Libre opinion: La mémoire sélective
Olivier Grau - Montréal
16 décembre 2003
Il fallait s'y attendre, la capture d'un Saddam Hussein rendu à l'état de hère terré dans un trou aura réjoui une grande partie de l'Occident désespérément en quête de bonnes nouvelles, alors que l'Amérique s'enlise dans ce pays qu'elle a elle-même contribué à anéantir.
Saddam fut un tyran notoire, il n'y a aucun doute là-dessus. Il se classe honorablement parmi une élite de criminels qui ont ajouté au volumineux manuel de la barbarie des hommes leurs propres chapitres. Mais lorsqu'on sait combien il serait pathétique pour la même humanité que soient réélus Bush et son équipe de guerriers de l'apocalypse, on peut se demander s'il s'agit d'une bonne nouvelle. Les réactions suscitées par l'événement suscitent en effet bien des interrogations.
L'empressement avec lequel Français et Allemands ont salué la capture sent à plein nez le mercantilisme le plus hypocrite. Quant à la longue tirade de Sharon, qui parle «de victoire pour ceux qui luttent pour la liberté et la justice», ajoutant que «la communauté internationale éclairée a montré qu'elle pouvait protéger la liberté et faire mordre la poussière aux terroristes», on ne peut que se désoler que l'un des pires criminels de la nouvelle histoire moderne encore vivants puisse pérorer ainsi sur les cadavres des milliers de civils palestiniens descendus froidement avec l'aval de l'administration américaine et sur le désespoir des millions de réfugiés chassés par le délire sioniste et parqués dans les camps de la désolation. Ledit Sharon est lui-même un candidat de choix aux bancs de la justice internationale.
Quant aux fameuses armes de destruction massive, n'oublions pas qu'avec son arsenal complet d'armes nucléaires, chimiques et biologiques, et la folie meurtrière avec laquelle il opprime le peuple occupé de Palestine, Israël constitue de loin le danger le plus grave pour la région tout entière. Sharon n'a-t-il pas affirmé avec le plus grand sérieux récemment qu'il allait régler le cas des Iraniens...
Mais revenons sur l'histoire de ce héros du jour malgré lui, l'incontournable Saddam Hussein. Ce tyran ignoble était pourtant bien le même que les États-Unis finançaient et armaient avant 1990 alors qu'ils gazait les Kurdes. L'empire voyait alors en lui un contre-pouvoir intéressant aux visées expansionnistes des «Rouges» et des «Islamistes» iraniens au nord et à l'ouest.
Saddam eut le tort de commettre une première erreur grossière, menacer le robinet du pétrole destiné aux boulimies occidentales en envahissant son voisin koweitien. Résultat une invasion par la machine de guerre des forces de la coalition. Bilan 100 000 à 200 000 morts du côté irakien. Et quelques centaines du côté des frappes «chirurgicales». Après leur victoire, les alliés se retirèrent sans capturer Saddam de peur qu'une opposition plus dangereuse encore le remplace. Et c'est au vu et au su de l'Occident que Saddam exécuta des dizaines de milliers d'opposants irakiens.
Le chemin de croix du peuple irakien n'était toutefois pas terminé. Changeant de tactique, les Américains firent le forcing pour imposer par l'ONU à l'Irak un embargo d'une rigueur telle que ce pays jadis très urbanisé et avancé du point de vue technologique et social fut, selon les propres termes d'une équipe d'inspection de l'ONU, ramené à l'ère pré-industrielle. Alors que Saddam consolidait son pouvoir, le système de santé et d'éducation, de loin l'un des plus performants de la région, était décimé, la classe moyenne anéantie, et plus de 500 000 Irakiens mouraient des suites directes de l'embargo. Selon Madeleine Albright, secrétaire d'État américaine de l'époque, ce génocide «valait la peine»...
Il ne faut donc pas s'étonner si les faucons américains aiguillonnés par la paranoïa israélienne n'ont pas hésité longtemps avant d'envahir à nouveau l'Irak au nom de la défense de l'humanité contre les armes de destruction massive, pour rectifier le tir par la suite en parlant de restaurer la démocratie... N'oublions pas que le conseil de gérance de l'Irak a été nommé par les Américains et non élu par les Irakiens; que les mesures économiques de choc imposées au pays ont été décrétées sans les consulter et que 200 entreprises d'État sont actuellement sur la liste des ventes aux enchères que vont remporter bien entendu les multinationales américaines.
Alors que s'amorce le grand cirque médiatique, le lynchage public du tyran déchu, il est permis de se demander pourquoi nous ne soumettons pas les leaders occidentaux aux mêmes tribunaux devant lesquels nous voulons juger nos ennemis. De Kissinger, responsable indirect de milliers de disparitions au Chili et en Argentine, au boucher de Sabra et Shatila, Sharon l'inventeur de la notion d'assassinat préventif de ceux qui se battent désespérément pour libérer leur peuple d'un occupant massivement armé par l'oncle Sam, en passant par les Bush père et fils, responsables de l'anéantissement de la société laïque irakienne et de ses forces vives, ce ne sont pourtant pas les candidats qui manquent.
