Libre opinion: Saint-Charles-Borromée, intérêt public ou intérêts médiatiques?
Si l'équipe de direction de la résidence Saint-Charles-Borromée avait fait appel à des relationnistes dignes de ce nom, leur travail aurait été de déployer toutes les stratégies et tous les moyens possibles de façon à faire comprendre la situation dans une juste perspective. Je ne suis pas certain qu'ils auraient réussi, certains prédateurs ayant inexorablement découvert et senti une chair fraîche à l'odeur incomparable.
C'est ce que M. Lafleur a maladroitement tenté de faire. Mais peu s'en est fallu et, finalement, le directeur général aura eu tout faux (ou tout bon, c'est selon) en mettant fin à ses jours, permettant ainsi aux médias, de ce fait fatal, de se partager un repas encore plus copieux que prévu.
Des journalistes sérieux, respectables et respectés, tels Michel Roy, Jean-Claude Leclerc et André Noël, ont tous affirmé que le «scoop de l'enregistrement» était d'intérêt public. Je suis en désaccord avec eux.
Il y a intérêt public lorsqu'on peut affirmer sérieusement qu'une situation donnée peut avoir un impact sur une partie importante de la population. L'affaire José Théodore n'était pas d'intérêt public, l'affaire Gilbert Rozon non plus. Tous les jours, des situations particulières, potentiellement inacceptables, sont amenées devant les tribunaux, gérées par des corps publics, corrigées par des entreprises privées responsables. Cela n'en fait pas pour autant des sujets d'intérêt public.
S'il faut avouer que la révélation de situations exceptionnelles ou marginales peut faire partie du travail journalistique, il est inadmissible et irresponsable qu'on leur accorde tant de place dans l'espace médiatique.
Intérêts médiatiques
Le journalisme en société démocratique se pratique de nos jours comme à l'ère paléontologique. Il faut ramener à la meute de la nourriture, des trophées de chasse, signes de grandeur et de primauté. C'est ce comportement tribal qui a guidé des médias aussi sérieux que Radio-Canada et La Presse dans leur travail. La nouvelle était trop belle, la gazelle trop innocente et inexpérimentée. Il n'y a pas à chercher plus loin. Le piège était tendu, et même le ministre Couillard n'a pas pu résister à telle manigance. Il n'a eu d'autre choix que d'accepter que les chasseurs agissaient de bon droit et dans les règles... de la jungle.
Rien ne prouve que la situation de cette pauvre femme maltraitée à Saint-Charles-Borromée est d'intérêt public. Si, par exaspération, la famille de cette dame a tenté en désespoir de cause de se faire justice elle-même, il y a peut-être là le début d'un sujet d'intérêt public. Dans notre société, avons-nous suffisamment de recours en cas de mauvais traitements de toute sorte? Voilà une belle question d'intérêt public. Mais ce n'est pas avec des sujets comme ça qu'on «vend de la copie» ou du temps publicitaire.
Tant et aussi longtemps que nous laisserons aux entreprises de presse la liberté totale de dicter aux journalistes les règles à suivre pour la fabrication de leurs produits, nous assisterons à une dégénérescence de la pratique journalistique.
Les journalistes, en espérant qu'ils soient encore croyants en une importante fonction démocratique, soit celle de rapporter des faits et de les analyser de façon objective et équitable, doivent retrouver une forme d'indépendance face aux entreprises médiatiques pour lesquelles ils travaillent. Malheureusement, à l'heure actuelle, ni la FPJQ ni le Conseil de presse, dans leur rôle respectif, ne peuvent relever cet important défi.
C'est ce que M. Lafleur a maladroitement tenté de faire. Mais peu s'en est fallu et, finalement, le directeur général aura eu tout faux (ou tout bon, c'est selon) en mettant fin à ses jours, permettant ainsi aux médias, de ce fait fatal, de se partager un repas encore plus copieux que prévu.
Des journalistes sérieux, respectables et respectés, tels Michel Roy, Jean-Claude Leclerc et André Noël, ont tous affirmé que le «scoop de l'enregistrement» était d'intérêt public. Je suis en désaccord avec eux.
Il y a intérêt public lorsqu'on peut affirmer sérieusement qu'une situation donnée peut avoir un impact sur une partie importante de la population. L'affaire José Théodore n'était pas d'intérêt public, l'affaire Gilbert Rozon non plus. Tous les jours, des situations particulières, potentiellement inacceptables, sont amenées devant les tribunaux, gérées par des corps publics, corrigées par des entreprises privées responsables. Cela n'en fait pas pour autant des sujets d'intérêt public.
S'il faut avouer que la révélation de situations exceptionnelles ou marginales peut faire partie du travail journalistique, il est inadmissible et irresponsable qu'on leur accorde tant de place dans l'espace médiatique.
Intérêts médiatiques
Le journalisme en société démocratique se pratique de nos jours comme à l'ère paléontologique. Il faut ramener à la meute de la nourriture, des trophées de chasse, signes de grandeur et de primauté. C'est ce comportement tribal qui a guidé des médias aussi sérieux que Radio-Canada et La Presse dans leur travail. La nouvelle était trop belle, la gazelle trop innocente et inexpérimentée. Il n'y a pas à chercher plus loin. Le piège était tendu, et même le ministre Couillard n'a pas pu résister à telle manigance. Il n'a eu d'autre choix que d'accepter que les chasseurs agissaient de bon droit et dans les règles... de la jungle.
Rien ne prouve que la situation de cette pauvre femme maltraitée à Saint-Charles-Borromée est d'intérêt public. Si, par exaspération, la famille de cette dame a tenté en désespoir de cause de se faire justice elle-même, il y a peut-être là le début d'un sujet d'intérêt public. Dans notre société, avons-nous suffisamment de recours en cas de mauvais traitements de toute sorte? Voilà une belle question d'intérêt public. Mais ce n'est pas avec des sujets comme ça qu'on «vend de la copie» ou du temps publicitaire.
Tant et aussi longtemps que nous laisserons aux entreprises de presse la liberté totale de dicter aux journalistes les règles à suivre pour la fabrication de leurs produits, nous assisterons à une dégénérescence de la pratique journalistique.
Les journalistes, en espérant qu'ils soient encore croyants en une importante fonction démocratique, soit celle de rapporter des faits et de les analyser de façon objective et équitable, doivent retrouver une forme d'indépendance face aux entreprises médiatiques pour lesquelles ils travaillent. Malheureusement, à l'heure actuelle, ni la FPJQ ni le Conseil de presse, dans leur rôle respectif, ne peuvent relever cet important défi.
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