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La fusion terroriste

Serge Truffaut   4 décembre 2003 
Commis il y a une quinzaine de jours à Istanbul, les quatre attentats revendiqués par le Front islamique des combattants du Grand-Orient (FICGO) suscitent autant de questions que d'inquiétudes au sein des services de renseignement. Les interrogations sur lesquelles planchent ces derniers découlent des signes qui distinguent ces actes de tous les précédents. Si le modus operandi observé par les auteurs de la dernière série est identique aux autres, deux variables laissent présager une modification stratégique de la part notamment de la nébuleuse al-Qaïda.

En tout premier lieu, il faut s'arrêter à l'origine de ces islamikazes, pour reprendre le néologisme forgé par l'historien Raphaël Israëli dans son dernier essai. Contrairement aux attentats réalisés antérieurement, au Moyen-Orient s'entend, ceux qui ont ensanglanté les rues d'Istanbul n'étaient pas Arabes, mais Turkmènes. Il faut préciser que tout au long de l'histoire, les Arabes sunnites se sont réservé l'exclusivité, si l'on peut dire, de la guerre sainte, du djihad. À ce que l'on sache, ils ne sont jamais alliés, par exemple, aux chiites iraniens qu'ils considèrent encore et toujours comme des hérétiques. Sauf...

Sauf dans le cas qui nous occupe aujourd'hui. L'Iran a effectivement imprimé sa marque sur les attentats d'Istanbul. Après décryptage de ceux-ci, on constate que le FICGO est arrimé au Hezbollah turc, donc à l'Iran. Il est de fait le premier Hezbollah sunnite et, à ce titre, il bénéficie du soutien logistique et autre de Téhéran. Il semble donc que chiites et sunnites auraient dépassé leurs clivages traditionnels pour conclure une espèce d'alliance objective que la guerre en Irak a bien évidemment favorisée.

En ce qui concerne le rôle tenu par al-Qaïda dans la série d'Istanbul, il serait celui du franchiseur. En clair, le réseau d'Oussama ben Laden ne disposant plus des moyens financiers qui étaient les siens avant le 11 septembre, il aurait arrêté une stratégie consistant à communiquer par messages codés via Internet le mode d'emploi technique afférent à chaque attentat envisagé. On veut faire sauter deux synagogues en plein coeur d'Istanbul? On demande à al-Qaïda quel détonateur il faut employer et combien de bâtons de dynamite il faut utiliser. Pour ce qui est du financement de l'horreur, on collecte auprès des habitants locaux lorsqu'on ne les rançonne pas.

Dans un récent article, le quotidien The Washington Post cite un expert du terrorisme qui juge que la série d'Istanbul est peut-être le révélateur de ceci: le phénomène de fusion-acquisition des entreprises a dépeint, pour ainsi dire, sur l'univers du terrorisme. Al-Qaïda, GIA, GICG, FICGO, Hezbollah et autres multiplieraient les alliances afin d'étendre le djihad un peu partout. Pour convaincre les jeunes Arabes déboussolés de rejoindre les rangs des islamikazes, la mouvance terroriste a commencé le recrutement par Internet. Et tout cela, parce que, contrairement à ce qu'affirma on ne sait plus qui, Dieu n'est pas mort.






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