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Lettre ouverte aux médias de Montréal - Oui, vous êtes responsables de la mort de Léon Lafleur

Marie-Josèphe Farizy-Chaussé - Ex-directrice générale de Saint-Charles-Borromée  15 décembre 2003 
J'accuse, oui j'accuse des médias d'être directement responsables du décès du directeur général de la résidence Saint-Charles-Borromée.

Directrice générale de l'Hôpital Saint-Charles-Borromée jusqu'en avril 1995, je revis douloureusement les circonstances de mon départ en suivant, de loin [l'auteure réside maintenant en France], les événements tragiques qui viennent de se dérouler. Monsieur Léon Lafleur était, à ma connaissance, un homme de coeur, très préoccupé par le bien-être des patients hébergés dans les institutions qu'il dirigeait. Quand je l'ai rencontré, j'ai constaté avec plaisir que cela semblait bien aller, qu'il avait la même philosophie à l'égard des jeunes patients que celle que j'avais prônée pour leur permettre la vie la plus «normale» qui soit. Maintenant que je ne suis plus en cause, je tiens à déclarer ce que je n'ai jamais dit en 1995 alors que l'orage s'abattait sur moi, sans discontinuer, durant six semaines.

***

Fidèles à eux-mêmes, je considère les médias tragiquement responsables de ce dénouement. J'ai eu la chance d'avoir un tempérament de fer pour tenir le coup. Je dis bien la chance, car j'ai toujours considéré que je le devais à mon hérédité et que je n'y étais pour rien. Sans minimiser la portée des différents rapports du temps, je ne veux pas élaborer sur ce sujet, car ce serait trop long. Je me contenterai de dire que les exigences et certaines remarques demandaient beaucoup de paperasse qui n'aurait pas amélioré le bien-être des bénéficiaires. La directrice du Comité provincial des malades m'avait, d'ailleurs, déclaré à ce moment-là: «Si je comprends bien, vous allez passer beaucoup de temps à écrire des papiers.»

Ce qui est plus important, c'est que les trois faits étalés sous ma direction, de façon la plus sensationnelle qui soit, étaient faux. Dans le premier, un juge a déclaré plusieurs mois plus tard que l'accusé avait démontré hors de tout doute qu'il ne pouvait être coupable. Bien sûr, lorsque le rapport est sorti, nul n'a élaboré en faisant le rapprochement avec la nouvelle sensationnelle de janvier ou en reconnaissant l'erreur...

Dans le deuxième cas, le bénéficiaire concerné s'est vanté d'avoir déclaré des faits erronés destinés à donner plus de poids à ses demandes. Une journaliste qui avait, encore, des principes, est arrivée dans mon bureau, choquée par tout ce que les autres patients, en plus du personnel, avaient déclaré. Hélas, quand elle a contacté son chef de pupitre, il lui a été répondu qu'elle ne pouvait rien dire si ce n'était pas la personne concernée qui se rétractait.

Enfin, dans le troisième cas, l'épouse d'un patient décédé, par l'entremise d'une autre personne, écrivait une lettre se plaignant des sévices que son mari avait subis. Or, huit mois plus tôt, au moment du décès, elle avait écrit à l'Unité de soins pour remercier le personnel de son dévouement. La lettre avait été affichée quelques semaines puis malheureusement détruite...

Déclaration insolite

Dans la situation actuelle, on a pris une déclaration regrettable au pied de la lettre, sans se poser la moindre question sur l'état d'esprit dans lequel devait se trouver la personne qui l'a faite, sans se renseigner sur sa personnalité, sans doute sans tenir compte de ce qu'il avait dit après ou avant. L'insolite de cette déclaration aurait pourtant dû porter à se poser des questions.

Ce que j'ai subi de la part des médias, Léon Lafleur n'a pas réussi à y faire face et j'en suis profondément attristée, moi qui étais si heureuse de retrouver chez lui l'amour de cette clientèle si attachante, aidée par quelques cadres et du personnel extraordinaires en matière de soins aux jeunes handicapés hébergés dans l'institution. Mais on n'a pas essayé de faire parler tous ceux, et ils sont nombreux, qui sont satisfaits des soins reçus. Ce n'est que maintenant que le Directeur général est décédé que certains osent se lever pour le déclarer et je serais heureuse s'ils se manifestaient nombreux.

Malheureusement, moi je ne suis pas morte à ce moment-là. Il y a bien eu, dans mon cas, une lettre d'un malade dénonçant une campagne de presse hystérique, publiée par Le Devoir, mais personne ne l'a interrogé. Des patients qui ont manifesté sur le boulevard René Lévesque pour faire connaître leur satisfaction, mais on a insinué que c'était moi qui avait organisé cette manifestation!

Une fois de plus, en quelques heures, tout ce qui a été fait de bien, durant des années, tous les efforts sont complètement effacés. Bien sûr, on ne peut nier le fait, mais est-ce nécessaire de généraliser? Il y a, à Saint-Charles-Borromée, beaucoup plus de personnel au comportement admirable que les quelques personnes hautement blâmables qui oublient de respecter la dignité de ceux qu'ils soignent. Ces personnes méritent un châtiment approprié, mais le système le permet-il? Quand on se heurte à la loi du silence, peut-on agir sur de simples doutes?

Quoi qu'il en soit, je crois que les médias feraient bien de revoir leurs règles de déontologie et s'appliquer non pas à provoquer le scandale à tout prix, mais, tout en dénonçant ce qui le mérite, s'appliquer à faire voir les réalisation exemplaires autant que les déficiences. Plutôt que s'ériger en juge, bien que ne possédant qu'une partie des éléments, les médias gagneraient à se montrer un peu plus objectifs et désireux de creuser au fond des dossiers.

Je souhaite, sincèrement, que ce drame permette une prise de conscience.
 
 
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