Hors-jeu: Mauvais pour le coeur
Jean Dion
25 juin 2002
Dites-moi, vous qui lisez après ce qui a été écrit avant, ils n'ont pas fait le coup aux Allemands aussi, toujours? Passe encore que la puissante Corée du Sud se farcisse la Méditerranée et ses alentours immédiats presque au complet, Portugal puis Italie puis Espagne, passe encore qu'ils se tapent, si on ajoute la Pologne, plus du quart de la délégation européenne à la Coupe du monde, mais pas l'Allemagne. Pas la Weltmeisternationalmannschaft. Ou alors, c'est la preuve que c'est arrangé et que le complot franc-maçon a l'erre d'aller en poupe, comme disait Robert «Bob» Surcouf qu'il valait mieux ne pas contredire.
Non mais quand même, les Coréens: 0-10-4 en cinq participations au grand tournoi et là, paf, plus battables. Si ce n'est pas louche, ça, je veux bien me placer dans le mur sur un coup franc de Chilavert sans me protéger des mains jointes la zone d'irréparation [NDLR: où peut se produire l'irréparable].
D'ailleurs, ils commencent à être plutôt nombreux à hurler à la machination. Savez-vous ce qu'a écrit l'éditorialiste de La Nacion, un quotidien argentin auquel l'abonnement, livraison par bateau le jour même comprise, est vraiment bon marché? «Elle ne devrait plus être appelée la Coupe du monde des surprises. Ce serait superficiel de continuer. Elle devrait être annulée dès maintenant et déclarée nulle en raison des erreurs. À partir de maintenant tout sera enveloppé de doute et de suspicion.» Cela étant, l'on conviendra que si la FIFA annonçait demain matin que tout est annulé, les preneurs aux livres londoniens donneraient très cher de l'avenir de la suspicion, mais bon.
Il y a bien sûr le travail des arbitres qui fait sourciller bien des grincements de dents, et de fait, ça sent le roussi qu'on serait en train de laisser brûler. Par exemple, grâce à mon magnétoscope à cristaux de laser numériques qui permet un arrêt sur image aux 550 milliardièmes de nanoseconde, j'ai pu constater que le jeu sifflé en prolongation d'Espagne-Corée, passe de Joaquin à Morientes, était tout ce qu'il y a de plus bon, et qu'en plus le juge de touche, assez mal placé merci, n'a pas levé le drapeau quand le ballon est supposément sorti du jeu, mais dans les airs, lorsqu'il est apparu que les Espagnols avaient une excellente chance de marquer. Pour un hors-jeu, où il faut simultanément surveiller le ballon et la ligne défensive, on peut comprendre l'avalanche de décisions serrées et forcément discutables, et même un grand nombre d'erreurs humaines. Mais là, c'est aussi dur à avaler qu'une paparmane tout rond, franchement je trouve.
D'autres encore ont soupçonné les Coréens, qui galopent étonnamment partout de la première minute à la dernière, d'avoir recours à des cocktails que réprouverait même l'animateur de l'émission Effets des substances psychotropes sur les ondes du Canal Savoir. Des accusations qui fâchent du reste l'entraîneur Guus Hiddink, et à propos desquelles le médecin de l'équipe, le Dr Kim Hyon-chul — et un médecin qui a pour nom «CHUL» ne peut qu'être prédestiné à de grandes choses —, a tenu à remettre les pendules à l'heure, soit 13 de plus que la nôtre, jeudi matin dernier, soit mercredi soir ici et vendredi quelque part certainement.
«Le programme de préparation physique a joué un rôle fondamental dans l'accroissement de la résistance des joueurs, mais il n'explique pas tout. La Stamina food [nourriture favorisant la résistance] y est aussi pour quelque chose», a dit le Dr Kim. «Depuis mars, tous les joueurs prennent trois fois par jour des pilules contenant des extraits de carpe, de mulet, d'herbes médicinales et de ginseng.»
