Ras-le-bol syndical à Saint-Charles-Borromée
Photo : Jacques Grenier
Le président du Syndicat des travailleurs de Saint-Charles-Borromée, Sylvio Robinson.
Le Centre Saint-Charles-Borromée est devenu un enfer, non pas pour les patients, mais pour ceux qui y travaillent... Dans une virulente sortie, le chef syndical Sylvio Robinson a sommé hier la presse de mettre un terme au battage entourant les allégations de mauvais traitements subis par des patients du centre de soins de longue durée.
«Je ne vous dis pas d'arrêter de faire vos enquêtes. Je vous dis que l'effet est dévastateur pour tout le monde. C'est infernal. C'est injuste», a lancé un Robinson excédé.
Les 385 membres du Syndicat des travailleurs de Saint-Charles-Borromée (FSSS-CSN) sont «assommés» et «démoralisés» par des révélations perturbant leur routine quotidienne depuis deux semaines. La tempête médiatique a commencé lorsque La Presse a révélé, enregistrements à l'appui, que deux employés avaient formulé des menaces à caractère sexuel à l'égard d'une patiente handicapée. Pour ce geste, ils ont écopé d'une suspension de deux jours seulement.
M. Robinson a indiqué que l'un de ces individus, un membre de l'exécutif syndical dont l'identité est inconnue, n'avait jamais remis les pieds à l'hôpital depuis la sortie de l'affaire le 24 novembre dernier, en raison du choc.
Plutôt que de condamner le geste, M. Robinson a rappelé que l'erreur était humaine. «On est excessivement sévères pour certaines erreurs qui peuvent avoir été faites», a-t-il dit. Ces deux employés ont subi «la leçon de leur vie». «Tout ce qui se passe, c'est plus dur que 500 suspensions. [...] Ils ont déjà payé très très cher. Vouloir les "pendouiller" sur la place publique, je trouve ça injuste», a lancé M. Robinson.
Le chef syndical reproche aux médias de mettre un micro sous le nez de n'importe quel patient pour lancer ensuite des allégations de mauvais traitement, sans aucune autre vérification. «J'ai le sentiment qu'on veut nous démolir, mais au complet, l'établissement et le personnel», a-t-il dit.
Un autre patient de Saint-Charles-Borromée, Hubert Dupont, a dénoncé la semaine dernière les mauvais traitements dont il aurait été victime. Il est demeuré cloué au lit pendant trois mois après que le personnel eut confisqué sa marchette en raison d'un risque d'accident.
Sans entrer dans les détails, M. Robinson a indiqué hier qu'il avait obtenu une autre version des faits. M. Dupont était déjà très faible à son arrivée et incapable de marcher. Il a retrouvé l'usage graduel de ses jambes, mais une mauvaise chute a incité le personnel à la plus grande prudence. S'il en disait plus, Sylvio Robinson contreviendrait à son obligation de confidentialité.
C'est précisément ce qui chatouille le syndicat. Les révélations rapportées dans les médias ne reflètent qu'un côté de la médaille puisque ni les employés ni la direction ne peuvent exposer tous les faits. «Nous ne disons pas que les médias sont fautifs, mais la contrepartie n'est pas possible pour nous», a déploré Francine Lévesque, vice-présidente de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN). C'est à «une instance légitime, disposant d'une expertise et d'une indépendance reconnues» que devrait revenir la tâche de départager «le vrai du faux», estime Mme Lévesque.
Un enquêteur spécial nommé par le ministre de la Santé a déjà déposé son rapport à la Régie régionale de la santé de Montréal. Le document préparé par Jean-Jacques Caméra sera envoyé au cabinet du ministre aujourd'hui et devrait être rendu public sous peu. Même si M. Caméra absout complètement les employés de Saint-Charles-Borromée, le mal sera déjà fait, estime Sylvio Robinson. Dans la foulée de cette affaire qui s'est soldée par le suicide du directeur général de l'établissement, Léon Lafleur, M. Robinson a remarqué parmi ses membres une hausse de 15 % des absences temporaires ou prolongées pour cause de maladie. «Depuis sept ans qu'on essaie de rebâtir la réputation de Saint-Charles-Borromée, et tout est à recommencer.»
Corporatisme syndical
L'avocat Jean-Pierre Ménard ne s'est pas laissé attendrir par la sortie du Syndicat des travailleurs de Saint-Charles-Borromée. Si le climat est infernal pour les employés, il est redevenu vivable pour les patients depuis que la presse s'est emparée de l'affaire.
