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Crises sanitaires: des failles persistent à Montréal

Isabelle Paré   9 décembre 2003 
Si une canicule persistante ou une épidémie de SRAS avait frappé Montréal il y a un an, les autorités de la santé de Montréal n'auraient pas été en mesure de faire davantage que Toronto ou la France pour limiter les conséquences néfastes de telles crises sur la santé de la population.

Tel est du moins le constat que trace la Direction de la santé publique (DSP) de Montréal, dans un rapport important, dont Le Devoir a obtenu copie, et qui fait le bilan et l'évaluation du traitement accordé aux diverses crises sanitaires survenues ces dernières années sur l'île de Montréal, dont la crise du SRAS, la crise du verglas, la fuite d'ammoniac de 1997 à l'usine Montpak et les avis de chaleur accablante des dernières années.

Si on estime avoir géré de main de maître l'épisode de la crise du verglas, l'incendie toxique de la compagnie de peinture Carterchem en 1998, et l'émergence du virus du Nil dans la métropole, les autorités de santé publique estiment toutefois que la crise du SRAS, l'incendie à l'usine Montpak, et les épisodes de chaleur accablante ont clairement mis en lumière les lacunes qui persistaient dans la capacité de prévenir et de gérer les risques de façon concertée dans la métropole.

Si le Québec avait été confronté aux fléaux de santé publique qu'ont connus la France ou Toronto au cours de la dernière année, le rapport conclut que nos système de santé n'auraient pas fait mieux. «Il n'est pas faux de prétendre que nos systèmes actuels auraient aussi connu des limites advenant un cas réel de SRAS ou devant la persistance de la canicule, comme l'été dernier en France», peut-on lire.

Même si la métropole n'a connu, par chance, aucun cas de SRAS l'hiver et le printemps dernier, 400 personnes ont quand même été mises en quarantaine, à la suite de la participation à un colloque à Montréal d'un Torontois soupçonné d'être infecté. Malgré cet épisode bien géré, le rapport souligne que «le réseau de la santé, déjà débordé, n'a pas la capacité de répondre à des situations d'urgence qui perdurent. Le réseau aurait donc éprouvé les mêmes difficultés que celui de Toronto».

La Direction de la santé publique relève aussi des manques importants dans la gestion de la fuite d'ammoniac survenue en 1997 à l'usine Montpak, qui a entraîné la mort d'un travailleur et l'intoxication de 24 autres. Comme le rapport du coroner à l'époque, le rapport de la DSP conclut à l'absence de connaissance des risques et de mesures préventives, à l'absence de plan d'évacuation, et de préparation des premiers intervenants dont les pompiers.

Selon ce rapport, il ressort très clairement des 17 épisodes de crises vécues à Montréal depuis dix ans que les autorités de santé publique, de même que leurs partenaires immédiats, manquent de moyens efficaces pour anticiper l'émergence de crises sanitaires, notamment pour ce qui est des maladies infectieuses et des maladies émergentes.

«Nos 17 histoires de cas le démontrent amplement, [...] force est de constater que des lacunes persistent. Souvent, nous possédons une connaissance partielle de l'inventaire des risques et de leur impact sur la santé et nous n'effectuons qu'une surveillance limitée de leur évolution», note le rapport, précisant que cette surveillance est la pierre angulaire de toute préparation efficace.

C'est notamment au chapitre des moyens de communications et du partage de l'information que le bât blesse, estime le rapport. En effet, la DSP dit ne pas être en mesure d'obtenir en temps réel les informations qui lui permettrait de détecter efficacement l'éclosion d'épidémies ou d'autres risques à la santé urbaine dans la métropole.

«Nous ne possédons pas de système pour détecter à temps des situations inhabituelles causant de la mortalité, des hospitalisations, des consultations à l'urgence, et en cabinet privé, des appels à Info-Santé, une augmentation d'ordonnances pour un type de médicament indiquant une flambée épidémique», souligne la DSP.

Des actions urgentes

Devant ce constat, le rapport recense les actions urgentes à effectuer pour doter la métropole de moyens musclés pour prévenir et gérer les prochaines crises de santé qui risquent de frapper la région.

On prône en premier lieu la création d'un véritable état-major, piloté par le maire de Montréal, qui réunirait une vingtaine de décideurs de tous les secteurs d'activité responsables de la protection des biens et des personnes, notamment la police, la sécurité civile, mais aussi les ministères provincial et fédéral de la santé, de l'environnement, et une multitude d'acteurs régionaux.

Cet état-major serait responsable de faire l'inventaire des principaux risques sur le territoire montréalais et de développer des scénarios conjoints en cas de catastrophes naturelles, accidents industriels, d'épidémies ou d'actes terroristes. Il devrait aussi planifier des exercices de simulation et recenser les populations les plus vulnérables pour certains risques.

À l'heure actuelle, le Comité municipal de sécurité civile de Montréal est la tête dirigeante des plans de mesures d'urgence dans la métropole. Le comité aviseur anti-terroriste de Montréal (CAAM) élabore quant à lui des protocoles, pour ce qui est des colis suspects et des bombes sales. Mais, selon la DSP, il faut pousser encore plus loin l'intégration de tous ces acteurs pour protéger la santé de la population. «Si l'on veut dépasser une gestion par crise pour tendre vers une gestion proactive et intégrée, on n'a d'autre choix que de privilégier une logique d'intervention commune», lit-on dans ce rapport.

Pour prévenir les crises, la DSP estime aussi qu'il serait urgent de créer un système de vigie régionale, capable d'avertir les autorités de l'émergence de certains diagnostics. Pour cela, il faudrait notamment créer un réseau informationnel partagé par les hôpitaux, les cabinets de médecin et les CLSC, où la prolifération de certains cas pourrait mettre la puce à l'oreille des autorités de santé publique.

On propose aussi de créer un réseau de médecins et d'infirmières sentinelles dans les CLSC, ainsi qu'un réseau sentinelle de pharmacies, pour être en mesure d'observer les fluctuations quotidiennes dans la consommation de certains médicaments. Autant de mesures qui existent, notamment à New York, et qui ont permis d'alerter les autorités de santé publique sur l'éclosion des premiers cas d'infection au virus du Nil occidental dans la métropole américaine.






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