Si on est attentif et qu'on ne passe pas son temps à tirer les couettes de la voisine, on aura compris ici que le mulet ne désigne pas le croisement âne-cheval ou la troisième voiture d'une écurie de Formule 1, mais bien ce poisson des mers tempérées (mugilidés) se nourrissant de matières organiques en décomposition dans la vase, à chair blanche assez estimée. Dont les oeufs pressés, précisons-le, donnent de la poutargue, et si vous êtes fins je vous donnerai un jour ma recette de tarama à la poutargue fraîche, c'est promis.
Non mais sérieusement, la Corée du Sud championne du monde de football?
***
Remarquez que ce n'est pas la première fois que des trucs étranges perturbent la Coupe du monde. Ce 6-0 Argentine-Pérou en 1978, il était casher, vous croyez? Et le tir de Geoff Hurst en prolongation de la finale de 1966, il est entré dans le filet ou pas? Et la main de Maradona en 1986, personne ne l'a vue?
Ah! Vous voyez bien qu'en fait de certitudes, on n'est jamais sûr de rien.
Et ce n'est pas la première fois que les arbitres sont au coeur du noeud de la controverse. Ce qui nous permet de faire un petit bout d'histoire pour s'instruire en s'amusant: lors de la première Coupe du monde, disputée en 1930 en Uruguay, le Belge John Langenus avait été désigné pour arbitrer la finale, qui opposait le pays hôte à l'Argentine. Or avant le match, Langenus avait exigé et obtenu des organisateurs du tournoi qu'ils prennent en charge le coût d'une assurance-vie à son nom.
Question de meubler le temps entre deux matchs, on reviendra d'ailleurs cette semaine sur quelques moments croustillants du passé footballistique.
***
Et il nous reste:
- Brésil-Turquie (demain, 7h30). Pas beaucoup de place d'ici la fin de la page. Deuxième rencontre en trois semaines entre ces deux équipes. Le Brésil a eu de la grosse misère et a gagné 2-1 sur un penalty immérité. L'entraîneur Scolari l'a dit, les Auriverde auraient préféré le Sénégal à cette bande robuste et teigneuse. Senol Gunes, le sélectionneur turc, est parvenu à créer une mentalité de «nous contre le monde» au sein de son équipe. Il y a longtemps que la Turquie n'a battu un représentant de la crème mondiale.
Fait incontournable: Le quotidien istanbuliote Milliyet a tenu à prévenir ses lecteurs avant le match que «l'excitation très forte, le plaisir et la tristesse sont mauvais pour le coeur». Tiens donc.
Non mais quand même, les Coréens: 0-10-4 en cinq participations au grand tournoi et là, paf, plus battables. Si ce n'est pas louche, ça, je veux bien me placer dans le mur sur un coup franc de Chilavert sans me protéger des mains jointes la zone d'irréparation [NDLR: où peut se produire l'irréparable].
D'ailleurs, ils commencent à être plutôt nombreux à hurler à la machination. Savez-vous ce qu'a écrit l'éditorialiste de La Nacion, un quotidien argentin auquel l'abonnement, livraison par bateau le jour même comprise, est vraiment bon marché? «Elle ne devrait plus être appelée la Coupe du monde des surprises. Ce serait superficiel de continuer. Elle devrait être annulée dès maintenant et déclarée nulle en raison des erreurs. À partir de maintenant tout sera enveloppé de doute et de suspicion.» Cela étant, l'on conviendra que si la FIFA annonçait demain matin que tout est annulé, les preneurs aux livres londoniens donneraient très cher de l'avenir de la suspicion, mais bon.
Il y a bien sûr le travail des arbitres qui fait sourciller bien des grincements de dents, et de fait, ça sent le roussi qu'on serait en train de laisser brûler. Par exemple, grâce à mon magnétoscope à cristaux de laser numériques qui permet un arrêt sur image aux 550 milliardièmes de nanoseconde, j'ai pu constater que le jeu sifflé en prolongation d'Espagne-Corée, passe de Joaquin à Morientes, était tout ce qu'il y a de plus bon, et qu'en plus le juge de touche, assez mal placé merci, n'a pas levé le drapeau quand le ballon est supposément sorti du jeu, mais dans les airs, lorsqu'il est apparu que les Espagnols avaient une excellente chance de marquer. Pour un hors-jeu, où il faut simultanément surveiller le ballon et la ligne défensive, on peut comprendre l'avalanche de décisions serrées et forcément discutables, et même un grand nombre d'erreurs humaines. Mais là, c'est aussi dur à avaler qu'une paparmane tout rond, franchement je trouve.
