dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 01h01
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

La quête d'un chez-soi des personnes psychiatrisées

Paul Morin - Professeur associé, École de service social, UQAM et coordonnateur du Collectif de défense des droits de la Montérégie  9 décembre 2003 
Tous et toutes nous aspirons à avoir un chez-soi; ce désir légitime à l'intimité, à la sécurité, demeure pourtant hors de portée de maintes personnes ayant des problèmes de santé mentale. En effet, l'actualité illustre encore, si besoin était, les misérables conditions de vie de ces personnes. Le logement est pourtant à la base des stratégies gouvernementales pour maintenir les personnes ayant des troubles mentaux dans la communauté, les maisons de chambres représentant ainsi un élément spécifique et légitime du domaine de l'habitation.

Il s'agit sans doute de l'une des entreprises de logement les plus florissantes qu'aura fait naître la désinstitutionnalisation. La raison d'être des maisons de chambres ne s'inscrit pourtant pas dans la perspective humanitaire (répondre aux besoins des individus, personnaliser les approches pour permettre une meilleure intégration sociale de la personne), car si elles peuvent offrir une structure plus souple et plus malléable, elles peuvent aussi être un lieu de contrôle où des chambreurs sont maltraités et exploités.

Un voyage dans le quotidien des maisons de chambres à l'occasion d'une récente recherche (Morin, Dorvil, 2003) nous a révélé à quel point la maison de chambres occupait une position stratégique dans la géographie post-asilaire des lieux de résidence des personnes ayant des problèmes majeurs de santé mentale. Entre protection, contrôle et respect des droits, la situation de ces résidents soulève des débats fondamentaux qui nous interpellent. Comme le chambreur, supposé autonome, est censé contrôler ses revenus, et non le propriétaire qui l'héberge, celui-ci n'a aucun compte à rendre au réseau de la santé et des services sociaux. Personne ne contrôle les conditions de vie et de soins offertes aux chambreurs ayant des problèmes de santé mentale, supposés avoir choisi librement leur habitation à leur sortie de l'hôpital.

Pourtant le rapport Deschênes et Gagnon (1998) sur les personnes vulnérables susceptibles de bénéficier d'un régime de protection avait clairement défini les chambreurs comme des «personnes extrêmement fragiles qui ne sont pas détectées par notre système socio-sanitaire». Cela est particulièrement préoccupant, car «le sort de plusieurs chambreurs solitaires [est] à la merci d'exploitants pour leur logement, leur nourriture et leur prestation d'aide sociale». Le rapport explique qu'il s'agit là bien souvent de «personnes affectées de problèmes cognitifs et de confusion mentale [qui] sont d'une vulnérabilité particulièrement aiguë [...]».

Nous avons distingué trois profils de résidents dans notre rapport de recherche. Nous avons repéré les nomades urbains pour qui la maison de chambres répondait à un besoin de liberté. Ces résidents étaient de loin ceux pour qui cet univers correspondait à leur manière d'être. Les outsiders ont représenté le deuxième groupe. L'outsider est un être paradoxal qui se promène entre liberté et sécurité [...] mais qui a la chance d'être suivi par quelques intervenants qu'il voit au besoin. Finalement, le troisième profil rencontré dans ce projet a été celui des dépendants délaissés, qui n'ont pas beaucoup de contact avec le réseau de la santé et de services sociaux malgré leur grande vulnérabilité.

L'univers de la maison de chambres est donc fort complexe. Il n'est pas homogène d'un endroit à l'autre. [...] Cet univers est un construit social où s'est installé un équilibre précaire entre le besoin de sécurité et le besoin d'autonomie. Actuellement, il est manifeste que la sécurité l'emporte sur l'autonomie, mais un besoin de sécurité tel que défini par les propriétaires. [...] Le chez-soi comme lieu d'un pouvoir personnel peine à s'imposer en ces lieux, sauf pour les plus débrouillards, ceux en haut de la hiérarchie qui réussissent à exercer un certain contrôle sur leur environnement immédiat.

Décisions douteuses

Pourtant un habitat qui permet «une intimité dans la communauté des autres» nous semble une démarche indispensable dans tout processus d'intégration. Les maisons de chambres hébergent des personnes qui sont vulnérables collectivement, qui n'ont pas les ressources pour défendre leurs droits, d'où l'importance que d'autres acteurs se mobilisent pour que leur dignité soit respectée.

Selon les déclarations maintes fois répétées du ministre Couillard, les personnes vulnérables [...] constituent une des priorités du gouvernement du Québec. Or ses premières décisions dans ce champ d'intervention laissent perplexes nombre d'intervenants du milieu. L'équipe de santé mentale du ministère a été transférée de la Direction générale des services à la population à la Direction des affaires médicales et universitaires; la course à l'Institut universitaire pour les Centres hospitaliers psychiatriques est repartie; un comité restreint d'experts du milieu de la santé mentale a été constitué en remplacement du Groupe d'appui à la transformation des services de santé mentale dont le bilan de trois années de travaux semble avoir été classé sans suites.

Alors que la division de la santé mentale de l'Organisation mondiale de la santé, depuis la publication de son rapport La santé mentale dans le monde (2001), centre ses activités sur la promotion d'un réseau de services intégrés dans l'optique d'une santé mentale communautaire, il est d'autant plus légitime de s'interroger sur la vision du ministre Couillard en ce domaine d'intervention. S'assurer de l'accessibilité à un chez-soi avec un soutien modulé selon les besoins de la personne, et ce, dans un ensemble de services cohérents, intégrateurs et coordonnés, exige une approche qui a fait ses preuves: celle justement d'une santé mentale communautaire.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Recherche complète sur le même sujet


Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012