Perspectives: Comment juger Hussein?
Alors que l'ex-dictateur est sous les verrous, se pose dès à présent la question de son procès. Qui jugera Saddam Hussein? Un tribunal international bâti sur le modèle de ceux qui ont statué sur le Rwanda et les Balkans, un tribunal spécial créé par les Américains, la Cour pénale internationale ou les Irakiens? Il est fort probable que ces derniers vont hériter de ce mandat qu'ils réclament d'ailleurs avec force.
Sur ce sujet, le Conseil intérimaire de gouvernement (CIG) détient une bonne longueur d'avance sur ceux qui souhaiteraient soustraire Hussein à un examen des faits effectué exclusivement par des Irakiens.
Il y a cinq jours à peine, le CIG présidé par Abdelaziz al-Hakim a annoncé que la mise sur pied d'un tribunal spécial était terminée. Dans la foulée, il a assuré que celui-là serait respectueux des Conventions de Genève et qu'il prendrait pour modèle le tribunal onusien sur le génocide rwandais. Sauf que...
Sauf que des responsables irakiens ont indiqué qu'ils avaient l'intention de rétablir la peine de mort que les forces d'occupation avaient suspendue. Leur ambition est donc d'user de la condamnation suprême une fois que le gouvernement provisoire prendra la relève le 1er juillet 2004. Ces dirigeants voudraient passer par les armes Hussein, bien évidemment, mais aussi tous les proches collaborateurs de celui-ci dont l'ancien vice-président Taha Yassine Ramadan, Tarek Aziz, l'ex-ministre des Affaires étrangères, et surtout Ali Hassan al-Madjid plus connu sous le surnom d'Ali le chimique. C'est ce dernier qui, en 1988, a gazé des milliers et des milliers de Kurdes.
À peine Hussein arrêté, les notables du CIG ont martelé que la responsabilité de traduire devant les tribunaux Hussein et consorts pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité leur revenait de plein droit. À cet égard, ils avancent que la masse de documents dont ils disposent depuis la chute du gouvernement Hussein et la découverte de 270 charniers dans lesquels on a dénombré 300 000 cadavres devraient convaincre la communauté internationale de laisser des Irakiens questionner et juger Hussein et les autres.
Selon le président du CIG, le tribunal d'ores et déjà existant se saisira des crimes commis entre le 17 juillet 1968, date de l'accession au pouvoir du parti Bass d'Hussein, et le 1er mai 2003, soit lorsque le président Bush a annoncé la conclusion de la guerre «officielle».
L'acte d'accusation
L'acte d'accusation sur lequel planchent déjà les autorités irakiennes est, à peu de choses près, le suivant: l'expulsion et le massacre de chiites dans les années 70; le massacre de Kurdes dans les années 80; la répression sanglante des insurrections kurdes et chiites dans les années 90, ainsi que la guerre Irak-Iran de 1980-1988 et l'invasion du Koweït en 1990. Ainsi on va plonger dans l'horreur et dans l'histoire.
Celle de l'Irak, on parle de son histoire, a ceci de particulier que deux courants adverses ont rythmé son cours depuis sa création en 1932 par les Britanniques. Il s'agit des concepts ou principes d'arabité et d'irakité. Lorsque Londres a dessiné au couteau les contours du pays, aucune considération culturelle ou religieuse n'a été prise en considération. À telle enseigne que l'Irak était réputé être le pays présentant le profil ethnique le plus éclaté de tous les pays du Moyen-Orient.
Le premier des potentats installés par les Britanniques étant un Kurde, le général Bakr Sidqi, il était un champion de l'irakité. Et alors? Pour ciseler rapidement une identité nationale, il a usé des forceps. Il a massacré les minorités juives et assyriennes. Ce faisant, la politique de ce dictateur a eu valeur d'exemple, si l'on ose dire, sur tous les dirigeants irakiens de 1932 à aujourd'hui.
Après les minorités mentionnées, les Arméniens, les Chaldéens, les Kurdes et les Chiites ont subi les folies sanguinaires des différents dictateurs d'autant plus fréquemment qu'entre 1932 et 1968, l'Irak est le pays du globe où il y a eu le plus grand nombre de coups d'État.
En 1971, Hussein se pose en champion de l'arabité. Ce faisant, il commande l'expulsion d'un million de chiites non arabes, ou plus précisément d'origine persane, dont un certain Ruhollah Khomeyni. Ensuite, il promulgue une loi bannissant tout signe d'appartenance à une des communautés irakiennes. Il va surtout s'atteler à tuer tous ceux et celles qui s'opposent à son projet.
Lorsqu'en 1979 il arrive au faîte du pouvoir, Hussein va étendre son projet d'arabisation du pays tous azimuts. L'Égypte ayant conclu un accord de paix avec Israël, il estime qu'il est le mieux placé pour prendre le leadership du monde arabe. Il s'ensuivra une vaste épuration avant qu'il ne déclare la guerre à un de ses «vieux» ennemis: l'ayatollah Khomeiny.
La suite est plus connue. Après une guerre longue de huit ans avec l'Iran, il s'estime en droit d'envahir le Koweït en 1990. À ce propos, il faut préciser que, lors de la création hâtive de l'Irak, les Britanniques s'étaient abstenus de bien déterminer ses frontières. De sorte que, de 1932 à 1990, des conflits de plus ou moins grande intensité ont eu lieu entre l'Irak et l'Arabie saoudite, la Jordanie, la Syrie, la Turquie, l'Iran et, bien sûr, le Koweït.
