Le travail à la chaîne existe à l'hôpital, mais il ne justifie pas les abus
J'ai été préposé aux bénéficiaires au Centre hospitalier de l'Université Laval (CHUL), de 1987 à 1989, ainsi qu'au Foyer Joseph-Denys, aujourd'hui rebaptisé CHSLD Le Trifluvien, de 1991 à 1993. J'ai travaillé auprès de tous les types de patients, dont les personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer.
J'ai accompli mes tâches du mieux que j'ai pu. Je peux marcher la tête haute puisque j'ai vouvoyé les patients, leur ai donné à boire pas seulement lorsqu'ils me le demandaient et les ai nettoyés... Bref, j'ai été leurs bras et leurs jambes. Je ne les ai jamais ridiculisés ou brutalisés. J'ai fait mon boulot. Et j'ai été bien payé pour ça, somme toute (entre 12 $ et 14 $ de l'heure). Le travail n'était pas toujours facile, néanmoins il l'était plus que de faire du terrassement ou de casser de la roche à 7 $ de l'heure, ce que j'ai fait aussi...
L'essentiel, selon moi, c'était de rester humain dans l'exécution de mes tâches. Certains de mes collègues ne s'embarrassaient pas toujours de ces considérations philosophiques. Certains faisaient leur travail dans le seul et unique but d'en faire toujours moins, de trouver la petite combine qui leur permettrait d'aller lire le journal, cachés dans le garde-robe ou dans les toilettes, voire dans les réfrigérateurs et les chambres froides des cuisines... D'autres suaient et se dépensaient sans compter pour faire boire les patients, les nettoyer, les distraire, leur offrir quelque chose comme une vraie présence humaine, responsable, chaleureuse et réconfortante.
Cela dit, je considère que les personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer ou celles qui sont en perte d'autonomie vivent dans des conditions indignes. Le modèle d'organisation des milieux hospitaliers s'apparente beaucoup trop au modèle industriel. L'aspect humain est mis de côté. On travaille à la chaîne dans les milieux hospitaliers. La loi du milieu consiste trop souvent à trouver la petite astuce pour avoir plus de temps à passer devant la télévision. On bourre les patients de médicaments et on les attache. On les gave à la seringue comme des oies, pour aller plus vite, toujours plus vite, encore plus vite... Ça prend trop de temps pour les «décrotter» le matin? Un coup de torchon et on change les vêtements. Durée de l'opération: 2 min 27 s. Demain, on essaiera de faire 2 min 26 s... Voilà les règles du milieu.
Je souhaite que les malades puissent bénéficier d'un environnement sain, propre et sécuritaire, du soutien physique et moral de travailleurs consciencieux, respectueux et profondément humains.
Quand j'étais préposé aux bénéficiaires, je me disais que j'avais une responsabilité très personnelle dans le bien-être des patients. J'ai déjà travaillé 26 heures de suite, le jour de Noël, parce que tous les préposés étaient malades... Je l'ai fait parce que je n'avais pas le choix. Si j'avais refusé de le faire, certaines personnes n'auraient pas reçu de soins pendant 26 heures. Je crois que cette fois-là, même si j'ai fait plus d'argent, la question financière était très secondaire.
Travailler dans le domaine de la santé, ce n'est pas et ça ne pourra jamais être un travail comme les autres. Cela demande tout ce qu'on exige de bons parents et peut-être même un peu plus: de la responsabilité, du secours, de la chaleur humaine, de la force physique et de la sécurité...
Cependant, ce n'est pas en faisant des sermons que les choses s'amélioreront. Il faut que les personnes commettant des brutalités ou adoptant des comportements de kapo de camp de concentration soient expulsées sur-le-champ et traduites devant les tribunaux! J'invite, par ailleurs, les organisations syndicales du milieu hospitalier à promouvoir un peu plus les valeurs humaines de base à travers leurs actions et à reconnaître que l'on doit travailler à l'épanouissement de toutes les personnes, sans égard à leur statut, pour favoriser la vraie solidarité humaine. Rien ne justifie la brutalité. Rien n'excuse la violence.
Je demande aux syndicats d'agir en citoyens responsables dans les causes de mauvais traitements dénoncés par les parents des victimes. Vous prétendez être au service de la population? Prouvez-le, camarades! Protéger vos membres ne saurait vous dispenser de promouvoir les droits et libertés fondamentales de la personne. Consacrez-vous à défendre ceux qui n'ont pas de voix, ceux qui ne sont rien devant le pouvoir, ceux qui sont faibles.