D'autres encore ont soupçonné les Coréens, qui galopent étonnamment partout de la première minute à la dernière, d'avoir recours à des cocktails que réprouverait même l'animateur de l'émission Effets des substances psychotropes sur les ondes du Canal Savoir. Des accusations qui fâchent du reste l'entraîneur Guus Hiddink, et à propos desquelles le médecin de l'équipe, le Dr Kim Hyon-chul — et un médecin qui a pour nom «CHUL» ne peut qu'être prédestiné à de grandes choses —, a tenu à remettre les pendules à l'heure, soit 13 de plus que la nôtre, jeudi matin dernier, soit mercredi soir ici et vendredi quelque part certainement.
«Le programme de préparation physique a joué un rôle fondamental dans l'accroissement de la résistance des joueurs, mais il n'explique pas tout. La Stamina food [nourriture favorisant la résistance] y est aussi pour quelque chose», a dit le Dr Kim. «Depuis mars, tous les joueurs prennent trois fois par jour des pilules contenant des extraits de carpe, de mulet, d'herbes médicinales et de ginseng.»
Si on est attentif et qu'on ne passe pas son temps à tirer les couettes de la voisine, on aura compris ici que le mulet ne désigne pas le croisement âne-cheval ou la troisième voiture d'une écurie de Formule 1, mais bien ce poisson des mers tempérées (mugilidés) se nourrissant de matières organiques en décomposition dans la vase, à chair blanche assez estimée. Dont les oeufs pressés, précisons-le, donnent de la poutargue, et si vous êtes fins je vous donnerai un jour ma recette de tarama à la poutargue fraîche, c'est promis.
Non mais sérieusement, la Corée du Sud championne du monde de football?
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Remarquez que ce n'est pas la première fois que des trucs étranges perturbent la Coupe du monde. Ce 6-0 Argentine-Pérou en 1978, il était casher, vous croyez? Et le tir de Geoff Hurst en prolongation de la finale de 1966, il est entré dans le filet ou pas? Et la main de Maradona en 1986, personne ne l'a vue?
Ah! Vous voyez bien qu'en fait de certitudes, on n'est jamais sûr de rien.
Et ce n'est pas la première fois que les arbitres sont au coeur du noeud de la controverse. Ce qui nous permet de faire un petit bout d'histoire pour s'instruire en s'amusant: lors de la première Coupe du monde, disputée en 1930 en Uruguay, le Belge John Langenus avait été désigné pour arbitrer la finale, qui opposait le pays hôte à l'Argentine. Or avant le match, Langenus avait exigé et obtenu des organisateurs du tournoi qu'ils prennent en charge le coût d'une assurance-vie à son nom.
Question de meubler le temps entre deux matchs, on reviendra d'ailleurs cette semaine sur quelques moments croustillants du passé footballistique.
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Et il nous reste:
- Brésil-Turquie (demain, 7h30). Pas beaucoup de place d'ici la fin de la page. Deuxième rencontre en trois semaines entre ces deux équipes. Le Brésil a eu de la grosse misère et a gagné 2-1 sur un penalty immérité. L'entraîneur Scolari l'a dit, les Auriverde auraient préféré le Sénégal à cette bande robuste et teigneuse. Senol Gunes, le sélectionneur turc, est parvenu à créer une mentalité de «nous contre le monde» au sein de son équipe. Il y a longtemps que la Turquie n'a battu un représentant de la crème mondiale.
Fait incontournable: Le quotidien istanbuliote Milliyet a tenu à prévenir ses lecteurs avant le match que «l'excitation très forte, le plaisir et la tristesse sont mauvais pour le coeur». Tiens donc.
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