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La SGF rejette l'orientation Charest

Gérard Bérubé   13 décembre 2003 
L'ancienne direction de la Société générale de financement du Québec (SGF) n'avait pas tout faux. Pourtant condamnée à un rôle d'appui au développement régional par le gouvernement Charest, la nouvelle direction appelée en relève recommande plutôt que la SGF soit reconfirmée dans ses grandes orientations. Le rapport déposé le 5 novembre fait également ressortir que la situation financière de la société d'État sera assombrie par une perte devant passer de 150 à 450 millions au terme de l'exercice 2003. Mais cette détérioration provient d'un jeu comptable qui implique une série de radiations subjectives loin de faire l'unanimité au sein même du comité de vérification.

La direction appelée à assurer l'intérim à la tête de la SGF a donc soumis son rapport le 5 novembre dernier. Dans ses «constats et réflexion sur le rôle et la mission de la SGF», cette direction, pilotée par Henri A. Roy, reprend, au chapitre de ses recommandations, les grands paramètres défendus par l'administration précédente dans l'articulation de la phase II de la SGF, paramètres largement rejetés par le gouvernement actuel.

Surtout, l'idée initiale retenue par le gouvernement Charest, soit transformer la SGF en un instrument de soutien aux PME en région, ne retient pas l'attention. Au contraire, on rappelle qu'un «grand nombre de joueurs sont déjà actifs en région», citant le Mouvement Desjardins, le Fonds de solidarité FTQ, les Innovatech, les centres locaux de développement...

De plus, «l'investissement en équité n'est pas le véhicule financier privilégié par les PME et nécessite un niveau d'encadrement élevé à proximité de l'entreprise». Et on rappelle que «les régions souhaitent davantage un contrôle local sur les décisions, ce qui augmente les coûts de transaction».

Autre élément intéressant, le rapport fait ressortir qu'un élément important de la mission de la SGF, soit la participation à des opérations de sauvetage et de redressement d'entreprises structurantes pour l'économie du Québec, est un «segment de marché très bien structuré aux États-Unis et en Ontario». On retrouve «très peu de joueurs actifs au Québec sur ce marché», prend-on soin d'ajouter tout en faisant référence à un nombre croissant de ce type de dossiers au Québec (Gaspésia, Quebec Cartier Mining, Atlas, etc.).

En clair, ce rapport de 130 pages suggère de retenir l'essentiel des recommandations présentées par l'administration précédente, placée sous la présidence de Claude Blanchet, en février 2003. On propose au gouvernement que la SGF:
- poursuive son activité de réalisation d'investissements stratégiques, notamment avec des partenaires étrangers;
- soutienne la croissance des entreprises privées de moyenne capitalisation dans les secteurs où elle détient une expertise;
- maintienne l'investissement de plus petite taille en région dans trois secteurs précis, soit l'agroalimentaire, la foresterie et les mines;
- recentre son action dans les secteurs technologiques.

C'est donc le statu quo, sauf en ce qui a trait au recentrage du portefeuille dans le secteur technologique, une portion particulièrement malmenée avec l'éclatement de la bulle des valeurs technologiques en mars 2000. Sauf, aussi, en ce qui a trait au partage de risque et au poids de la SGF dans les partenariats, généralement sous les 50 % du capital-actions, qui pourrait se situer autour de 20 ou 30 %.

En ce qui concerne les besoins de financement de la société d'État, le rapport reprend les propositions de l'administration précédente, qui suggéraient de diminuer la pression sur le financement provenant de l'État et d'«évoluer vers un mode d'autofinancement».

Perte gonflée

De larges chapitres du rapport sont également consacrés à la performance financière de la SGF et à l'évaluation du portefeuille. Déjà, au premier semestre clos le 30 juin 2003, la perte nette comptabilisée atteignait les 181 millions, essentiellement sous le poids de radiations. En 2002, sur l'ensemble de l'exercice, de telles pertes sur papier liées aux dévaluations d'actif avaient totalisé 324 millions (contre 75 millions), reflétant en cela la détérioration des marchés financiers.

Pour l'ensemble de l'exercice 2003 et malgré les déclarations publiques faisant ressortir des pertes additionnelles à prévoir de l'ordre de 500 millions, le rapport retient une perte d'exploitation de 150 millions en 2003. Et on n'entrevoit qu'une faible amélioration avant 2005, avec 30 % du portefeuille dit en redressement et 40 % en phase de construction-démarrage.

On fait peu de cas des placements de la SGF dans Domtar, Saputo et Rona, sinon pour dire que ceux-ci pourraient être liquidés au début 2004. Au 30 juin dernier, la juste valeur marchande de ces placements était de 450 millions sur une mise de fonds de 285 millions.

Ainsi, pour atteindre les pertes colossales de 500 millions avancées, il faudra procéder à de nouvelles radiations, estimées entre 200 et 300 millions, soutient-on. Un jeu d'écritures comptables qui, selon une source digne de foi, a déjà mené au départ du vice-président aux finances et qui ne recevrait pas l'assentiment du comité de vérification.

Parmi les radiations retenues, le rapport cible une réévaluation de 240 millions liée à la fermeture de l'usine Magnola ainsi qu'une radiation de 40 millions associée à la restructuration d'ADF. Il est également attendu que la valeur comptable du placement de la SGF dans DSM soit abaissée d'une centaine de millions, et celle d'Interquisa, de 185 millions.

À ce propos, dans le cas de DSM, le rapport dit de ce géant en biopharmaceutique qu'il est «en difficulté», en redressement, tout en citant ce placement en exemple à plusieurs reprises quelques pages plus loin.






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