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Ras-le-bol syndical à Saint-Charles-Borromée

Brian Myles   8 décembre 2003 
Le président du Syndicat des travailleurs de Saint-Charles-Borromée, Sylvio Robinson.
Photo : Jacques Grenier
Le président du Syndicat des travailleurs de Saint-Charles-Borromée, Sylvio Robinson.
Le Centre Saint-Charles-Borromée est devenu un enfer, non pas pour les patients, mais pour ceux qui y travaillent... Dans une virulente sortie, le chef syndical Sylvio Robinson a sommé hier la presse de mettre un terme au battage entourant les allégations de mauvais traitements subis par des patients du centre de soins de longue durée.

«Je ne vous dis pas d'arrêter de faire vos enquêtes. Je vous dis que l'effet est dévastateur pour tout le monde. C'est infernal. C'est injuste», a lancé un Robinson excédé.

Les 385 membres du Syndicat des travailleurs de Saint-Charles-Borromée (FSSS-CSN) sont «assommés» et «démoralisés» par des révélations perturbant leur routine quotidienne depuis deux semaines. La tempête médiatique a commencé lorsque La Presse a révélé, enregistrements à l'appui, que deux employés avaient formulé des menaces à caractère sexuel à l'égard d'une patiente handicapée. Pour ce geste, ils ont écopé d'une suspension de deux jours seulement.

M. Robinson a indiqué que l'un de ces individus, un membre de l'exécutif syndical dont l'identité est inconnue, n'avait jamais remis les pieds à l'hôpital depuis la sortie de l'affaire le 24 novembre dernier, en raison du choc.

Plutôt que de condamner le geste, M. Robinson a rappelé que l'erreur était humaine. «On est excessivement sévères pour certaines erreurs qui peuvent avoir été faites», a-t-il dit. Ces deux employés ont subi «la leçon de leur vie». «Tout ce qui se passe, c'est plus dur que 500 suspensions. [...] Ils ont déjà payé très très cher. Vouloir les "pendouiller" sur la place publique, je trouve ça injuste», a lancé M. Robinson.

Le chef syndical reproche aux médias de mettre un micro sous le nez de n'importe quel patient pour lancer ensuite des allégations de mauvais traitement, sans aucune autre vérification. «J'ai le sentiment qu'on veut nous démolir, mais au complet, l'établissement et le personnel», a-t-il dit.

Un autre patient de Saint-Charles-Borromée, Hubert Dupont, a dénoncé la semaine dernière les mauvais traitements dont il aurait été victime. Il est demeuré cloué au lit pendant trois mois après que le personnel eut confisqué sa marchette en raison d'un risque d'accident.

Sans entrer dans les détails, M. Robinson a indiqué hier qu'il avait obtenu une autre version des faits. M. Dupont était déjà très faible à son arrivée et incapable de marcher. Il a retrouvé l'usage graduel de ses jambes, mais une mauvaise chute a incité le personnel à la plus grande prudence. S'il en disait plus, Sylvio Robinson contreviendrait à son obligation de confidentialité.

C'est précisément ce qui chatouille le syndicat. Les révélations rapportées dans les médias ne reflètent qu'un côté de la médaille puisque ni les employés ni la direction ne peuvent exposer tous les faits. «Nous ne disons pas que les médias sont fautifs, mais la contrepartie n'est pas possible pour nous», a déploré Francine Lévesque, vice-présidente de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN). C'est à «une instance légitime, disposant d'une expertise et d'une indépendance reconnues» que devrait revenir la tâche de départager «le vrai du faux», estime Mme Lévesque.

Un enquêteur spécial nommé par le ministre de la Santé a déjà déposé son rapport à la Régie régionale de la santé de Montréal. Le document préparé par Jean-Jacques Caméra sera envoyé au cabinet du ministre aujourd'hui et devrait être rendu public sous peu. Même si M. Caméra absout complètement les employés de Saint-Charles-Borromée, le mal sera déjà fait, estime Sylvio Robinson. Dans la foulée de cette affaire qui s'est soldée par le suicide du directeur général de l'établissement, Léon Lafleur, M. Robinson a remarqué parmi ses membres une hausse de 15 % des absences temporaires ou prolongées pour cause de maladie. «Depuis sept ans qu'on essaie de rebâtir la réputation de Saint-Charles-Borromée, et tout est à recommencer.»

Corporatisme syndical

L'avocat Jean-Pierre Ménard ne s'est pas laissé attendrir par la sortie du Syndicat des travailleurs de Saint-Charles-Borromée. Si le climat est infernal pour les employés, il est redevenu vivable pour les patients depuis que la presse s'est emparée de l'affaire.

