Séisme chez les démocrates
Serge Truffaut
11 décembre 2003
Le soutien apporté par l'ex-vice-président Al Gore au candidat Howard Dean a profondément secoué le Parti démocrate, à commencer par les concurrents à l'investiture. Personne ne s'attendait à ce que celui qui avait récolté plus de voix que George Bush lors de la dernière présidentielle accorde sa caution à un homme réputé être en porte-à-faux avec l'establishment démocrate. Ici et là, on avait fait le pari que Gore adouberait Joe Lieberman, son colistier lors de la campagne antérieure, plutôt que l'ex-gouverneur du Vermont. Dans la foulée du geste fait par l'ex-champion des démocrates, les experts en politique américaine estiment que la question centrale, pour les autres candidats, est désormais «comment arrêter Dean?» et non plus «qui est Dean?».
En légitimant Dean, Gore affiche son dédain pour les notables du parti qui s'agitent derrière les rideaux pour pousser Dick Gephardt, ex-représentant du Missouri, sur le devant de la scène. Il dévoile également son mépris pour des candidats qui, à l'exception de Dean, ont tous voté en faveur de la guerre en Irak. Enfin, il fait le pari que Dean est en mesure de capitaliser plus que quiconque sur la haine qui habite tous les militants du parti, haine que l'on dit au moins égale à celle que ressentaient les républicains pour Bill Clinton dans les années 90.
Le ressort du ressentiment qu'éprouvent les démocrates pour Bush se résume à un mot qu'on aura deviné: l'Irak. C'est d'ailleurs un secret de Polichinelle que l'Irak et la politique étrangère de l'administration Bush seront au centre des débats électoraux au cours des prochains mois. La ligne de fracture entre les deux, Bush et Dean évidemment, est d'autant plus aisée à relever qu'elle est exempte de ces louvoiements dont Joe Lieberman et Dick Gephardt, notamment, ont usé. Chez Bush, l'unilatéralisme est aussi prononcé que le multilatéralisme l'est chez Howard Dean.
Il y a l'Irak, la politique étrangère des États-Unis mais aussi la place que le Parti démocrate doit occuper dans la vie politique du pays. À cet égard, l'ex-vice-président des États-Unis a trouvé en Dean un complice. En effet, les deux estiment qu'il est temps pour cette formation politique et pour le bien même du pays d'amorcer une refonte des bases culturelles ou idéologiques que Clinton parvint à imposer en son temps. Une ambition qui suscite bien des maux de tête au sein de l'establishment démocrate, qui craint comme la peste un retour en force des idées chères à George McGovern.
Parmi la floraison d'analyses provoquées par l'accolade de Gore, il y en a une qui mérite une certaine attention. Dans certains cercles, on estime que Gore vient d'avancer ses pions pour les élections de 2008. Certain que Bush va l'emporter l'an prochain, Gore aurait fait le pari qu'en se rangeant derrière Dean, celui-ci obligera les démocrates à se débarrasser, en tout ou en partie, de l'héritage laissé par Clinton et qu'ainsi ses chances de devancer Hillary Clinton dans cinq ans seront bien meilleures. Qui plus est, en agissant comme il l'a fait, il s'assure que la base du parti, où Dean est très populaire, votera pour lui et non pour Hillary Clinton. En clair, la caution de Gore serait plus intéressée qu'on pourrait le croire.
En légitimant Dean, Gore affiche son dédain pour les notables du parti qui s'agitent derrière les rideaux pour pousser Dick Gephardt, ex-représentant du Missouri, sur le devant de la scène. Il dévoile également son mépris pour des candidats qui, à l'exception de Dean, ont tous voté en faveur de la guerre en Irak. Enfin, il fait le pari que Dean est en mesure de capitaliser plus que quiconque sur la haine qui habite tous les militants du parti, haine que l'on dit au moins égale à celle que ressentaient les républicains pour Bill Clinton dans les années 90.
Le ressort du ressentiment qu'éprouvent les démocrates pour Bush se résume à un mot qu'on aura deviné: l'Irak. C'est d'ailleurs un secret de Polichinelle que l'Irak et la politique étrangère de l'administration Bush seront au centre des débats électoraux au cours des prochains mois. La ligne de fracture entre les deux, Bush et Dean évidemment, est d'autant plus aisée à relever qu'elle est exempte de ces louvoiements dont Joe Lieberman et Dick Gephardt, notamment, ont usé. Chez Bush, l'unilatéralisme est aussi prononcé que le multilatéralisme l'est chez Howard Dean.
Il y a l'Irak, la politique étrangère des États-Unis mais aussi la place que le Parti démocrate doit occuper dans la vie politique du pays. À cet égard, l'ex-vice-président des États-Unis a trouvé en Dean un complice. En effet, les deux estiment qu'il est temps pour cette formation politique et pour le bien même du pays d'amorcer une refonte des bases culturelles ou idéologiques que Clinton parvint à imposer en son temps. Une ambition qui suscite bien des maux de tête au sein de l'establishment démocrate, qui craint comme la peste un retour en force des idées chères à George McGovern.
Parmi la floraison d'analyses provoquées par l'accolade de Gore, il y en a une qui mérite une certaine attention. Dans certains cercles, on estime que Gore vient d'avancer ses pions pour les élections de 2008. Certain que Bush va l'emporter l'an prochain, Gore aurait fait le pari qu'en se rangeant derrière Dean, celui-ci obligera les démocrates à se débarrasser, en tout ou en partie, de l'héritage laissé par Clinton et qu'ainsi ses chances de devancer Hillary Clinton dans cinq ans seront bien meilleures. Qui plus est, en agissant comme il l'a fait, il s'assure que la base du parti, où Dean est très populaire, votera pour lui et non pour Hillary Clinton. En clair, la caution de Gore serait plus intéressée qu'on pourrait le croire.
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