J'ai accompli mes tâches du mieux que j'ai pu. Je peux marcher la tête haute puisque j'ai vouvoyé les patients, leur ai donné à boire pas seulement lorsqu'ils me le demandaient et les ai nettoyés... Bref, j'ai été leurs bras et leurs jambes. Je ne les ai jamais ridiculisés ou brutalisés. J'ai fait mon boulot. Et j'ai été bien payé pour ça, somme toute (entre 12 $ et 14 $ de l'heure). Le travail n'était pas toujours facile, néanmoins il l'était plus que de faire du terrassement ou de casser de la roche à 7 $ de l'heure, ce que j'ai fait aussi...
L'essentiel, selon moi, c'était de rester humain dans l'exécution de mes tâches. Certains de mes collègues ne s'embarrassaient pas toujours de ces considérations philosophiques. Certains faisaient leur travail dans le seul et unique but d'en faire toujours moins, de trouver la petite combine qui leur permettrait d'aller lire le journal, cachés dans le garde-robe ou dans les toilettes, voire dans les réfrigérateurs et les chambres froides des cuisines... D'autres suaient et se dépensaient sans compter pour faire boire les patients, les nettoyer, les distraire, leur offrir quelque chose comme une vraie présence humaine, responsable, chaleureuse et réconfortante.
Cela dit, je considère que les personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer ou celles qui sont en perte d'autonomie vivent dans des conditions indignes. Le modèle d'organisation des milieux hospitaliers s'apparente beaucoup trop au modèle industriel. L'aspect humain est mis de côté. On travaille à la chaîne dans les milieux hospitaliers. La loi du milieu consiste trop souvent à trouver la petite astuce pour avoir plus de temps à passer devant la télévision. On bourre les patients de médicaments et on les attache. On les gave à la seringue comme des oies, pour aller plus vite, toujours plus vite, encore plus vite... Ça prend trop de temps pour les «décrotter» le matin? Un coup de torchon et on change les vêtements. Durée de l'opération: 2 min 27 s. Demain, on essaiera de faire 2 min 26 s... Voilà les règles du milieu.
Je souhaite que les malades puissent bénéficier d'un environnement sain, propre et sécuritaire, du soutien physique et moral de travailleurs consciencieux, respectueux et profondément humains.
Quand j'étais préposé aux bénéficiaires, je me disais que j'avais une responsabilité très personnelle dans le bien-être des patients. J'ai déjà travaillé 26 heures de suite, le jour de Noël, parce que tous les préposés étaient malades... Je l'ai fait parce que je n'avais pas le choix. Si j'avais refusé de le faire, certaines personnes n'auraient pas reçu de soins pendant 26 heures. Je crois que cette fois-là, même si j'ai fait plus d'argent, la question financière était très secondaire.
Travailler dans le domaine de la santé, ce n'est pas et ça ne pourra jamais être un travail comme les autres. Cela demande tout ce qu'on exige de bons parents et peut-être même un peu plus: de la responsabilité, du secours, de la chaleur humaine, de la force physique et de la sécurité...
Cependant, ce n'est pas en faisant des sermons que les choses s'amélioreront. Il faut que les personnes commettant des brutalités ou adoptant des comportements de kapo de camp de concentration soient expulsées sur-le-champ et traduites devant les tribunaux! J'invite, par ailleurs, les organisations syndicales du milieu hospitalier à promouvoir un peu plus les valeurs humaines de base à travers leurs actions et à reconnaître que l'on doit travailler à l'épanouissement de toutes les personnes, sans égard à leur statut, pour favoriser la vraie solidarité humaine. Rien ne justifie la brutalité. Rien n'excuse la violence.
Je demande aux syndicats d'agir en citoyens responsables dans les causes de mauvais traitements dénoncés par les parents des victimes. Vous prétendez être au service de la population? Prouvez-le, camarades! Protéger vos membres ne saurait vous dispenser de promouvoir les droits et libertés fondamentales de la personne. Consacrez-vous à défendre ceux qui n'ont pas de voix, ceux qui ne sont rien devant le pouvoir, ceux qui sont faibles.
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