Il en va de notre crédibilité à l'égard du reste du monde. C'est aussi et surtout indispensable pour «désarmer» les mollahs et tous les messagers de l'enfer qui puisent allègrement dans le réservoir de plus en plus riche des terroristes en puissance créés par l'injustice et, entre autres, l'ignoble occupation violente du peuple palestinien.
Saddam fut un tyran notoire, il n'y a aucun doute là-dessus. Il se classe honorablement parmi une élite de criminels qui ont ajouté au volumineux manuel de la barbarie des hommes leurs propres chapitres. Mais lorsqu'on sait combien il serait pathétique pour la même humanité que soient réélus Bush et son équipe de guerriers de l'apocalypse, on peut se demander s'il s'agit d'une bonne nouvelle. Les réactions suscitées par l'événement suscitent en effet bien des interrogations.
L'empressement avec lequel Français et Allemands ont salué la capture sent à plein nez le mercantilisme le plus hypocrite. Quant à la longue tirade de Sharon, qui parle «de victoire pour ceux qui luttent pour la liberté et la justice», ajoutant que «la communauté internationale éclairée a montré qu'elle pouvait protéger la liberté et faire mordre la poussière aux terroristes», on ne peut que se désoler que l'un des pires criminels de la nouvelle histoire moderne encore vivants puisse pérorer ainsi sur les cadavres des milliers de civils palestiniens descendus froidement avec l'aval de l'administration américaine et sur le désespoir des millions de réfugiés chassés par le délire sioniste et parqués dans les camps de la désolation. Ledit Sharon est lui-même un candidat de choix aux bancs de la justice internationale.
Quant aux fameuses armes de destruction massive, n'oublions pas qu'avec son arsenal complet d'armes nucléaires, chimiques et biologiques, et la folie meurtrière avec laquelle il opprime le peuple occupé de Palestine, Israël constitue de loin le danger le plus grave pour la région tout entière. Sharon n'a-t-il pas affirmé avec le plus grand sérieux récemment qu'il allait régler le cas des Iraniens...
Mais revenons sur l'histoire de ce héros du jour malgré lui, l'incontournable Saddam Hussein. Ce tyran ignoble était pourtant bien le même que les États-Unis finançaient et armaient avant 1990 alors qu'ils gazait les Kurdes. L'empire voyait alors en lui un contre-pouvoir intéressant aux visées expansionnistes des «Rouges» et des «Islamistes» iraniens au nord et à l'ouest.
Saddam eut le tort de commettre une première erreur grossière, menacer le robinet du pétrole destiné aux boulimies occidentales en envahissant son voisin koweitien. Résultat une invasion par la machine de guerre des forces de la coalition. Bilan 100 000 à 200 000 morts du côté irakien. Et quelques centaines du côté des frappes «chirurgicales». Après leur victoire, les alliés se retirèrent sans capturer Saddam de peur qu'une opposition plus dangereuse encore le remplace. Et c'est au vu et au su de l'Occident que Saddam exécuta des dizaines de milliers d'opposants irakiens.
Le chemin de croix du peuple irakien n'était toutefois pas terminé. Changeant de tactique, les Américains firent le forcing pour imposer par l'ONU à l'Irak un embargo d'une rigueur telle que ce pays jadis très urbanisé et avancé du point de vue technologique et social fut, selon les propres termes d'une équipe d'inspection de l'ONU, ramené à l'ère pré-industrielle. Alors que Saddam consolidait son pouvoir, le système de santé et d'éducation, de loin l'un des plus performants de la région, était décimé, la classe moyenne anéantie, et plus de 500 000 Irakiens mouraient des suites directes de l'embargo. Selon Madeleine Albright, secrétaire d'État américaine de l'époque, ce génocide «valait la peine»...
Il ne faut donc pas s'étonner si les faucons américains aiguillonnés par la paranoïa israélienne n'ont pas hésité longtemps avant d'envahir à nouveau l'Irak au nom de la défense de l'humanité contre les armes de destruction massive, pour rectifier le tir par la suite en parlant de restaurer la démocratie... N'oublions pas que le conseil de gérance de l'Irak a été nommé par les Américains et non élu par les Irakiens; que les mesures économiques de choc imposées au pays ont été décrétées sans les consulter et que 200 entreprises d'État sont actuellement sur la liste des ventes aux enchères que vont remporter bien entendu les multinationales américaines.
Alors que s'amorce le grand cirque médiatique, le lynchage public du tyran déchu, il est permis de se demander pourquoi nous ne soumettons pas les leaders occidentaux aux mêmes tribunaux devant lesquels nous voulons juger nos ennemis. De Kissinger, responsable indirect de milliers de disparitions au Chili et en Argentine, au boucher de Sabra et Shatila, Sharon l'inventeur de la notion d'assassinat préventif de ceux qui se battent désespérément pour libérer leur peuple d'un occupant massivement armé par l'oncle Sam, en passant par les Bush père et fils, responsables de l'anéantissement de la société laïque irakienne et de ses forces vives, ce ne sont pourtant pas les candidats qui manquent.
Il en va de notre crédibilité à l'égard du reste du monde. C'est aussi et surtout indispensable pour «désarmer» les mollahs et tous les messagers de l'enfer qui puisent allègrement dans le réservoir de plus en plus riche des terroristes en puissance créés par l'injustice et, entre autres, l'ignoble occupation violente du peuple palestinien.
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