Hussein emprisonné, il faut espérer que le Conseil intérimaire de gouvernement, qui rassemble une forte majorité de personnes ayant subi les affres de l'arabité, prendra les mesures qui s'imposent pour que la justice prenne le dessus sur les deux, sur l'arabité et sur l'irakité.
Sur ce sujet, le Conseil intérimaire de gouvernement (CIG) détient une bonne longueur d'avance sur ceux qui souhaiteraient soustraire Hussein à un examen des faits effectué exclusivement par des Irakiens.
Il y a cinq jours à peine, le CIG présidé par Abdelaziz al-Hakim a annoncé que la mise sur pied d'un tribunal spécial était terminée. Dans la foulée, il a assuré que celui-là serait respectueux des Conventions de Genève et qu'il prendrait pour modèle le tribunal onusien sur le génocide rwandais. Sauf que...
Sauf que des responsables irakiens ont indiqué qu'ils avaient l'intention de rétablir la peine de mort que les forces d'occupation avaient suspendue. Leur ambition est donc d'user de la condamnation suprême une fois que le gouvernement provisoire prendra la relève le 1er juillet 2004. Ces dirigeants voudraient passer par les armes Hussein, bien évidemment, mais aussi tous les proches collaborateurs de celui-ci dont l'ancien vice-président Taha Yassine Ramadan, Tarek Aziz, l'ex-ministre des Affaires étrangères, et surtout Ali Hassan al-Madjid plus connu sous le surnom d'Ali le chimique. C'est ce dernier qui, en 1988, a gazé des milliers et des milliers de Kurdes.
À peine Hussein arrêté, les notables du CIG ont martelé que la responsabilité de traduire devant les tribunaux Hussein et consorts pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité leur revenait de plein droit. À cet égard, ils avancent que la masse de documents dont ils disposent depuis la chute du gouvernement Hussein et la découverte de 270 charniers dans lesquels on a dénombré 300 000 cadavres devraient convaincre la communauté internationale de laisser des Irakiens questionner et juger Hussein et les autres.
Selon le président du CIG, le tribunal d'ores et déjà existant se saisira des crimes commis entre le 17 juillet 1968, date de l'accession au pouvoir du parti Bass d'Hussein, et le 1er mai 2003, soit lorsque le président Bush a annoncé la conclusion de la guerre «officielle».
L'acte d'accusation
L'acte d'accusation sur lequel planchent déjà les autorités irakiennes est, à peu de choses près, le suivant: l'expulsion et le massacre de chiites dans les années 70; le massacre de Kurdes dans les années 80; la répression sanglante des insurrections kurdes et chiites dans les années 90, ainsi que la guerre Irak-Iran de 1980-1988 et l'invasion du Koweït en 1990. Ainsi on va plonger dans l'horreur et dans l'histoire.
Celle de l'Irak, on parle de son histoire, a ceci de particulier que deux courants adverses ont rythmé son cours depuis sa création en 1932 par les Britanniques. Il s'agit des concepts ou principes d'arabité et d'irakité. Lorsque Londres a dessiné au couteau les contours du pays, aucune considération culturelle ou religieuse n'a été prise en considération. À telle enseigne que l'Irak était réputé être le pays présentant le profil ethnique le plus éclaté de tous les pays du Moyen-Orient.
Le premier des potentats installés par les Britanniques étant un Kurde, le général Bakr Sidqi, il était un champion de l'irakité. Et alors? Pour ciseler rapidement une identité nationale, il a usé des forceps. Il a massacré les minorités juives et assyriennes. Ce faisant, la politique de ce dictateur a eu valeur d'exemple, si l'on ose dire, sur tous les dirigeants irakiens de 1932 à aujourd'hui.
Après les minorités mentionnées, les Arméniens, les Chaldéens, les Kurdes et les Chiites ont subi les folies sanguinaires des différents dictateurs d'autant plus fréquemment qu'entre 1932 et 1968, l'Irak est le pays du globe où il y a eu le plus grand nombre de coups d'État.
En 1971, Hussein se pose en champion de l'arabité. Ce faisant, il commande l'expulsion d'un million de chiites non arabes, ou plus précisément d'origine persane, dont un certain Ruhollah Khomeyni. Ensuite, il promulgue une loi bannissant tout signe d'appartenance à une des communautés irakiennes. Il va surtout s'atteler à tuer tous ceux et celles qui s'opposent à son projet.
Lorsqu'en 1979 il arrive au faîte du pouvoir, Hussein va étendre son projet d'arabisation du pays tous azimuts. L'Égypte ayant conclu un accord de paix avec Israël, il estime qu'il est le mieux placé pour prendre le leadership du monde arabe. Il s'ensuivra une vaste épuration avant qu'il ne déclare la guerre à un de ses «vieux» ennemis: l'ayatollah Khomeiny.
La suite est plus connue. Après une guerre longue de huit ans avec l'Iran, il s'estime en droit d'envahir le Koweït en 1990. À ce propos, il faut préciser que, lors de la création hâtive de l'Irak, les Britanniques s'étaient abstenus de bien déterminer ses frontières. De sorte que, de 1932 à 1990, des conflits de plus ou moins grande intensité ont eu lieu entre l'Irak et l'Arabie saoudite, la Jordanie, la Syrie, la Turquie, l'Iran et, bien sûr, le Koweït.
Hussein emprisonné, il faut espérer que le Conseil intérimaire de gouvernement, qui rassemble une forte majorité de personnes ayant subi les affres de l'arabité, prendra les mesures qui s'imposent pour que la justice prenne le dessus sur les deux, sur l'arabité et sur l'irakité.
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