Me Ménard représente une dizaine de patients de Saint-Charles-Borromée qui se disent victimes de mauvais traitements. «Le climat n'a jamais été aussi bon pour les résidents depuis que les médias traitent de l'affaire», dit-il sur la foi de ses échanges quotidiens avec des patients.

Me Ménard perçoit la sortie de Sylvio Robinson comme une indéfendable manifestation de corporatisme syndical. «C'est la langue de bois et la banalisation qui continuent. Le syndicat aurait dû dénoncer la situation, inciter ses membres à la tolérance zéro à l'égard des abus et prendre des mesures pour dire qu'il ne les cautionnait pas», estime-t-il.

De son côté, Sylvio Robinson reproche à Me Ménard de monter l'affaire en épingle pour obtenir la tutelle de Saint-Charles-Borromée. L'avocat a bel et bien intenté un recours collectif de dix millions de dollars contre l'Hôpital au nom des patients se disant lésés, mais il ne leur dit pas de raconter leur histoire dans les médias, assure-t-il.

À la lumière de ce coup de gueule syndical, Me Ménard est encore plus convaincu que seule une mise en tutelle permettra de changer la culture d'entreprise prévalant à Saint-Charles-Borromée. «La façon dont le syndicat s'y prend pour gérer les plaintes donne au public l'impression qu'il protège les abuseurs et les gens qui ne respectent pas les résidents», croit-il.

La dénonciation de Sylvio Robinson à l'égard d'un «procès médiatique» a par ailleurs fait bondir le président du Conseil de presse du Québec (CPQ), Michel Roy. «L'argument qu'invoque ce gars-là n'est pas valide. Il y a un malaise évident dans les hôpitaux, et les centres de soins de longue durée sont encore plus vulnérables. Si on veut vraiment vivre dans une société civilisée, il faut qu'on revoie et améliore la qualité des services», dit-il.

Le Conseil de presse ne se ferme cependant pas aux critiques, ce pourquoi il a entrepris une analyse rigoureuse des articles et reportages parus sur cette saga. Bien que l'examen ne soit pas encore terminé, M. Roy affirme que les journalistes ont fait leur travail de façon «modérée et réaliste», surtout en presse écrite. Il ne peut cependant en dire autant de la couverture radiophonique, où les rois des ondes formulent des accusations sans fondements, portant atteinte à la réputation de toute la profession.






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  • Jean-Pierre Lusignan
    Abonné
    lundi 8 décembre 2003 07h16
    Protection du public
    « À mon avis, la nomination d'un commissaire à la santé est nécessaire pour briser la loi du silence et la facilité, autrement dit pour inciter au whistleblowing.Toutefois, cette mesure demeurera insuffisante si toute personne faisant directement affaire avec une clientèle aussi vulnérable que les patients d'un centre hospitalier de soins de longue durée n'est pas professionnalisée, c'est-à-dire membre d'un ordre professionnel à exercice exclusif et conséquemment soumise à un code de discipline d'ordre public, c'est-à-dire dont le contenu en terme d'organisation du travail lie juridiquement autant les professionnels concernés que leur employeur et leur syndicat.

    Ainsi, les principaux acteurs du milieu, c'est-à-dire les intervenants, pourraient mieux organiser leur travail et concilier le souci d'autrui avec l'efficience et l'efficacité de leurs services. L'éthique ne suffit pas ici pour protéger le public: il faut aussi le droit. En effet, l'employeur a tendance à protéger son image et celle du gouvernement, le syndicat ses membres et chaque personne ses intérêts personnels. Quant au gouvernement, il a tendance à budgéter. Je ne dis pas qu'ils ne font que ça, bien au contraire, mais c'est le domaine qu'ils connaissent le mieux, donc celui qu'ils privilégient.Il faut que quelqu'un se souvie d'abord et avant tout du public. C'est là le mandat d'un ordre professionnel.

