Le film d'une chorale de la rue
Elle était bien sympa, la chorale de l'Accueil Bonneau, étrange et émouvante formation de sans-abri dont la ville s'était entichée. On la croyait disparue du décor. Mais voilà que désormais, les chanteurs du macadam veulent jouer. En tout cas, Pierre Anthian, ce jeune Français qui, il y a sept ans, avait fondé cette chorale hors norme, rêve bel et bien d'entraîner ses troupes à l'écran.
Il rencontrait les médias hier avec, en main, une cassette bande-annonce pour lancer son projet de film, intitulé Recyclage. À l'écran, des membres de la chorale sortant des poubelles sont déguisés en fiers Gaulois. En un montage humoristique, ils font irruption dans des films d'Hollywood, E.T., Titanic, Forrest Gump et compagnie. Ils affrontent des hommes d'affaires qui leur refusent le droit de chanter, revendiquent leur virage au cinéma. Jouant de la tristesse, de la détermination, du suspense, de l'amour, les chanteurs-acteurs montrent de quel bois ils se chauffent. Le Centre Saint-Pierre, qui s'occupe de production communautaire, les a aidés à monter la bande-annonce, laquelle ne se veut pas vraiment représentative du film à produire mais aligne une série de clins d'oeil évocateurs.
Hier, la rencontre était orchestrée dans les locaux du journal L'Itinéraire. N'allez pas croire que les institutions, comme Téléfilm ou la SODEC, soient de la fête. «On n'a pas d'expérience dans le milieu. On n'a pas le temps d'attendre sept ans le feu vert de bailleurs de fonds», explique Pierre Anthian. Il lance donc un appel à tous, demande à ceux qui veulent verser, cinq, vingt dollars ou plus de devenir coproducteurs du film en en élan collectif. Il se déclare aussi en quête de retraités ou de chômeurs du monde de l'audiovisuel, cinéastes, directeurs photo ou techniciens en tout genre, désireux de se lancer dans l'aventure Recyclage. Avis aux intéressés. «On veut provoquer la solidarité de tout le monde», explique Pierre Anthian.
Derrière ce projet, une douloureuse rupture. On connaît le succès fulgurant récolté par l'ensemble vocal d'hommes de la rue: disques, concerts (plus de mille représentations), voyages: New York, Toronto, Paris, Ottawa. Quant à Montréal, la ville-mère, elle était conquise en permanence. Au passage de la rue à la scène, ceux qui avaient jadis tout perdu retrouvaient une dignité.
Mais voilà qu'il y a onze mois, la chorale s'était tue sur un couac. Du coup, les rues et le métro de Montréal s'en sont sentis comme orphelins. Entre deux rames, nul ne pouvait plus contribuer à remplir le chapeau de ces messieurs. Il manquait quelque chose au paysage urbain. Pierre Anthian vous dira qu'il y a eu ambiguïté au sujet de la gestion des revenus liés à cette formation. Fallait-il verser l'argent à l'Accueil Bonneau, comme le conseil d'administration le souhaitait, ou le distribuer aux membres de la troupe, comme c'était le cas? Grave question, sur laquelle nul ne s'entendait. Le conseil d'administration a tranché en fermant la boutique. Dur coup pour nos chanteurs, qui perdaient et bonheur et tribune. «Puisqu'on ne veut plus qu'ils chantent, ils ont décidé de se servir d'un autre art et de leur détermination légendaire», explique le directeur, qui a plus d'un tour dans son sac.
Laissés pour compte, nos hommes ont réfléchi. Une seconde vie au cinéma? Pourquoi pas? Pierre Anthian, se basant sur les histoires entendues ici et là à l'Accueil Bonneau et chez les membres de la chorale, a écrit un scénario.
Recyclage raconte l'histoire d'une classe de musique à l'école secondaire. Les élèves ne sont pas motivés; la maîtresse propose donc un exercice: trouver dans la poubelle des débris pour fabriquer un instrument de musique. Les élèves s'activent, dégotent des morceaux de ceci et de cela. Mais de leur côté, les deux têtes de Turc du groupe scolaire trouvent une horde d'itinérants qui vivent dans les poubelles. Leur instrument de musique sera la voix de ces hommes. Leur projet gagne. Une complicité s'instaure entre enfants et itinérants. Suivront toutes sortes d'histoires mettant en scène les sans-abri.
Morale de l'histoire: «On espère qu'une nouvelle génération acceptera les sans-abri sans préjugés, précise Anthian. Tout le film repose sur l'histoire de la chorale, les vieux démons de la toxicomanie, de la dépression, qu'ils ont exorcisés.»
