier» prenne une forme bien concrète et ouverte, soit une commission d'enquête publique. Nous réclamons cette commission afin de faire toute la lumière sur la qualité des soins dans les centres d'hébergement du Québec, de s'assurer du respect de la dignité des personnes âgées et handicapées et de préparer de manière responsable et lucide le vieillissement de notre population. Il ne s'agit donc pas de faire une chasse aux sorcières, ni de tenter d'identifier des boucs émissaires, mais bien de réfléchir ensemble à l'approche souhaitée pour nos proches et nous-mêmes.
Au cours des derniers jours, le Conseil pour la protection des malades a affirmé dénombrer au moins une dizaine de cas à travers le Québec qui s'apparentent à celui de Saint-Charles-Borromée. Le ministre s'en est montré bien peu surpris. Il a aussi reconnu que la «loi du silence» prévaut actuellement à l'intérieur des établissements et du réseau. N'est-ce pas suffisant pour réclamer que nous puissions nous donner un forum collectif où tous pourront s'exprimer sans peur de représailles [...]?
Il est impératif que nous ayons, comme société, une connaissance véritable et globale de l'ampleur des problèmes auxquels sont chaque jour confrontées les personnes les plus fragiles de notre société. La tenue d'une commission d'enquête publique permettrait d'amorcer une prise de conscience et, surtout, une véritable réflexion collective sur les conditions de vie de nos aînés. Ce dialogue social serait une occasion unique de repenser notre système d'hébergement à la lumière des valeurs fondamentales que sont la dignité, la compassion et le respect.
Nous refusons de penser que les Québécois doivent se contenter d'accepter sans rien dire les conditions actuelles d'hébergement de nos aînés. Nous ne croyons pas non plus que la solution réside dans des interventions ponctuelles menées à l'interne. Les différents rapports sur cette question, de même que les multiples cas alarmants rapportés par les médias, ont largement fait la preuve de l'incapacité du système bureaucratique à corriger définitivement cette situation inadmissible. [...]
Établir une nouvelle culture
Les Nations unies ont adopté, à l'égard des personnes âgées, des principes qui font réfléchir. Il est édicté en matière de soins que «les personnes âgées devraient bénéficier des soins et de la protection des familles et de la collectivité dans le respect du système de valeurs culturelles de chaque société». Dans cette veine, nous demandons au ministre de la Santé de relever le défi qui s'offre au Québec afin d'adapter l'intervention publique aux besoins d'ici et d'aujourd'hui. [...]
Quarante ans après la Commission royale d'enquête sur l'enseignement (commission Parent), qui a modernisé l'éducation québécoise, il nous faut avoir le même courage et la même audace que ces hommes et ces femmes qui ont procédé à la démocratisation de notre système d'éducation. Nous voyons dans l'hébergement en institution un défi pour notre génération, soit de créer une culture, un milieu de vie et des institutions qui procurent à nos personnes âgées et handicapées un cadre de vie sécuritaire, stimulant et avant tout humain.
La commission devrait mettre en lumière les conditions de vie actuelles des personnes qui vivent dans les centres d'hébergement. Il nous faut donner la parole à ceux qui vivent quotidiennement la réalité des centres d'hébergement. Les bénéficiaires, leurs proches, le personnel, les gestionnaires, les experts et tous ceux qui ont à coeur le sort réservé aux adultes les plus fragiles de notre société doivent avoir voix au chapitre.
Mais il faut aller encore plus loin. La commission doit évaluer les pratiques et les valeurs qui habitent actuellement les acteurs du réseau pour ensuite proposer et implanter les changements organisationnels qui s'imposeront. La commission aurait aussi mandat de revoir l'efficacité du processus de plainte mis à la disposition des bénéficiaires et des familles de ceux-ci. Revoir également les critères d'embauche et la formation des employés qui interviennent directement auprès des bénéficiaires.
Finalement, et c'est peut-être le plus grand défi, elle devra recommander des mesures et des correctifs afin de répondre à la demande croissante imminente de places en hébergement dans le contexte d'une société qui vieillit rapidement. Une sage révolution doit s'amorcer en vue de préparer notre avenir. Nous devons mettre en place les conditions qui permettront d'assurer l'autonomie, le respect et, en fin de compte, le bonheur de ceux et celles qui ont contribué à façonner le Québec.
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