Me Ménard représente une dizaine de patients de Saint-Charles-Borromée qui se disent victimes de mauvais traitements. «Le climat n'a jamais été aussi bon pour les résidents depuis que les médias traitent de l'affaire», dit-il sur la foi de ses échanges quotidiens avec des patients.
Me Ménard perçoit la sortie de Sylvio Robinson comme une indéfendable manifestation de corporatisme syndical. «C'est la langue de bois et la banalisation qui continuent. Le syndicat aurait dû dénoncer la situation, inciter ses membres à la tolérance zéro à l'égard des abus et prendre des mesures pour dire qu'il ne les cautionnait pas», estime-t-il.
De son côté, Sylvio Robinson reproche à Me Ménard de monter l'affaire en épingle pour obtenir la tutelle de Saint-Charles-Borromée. L'avocat a bel et bien intenté un recours collectif de dix millions de dollars contre l'Hôpital au nom des patients se disant lésés, mais il ne leur dit pas de raconter leur histoire dans les médias, assure-t-il.
À la lumière de ce coup de gueule syndical, Me Ménard est encore plus convaincu que seule une mise en tutelle permettra de changer la culture d'entreprise prévalant à Saint-Charles-Borromée. «La façon dont le syndicat s'y prend pour gérer les plaintes donne au public l'impression qu'il protège les abuseurs et les gens qui ne respectent pas les résidents», croit-il.
La dénonciation de Sylvio Robinson à l'égard d'un «procès médiatique» a par ailleurs fait bondir le président du Conseil de presse du Québec (CPQ), Michel Roy. «L'argument qu'invoque ce gars-là n'est pas valide. Il y a un malaise évident dans les hôpitaux, et les centres de soins de longue durée sont encore plus vulnérables. Si on veut vraiment vivre dans une société civilisée, il faut qu'on revoie et améliore la qualité des services», dit-il.
Le Conseil de presse ne se ferme cependant pas aux critiques, ce pourquoi il a entrepris une analyse rigoureuse des articles et reportages parus sur cette saga. Bien que l'examen ne soit pas encore terminé, M. Roy affirme que les journalistes ont fait leur travail de façon «modérée et réaliste», surtout en presse écrite. Il ne peut cependant en dire autant de la couverture radiophonique, où les rois des ondes formulent des accusations sans fondements, portant atteinte à la réputation de toute la profession.
«Je ne vous dis pas d'arrêter de faire vos enquêtes. Je vous dis que l'effet est dévastateur pour tout le monde. C'est infernal. C'est injuste», a lancé un Robinson excédé.
Les 385 membres du Syndicat des travailleurs de Saint-Charles-Borromée (FSSS-CSN) sont «assommés» et «démoralisés» par des révélations perturbant leur routine quotidienne depuis deux semaines. La tempête médiatique a commencé lorsque La Presse a révélé, enregistrements à l'appui, que deux employés avaient formulé des menaces à caractère sexuel à l'égard d'une patiente handicapée. Pour ce geste, ils ont écopé d'une suspension de deux jours seulement.
M. Robinson a indiqué que l'un de ces individus, un membre de l'exécutif syndical dont l'identité est inconnue, n'avait jamais remis les pieds à l'hôpital depuis la sortie de l'affaire le 24 novembre dernier, en raison du choc.
Plutôt que de condamner le geste, M. Robinson a rappelé que l'erreur était humaine. «On est excessivement sévères pour certaines erreurs qui peuvent avoir été faites», a-t-il dit. Ces deux employés ont subi «la leçon de leur vie». «Tout ce qui se passe, c'est plus dur que 500 suspensions. [...] Ils ont déjà payé très très cher. Vouloir les "pendouiller" sur la place publique, je trouve ça injuste», a lancé M. Robinson.
Le chef syndical reproche aux médias de mettre un micro sous le nez de n'importe quel patient pour lancer ensuite des allégations de mauvais traitement, sans aucune autre vérification. «J'ai le sentiment qu'on veut nous démolir, mais au complet, l'établissement et le personnel», a-t-il dit.
Un autre patient de Saint-Charles-Borromée, Hubert Dupont, a dénoncé la semaine dernière les mauvais traitements dont il aurait été victime. Il est demeuré cloué au lit pendant trois mois après que le personnel eut confisqué sa marchette en raison d'un risque d'accident.