    Jean-Pierre Lusignant, avocat
    enseignant en droit disciplinaire infirmier
    Rimouski, ce 8 décembre 2003 »

  • Michel Blais
    Inscrit
    lundi 8 décembre 2003 09h19
    La pointe de " L'iceberg".
    « Ayant ete moi-meme plus de 25 ans a l'emploi du reseau des centres d'hebergement du Quebec et ayant fait le choix de ne plus y travailler parce que justement je ne pouvais plus endosser les choix syndicaux toujours en faveur de leurs employes {es} et tres rarement en faveur des beneficaires notamment lors d'abus divers et de mauvais traitements;je salue tres haut le travail actuel de la Presse pour que cesse ce "monopole" de la part des syndicats a constamment proteger ces soi-disants intervenants qui n'ont malheureusement plus aucun notion de ce que necessite la relation d'aide et encore moins plus aucune idee de la domination qu'ils font subir a des personnes qui sont d'abord la pour assurer leur salaire. »

  • Jean-Luc Pinard
    Inscrit
    mardi 9 décembre 2003 00h53
    La loyauté qui tue
    « Je suis personnellement touché par le décès d'un homme qui s'est donné la mort dans des circonstances où il vivait une pression considérée par plusieurs comme ayant été excessive.

    Je suis également touché par la mort de plusieurs personnes qui se sont suicidées à la suite d'un séjour dans un centre hospitalier ou un CHSLD. Certaines ont mis fin à leurs jours à la maison, dans un endroit public ou encore à l'intérieur même de l'hôpital.

    Loin de faire l'objet d'une large couverture médiatique de sympathie, la mort de ces personnes aura été vécue dans le déni, le silence et la honte, dans la culpabilité aussi. Ces personnes étaient douées aussi de qualités humaines et avaient la dignité d'être quelqu'un d'important pour quelqu'un.

    Plusieurs personnes qui aujourd'hui s'en sont sorties témoignent du même état de fait. C'est pourquoi une vaste enquête aurait le mérite d'éclairer ces situations et de renforcer la protection des personnes.

    Peu d'analyses sont faites des circonstances entourant ces drames. Nous disposons de nombreux témoignages de personnes qui, suite à une hospitalisation en psychiatrie, ont subi des traumatismes graves résultant d'un système de soins ayant manqué à son devoir d'accueil, de respect et de considération pour la dignité de la personne. Les pratiques brutales de contention et d'isolement nous indignent lorsque la télévision nous montre des images de prisonniers russes pleurant leur détresse.

    Pourtant, de telles pratiques se reproduisent encore trop souvent dans nos hôpitaux, sans micros ni caméras, sinon celles du poste de garde. L'accumulation des traumatismes conduit au désespoir, à la perte de sens et ultimement au suicide.

    La loi du silence face aux pratiques abusives dans les établissements de santé au Québec a déjà trop duré.

    Parmi les artisans de ces systèmes de soins, plusieurs employés, témoins ou complices involontaires de situations d'abus participent à cette loi du silence lorsque de tels drames surviennent. Sous le couvert d'un anonymat fragile, certains d'entre eux prennent le risque de dévoiler ce qu'ils ont vu, entendu ou vécu de trop près. D'autres persistent à travailler dans un climat qui défie leurs convictions et principes de vie; ils vivent des périodes de démobilisation et d'épuisement professionnel.

    Malheureusement, il manque désespérément de micros et de portes-voix pour dire librement ce que des personnes subissent dans nos établissements de santé et particulièrement dans les services de psychiatrie. Chacun des représentants des groupes régionaux de défense des droits en santé mentale au Québec pourrait vous raconter une série d'histoires d'horreur dont le livre noir n'est pas encore publié.


    Le décès de monsieur Lafleur suscite une profonde sympathie. Sa couverture médiatique doit provoquer notre réflexion. Si, par d'heureuses circonstances, il avait pu survivre à sa tentative de suicide, est-il permis de supposer qu'avec les qualités qui lui sont reconnues, il eût pu faire encore plus pour permettre une profonde transformation des pratiques de soins en milieu institutionnel?

    À cet égard, il est inspirant de penser au général Dallaire qui, après avoir posé un tel geste désespéré, a eu le courage de prendre le micro, prendre la plume et toutes les tribunes possibles pour défier l'interdit et dénoncer, défier le mur du silence.

    Le départ de monsieur Lafleur dans des circonstances de profonde prise de conscience sur le respect de la dignité humaine devrait inciter toutes les personnes qui ont vu, vécu ou subi des traumatismes liés aux abus sur la personne à sortir de l'ombre, à témoigner et à faire tout en leur pouvoir pour permettre le nécessaire assainissement des milieux de soins, à commencer par les services de psychiatrie et les soins prolongés. Souhaitons que les enquêtes à être mises sur pied permettent de le faire en toute sécurité et dans un esprit constructif.



    Jean-Luc Pinard
    coordonnateur
    RAIDDAT
    Ressource d'aide et d"information en défense des droits
    de l'Abitibi-Témiscamingue

    http://www.lino.com/~raiddat/ »

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