Pour l'heure, donc, ce projet n'existe qu'à l'état virtuel. Mais public et professionnels du cinéma peuvent y participer en communiquant avec la Chorale de l'Accueil Bonneau, aux soins du journal L'Itinéraire, 1104, rue Ontario Est, à Montréal.
Il rencontrait les médias hier avec, en main, une cassette bande-annonce pour lancer son projet de film, intitulé Recyclage. À l'écran, des membres de la chorale sortant des poubelles sont déguisés en fiers Gaulois. En un montage humoristique, ils font irruption dans des films d'Hollywood, E.T., Titanic, Forrest Gump et compagnie. Ils affrontent des hommes d'affaires qui leur refusent le droit de chanter, revendiquent leur virage au cinéma. Jouant de la tristesse, de la détermination, du suspense, de l'amour, les chanteurs-acteurs montrent de quel bois ils se chauffent. Le Centre Saint-Pierre, qui s'occupe de production communautaire, les a aidés à monter la bande-annonce, laquelle ne se veut pas vraiment représentative du film à produire mais aligne une série de clins d'oeil évocateurs.
Hier, la rencontre était orchestrée dans les locaux du journal L'Itinéraire. N'allez pas croire que les institutions, comme Téléfilm ou la SODEC, soient de la fête. «On n'a pas d'expérience dans le milieu. On n'a pas le temps d'attendre sept ans le feu vert de bailleurs de fonds», explique Pierre Anthian. Il lance donc un appel à tous, demande à ceux qui veulent verser, cinq, vingt dollars ou plus de devenir coproducteurs du film en en élan collectif. Il se déclare aussi en quête de retraités ou de chômeurs du monde de l'audiovisuel, cinéastes, directeurs photo ou techniciens en tout genre, désireux de se lancer dans l'aventure Recyclage. Avis aux intéressés. «On veut provoquer la solidarité de tout le monde», explique Pierre Anthian.
Derrière ce projet, une douloureuse rupture. On connaît le succès fulgurant récolté par l'ensemble vocal d'hommes de la rue: disques, concerts (plus de mille représentations), voyages: New York, Toronto, Paris, Ottawa. Quant à Montréal, la ville-mère, elle était conquise en permanence. Au passage de la rue à la scène, ceux qui avaient jadis tout perdu retrouvaient une dignité.
Mais voilà qu'il y a onze mois, la chorale s'était tue sur un couac. Du coup, les rues et le métro de Montréal s'en sont sentis comme orphelins. Entre deux rames, nul ne pouvait plus contribuer à remplir le chapeau de ces messieurs. Il manquait quelque chose au paysage urbain. Pierre Anthian vous dira qu'il y a eu ambiguïté au sujet de la gestion des revenus liés à cette formation. Fallait-il verser l'argent à l'Accueil Bonneau, comme le conseil d'administration le souhaitait, ou le distribuer aux membres de la troupe, comme c'était le cas? Grave question, sur laquelle nul ne s'entendait. Le conseil d'administration a tranché en fermant la boutique. Dur coup pour nos chanteurs, qui perdaient et bonheur et tribune. «Puisqu'on ne veut plus qu'ils chantent, ils ont décidé de se servir d'un autre art et de leur détermination légendaire», explique le directeur, qui a plus d'un tour dans son sac.
Laissés pour compte, nos hommes ont réfléchi. Une seconde vie au cinéma? Pourquoi pas? Pierre Anthian, se basant sur les histoires entendues ici et là à l'Accueil Bonneau et chez les membres de la chorale, a écrit un scénario.
Recyclage raconte l'histoire d'une classe de musique à l'école secondaire. Les élèves ne sont pas motivés; la maîtresse propose donc un exercice: trouver dans la poubelle des débris pour fabriquer un instrument de musique. Les élèves s'activent, dégotent des morceaux de ceci et de cela. Mais de leur côté, les deux têtes de Turc du groupe scolaire trouvent une horde d'itinérants qui vivent dans les poubelles. Leur instrument de musique sera la voix de ces hommes. Leur projet gagne. Une complicité s'instaure entre enfants et itinérants. Suivront toutes sortes d'histoires mettant en scène les sans-abri.
Morale de l'histoire: «On espère qu'une nouvelle génération acceptera les sans-abri sans préjugés, précise Anthian. Tout le film repose sur l'histoire de la chorale, les vieux démons de la toxicomanie, de la dépression, qu'ils ont exorcisés.»
Pour l'heure, donc, ce projet n'existe qu'à l'état virtuel. Mais public et professionnels du cinéma peuvent y participer en communiquant avec la Chorale de l'Accueil Bonneau, aux soins du journal L'Itinéraire, 1104, rue Ontario Est, à Montréal.
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