Sans entrer dans les détails, M. Robinson a indiqué hier qu'il avait obtenu une autre version des faits. M. Dupont était déjà très faible à son arrivée et incapable de marcher. Il a retrouvé l'usage graduel de ses jambes, mais une mauvaise chute a incité le personnel à la plus grande prudence. S'il en disait plus, Sylvio Robinson contreviendrait à son obligation de confidentialité.
C'est précisément ce qui chatouille le syndicat. Les révélations rapportées dans les médias ne reflètent qu'un côté de la médaille puisque ni les employés ni la direction ne peuvent exposer tous les faits. «Nous ne disons pas que les médias sont fautifs, mais la contrepartie n'est pas possible pour nous», a déploré Francine Lévesque, vice-présidente de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN). C'est à «une instance légitime, disposant d'une expertise et d'une indépendance reconnues» que devrait revenir la tâche de départager «le vrai du faux», estime Mme Lévesque.
Un enquêteur spécial nommé par le ministre de la Santé a déjà déposé son rapport à la Régie régionale de la santé de Montréal. Le document préparé par Jean-Jacques Caméra sera envoyé au cabinet du ministre aujourd'hui et devrait être rendu public sous peu. Même si M. Caméra absout complètement les employés de Saint-Charles-Borromée, le mal sera déjà fait, estime Sylvio Robinson. Dans la foulée de cette affaire qui s'est soldée par le suicide du directeur général de l'établissement, Léon Lafleur, M. Robinson a remarqué parmi ses membres une hausse de 15 % des absences temporaires ou prolongées pour cause de maladie. «Depuis sept ans qu'on essaie de rebâtir la réputation de Saint-Charles-Borromée, et tout est à recommencer.»
Corporatisme syndical
L'avocat Jean-Pierre Ménard ne s'est pas laissé attendrir par la sortie du Syndicat des travailleurs de Saint-Charles-Borromée. Si le climat est infernal pour les employés, il est redevenu vivable pour les patients depuis que la presse s'est emparée de l'affaire.
Me Ménard représente une dizaine de patients de Saint-Charles-Borromée qui se disent victimes de mauvais traitements. «Le climat n'a jamais été aussi bon pour les résidents depuis que les médias traitent de l'affaire», dit-il sur la foi de ses échanges quotidiens avec des patients.
Me Ménard perçoit la sortie de Sylvio Robinson comme une indéfendable manifestation de corporatisme syndical. «C'est la langue de bois et la banalisation qui continuent. Le syndicat aurait dû dénoncer la situation, inciter ses membres à la tolérance zéro à l'égard des abus et prendre des mesures pour dire qu'il ne les cautionnait pas», estime-t-il.
De son côté, Sylvio Robinson reproche à Me Ménard de monter l'affaire en épingle pour obtenir la tutelle de Saint-Charles-Borromée. L'avocat a bel et bien intenté un recours collectif de dix millions de dollars contre l'Hôpital au nom des patients se disant lésés, mais il ne leur dit pas de raconter leur histoire dans les médias, assure-t-il.
À la lumière de ce coup de gueule syndical, Me Ménard est encore plus convaincu que seule une mise en tutelle permettra de changer la culture d'entreprise prévalant à Saint-Charles-Borromée. «La façon dont le syndicat s'y prend pour gérer les plaintes donne au public l'impression qu'il protège les abuseurs et les gens qui ne respectent pas les résidents», croit-il.
La dénonciation de Sylvio Robinson à l'égard d'un «procès médiatique» a par ailleurs fait bondir le président du Conseil de presse du Québec (CPQ), Michel Roy. «L'argument qu'invoque ce gars-là n'est pas valide. Il y a un malaise évident dans les hôpitaux, et les centres de soins de longue durée sont encore plus vulnérables. Si on veut vraiment vivre dans une société civilisée, il faut qu'on revoie et améliore la qualité des services», dit-il.
Le Conseil de presse ne se ferme cependant pas aux critiques, ce pourquoi il a entrepris une analyse rigoureuse des articles et reportages parus sur cette saga. Bien que l'examen ne soit pas encore terminé, M. Roy affirme que les journalistes ont fait leur travail de façon «modérée et réaliste», surtout en presse écrite. Il ne peut cependant en dire autant de la couverture radiophonique, où les rois des ondes formulent des accusations sans fondements, portant atteinte à la réputation de toute la profession.
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