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Un «chaud» 1er décembre

Isabelle Paré , Fabien Deglise   2 décembre 2003 
Après les paroles, les gestes. Les syndiqués, vertement opposés au projet de restructuration organisationnelle de l'État, avaient promis une fin d'année «chaude» au gouvernement Charest. Ils en ont donné un premier aperçu hier à Montréal en mettant à sac le bureau de comté du député libéral et président de l'Assemblée nationale, Michel Bissonnet, mais aussi en forçant l'annulation d'une conférence de presse du premier ministre Jean Charest et du ministre de la Santé Philippe Couillard, à l'Hôpital Sainte-Justine.

Orchestrée par le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) et le Syndicat québécois des employés et employées de service, tous deux affiliés à la FTQ, cette première vague de coup d'éclat, visant à dénoncer les projets de loi présentés par le gouvernement Charest pour simplifier le fonctionnement de l'État, s'est transformée hier en matinée en acte de vandalisme au bureau de M. Bissonnet. «Au départ, cela avait toutes les allures d'une manifestation pacifique, a commenté Denis Chalifoux, directeur de cabinet adjoint du président de l'Assemblée nationale. Mais ç'a dégénéré»... avec, à la clef, des autocollants revendicateurs laissés sur les murs et le mobilier de bureau, des meubles renversés, des extincteurs vidés.

Cette «décoration» des lieux par 150 manifestants environ, où dossiers déchirés ont côtoyé les guirlandes de papier toilette, n'a guère ému Bruno Tremblay, conseiller syndical du SCFP qui tentait hier de minimiser le geste des syndiqués en colère.

«On a apposé des collants et un peu déplacé des cadres sur les murs, a-t-il commenté. Il n'y a eu aucun grabuge. Mais il est clair que les gens manquent de tolérance en ce moment face au projet de loi scandaleux du gouvernement Charest.» Les travailleurs du réseau de la santé en veulent en effet aux projets de loi 25, 30 et 31 qui prévoient le recours facilité à la sous-traitance, la fusion des accréditations syndicales dans le milieu de la santé, ainsi que la fusion administrative des hôpitaux et des CLSC.

«Les gens se sont exprimés vivement, a expliqué Alexandre Boulerice, porte-parole du SCFP. Mais cette attaque n'a rien de comparable à celle de M. Charest à l'endroit des syndiqués.» Des syndiqués qui avaient l'intention de se faire entendre hier lors de cette journée d'action qui, outre M. Bissonnet, visait également plusieurs autres personnalités politiques.

L'intensité des manifestations organisées par les employés syndiqués de la FTQ rejoints par ceux de la CSN à l'Hôpital Sainte-Justine, a forcé l'annulation, en milieu d'après-midi, d'une conférence de presse où le premier ministre, Jean Charest, et le ministre de la Santé, Philippe Couillard, devaient annoncer des réinvestissements dans cet hôpital pédiatrique.

Environ 200 travailleurs affiliés à la FTQ, arrivés sur les lieux par autobus, ont d'abord investi l'entrée principale de Sainte-Justine pour tenter d'apostropher le premier ministre à son arrivée.

Au même moment, environ 200 employés généraux de l'hôpital, affiliés cette fois à la CSN, ont amorcé leur propre manifestation à l'intérieur de l'hôpital, avec force tapage, tapissant les murs et les planchers d'autocollants, de confetti et de papiers déchiquetés.

À l'extérieur, l'ardeur des manifestants, qui tentaient à grands coups de poing d'investir la salle où devait se donner la conférence, a même engendré l'intervention de l'escouade anti-émeute du Service de police de la Ville de Montréal. À l'intérieur, une bousculade a eu lieu avec des agents de sécurité qui tentaient de maintenir à distance les employés en furie.

«Les syndicats ne vont pas permettre au premier ministre d'annoncer des bonnes nouvelles, quand on sait que cela se fait sur le dos des travailleurs et des travailleuses», a dénoncé hier Arthur Sandborn, président du Conseil central de Montréal (CCM-CSN).

Selon M. Sandborn, le projet du gouvernement Charest de donner le feu vert à la sous-traitance menace les emplois de milliers de personnes qui travaillent dans les hôpitaux. «L'intention déclarée du gouvernement, c'est d'aller en sous-traitance pour tout ce qui n'est pas d'ordre médical. Donc ceux qui travaillent dans la cafétéria, ou ceux qui distribuent du linge propre ou des pilules, en fait la vaste majorité des gens qui travaillent dans cet hôpital, risquent de perdre leur job et le gouvernement l'a dit clairement», a-t-il dénoncé, entouré de plusieurs de ces travailleurs.

Selon le président du CCM, il est fort plausible que les employés généraux du réseau de la santé décident de voter pour la grève si le gouvernement s'entête à maintenir son projet de loi. «Les gens vont aller en grève avant de perdre leur emploi. On ne souhaite pas ça, mais on ne sait pas où ça va finir», a-t-il dit.

Les manifestants se sont finalement dispersés vers 15h30 en apprenant l'annulation de la conférence de presse.

Després maintient le cap

Cette première «journée d'action» dans la région montréalaise n'a pas semblé affecter outre mesure le ministre du Travail, Michel Després, qui n'a pas l'intention de céder devant la grogne syndicale. Il n'est pas question pour lui de modifier l'orientation du projet de loi 31 visant à faciliter le recours à la sous-traitance, ni de reporter son adoption après la période des Fêtes.

«C'est évident que, quand il y a des changements, ça peut apporter des réactions [...]. On est en démocratie, on a le droit de manifester, de faire valoir un point de vue. Mais naturellement, [il faut que ce soit] dans le calme», a-t-il affirmé hier lors d'un point de presse. Le ministre Després soutient que son gouvernement respecte l'esprit du Code du travail, qui est de garantir le droit d'association des salariés et le droit de négociation des syndicats.

Que les centrales syndicales se le tiennent néanmoins pour dit: seuls des points techniques ou la clarté du libellé du projet de loi pourraient faire l'objet d'amendements. «On regarde et analyse les propositions qu'on a eues [lors de la consultation en commission parlementaire, qui a pris fin jeudi], mais l'orientation du gouvernement reste. Dans les "technicalités", la façon que la loi est écrite, oui, on regarde les différentes propositions», a-t-il souligné.

Par exemple, le ministre pourrait déposer un amendement concernant l'un des articles du projet de loi. En vertu de cet article, l'accréditation syndicale n'est protégée que dans le seul cas où l'entreprise ou la municipalité cède à la sous-traitance, «en plus de fonctions ou d'un droit d'exploitation, la plupart des autres éléments caractéristiques de la partie d'entreprise visée». Et dans le cas du transfert de la plupart des éléments caractéristiques de l'activité cédée, les employés doivent, au premier jour de la cession, renégocier leurs conditions de travail.

Les amendements, s'il y en a, seront déposés dans les prochains jours et débattus en commission parlementaire lors de l'étude détaillée du projet de loi 31.

Le chef de l'opposition officielle, Bernard Landry, a quant à lui dénoncé les actes de vandalisme qui ont été commis par des syndiqués. Il a invité les centrales syndicales à ne pas avoir recours à la violence et à faire valoir leur point de vue dans le respect.

Avec la collaboration de Tommy Chouinard






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  • Normand Perry
    Inscrit
    mardi 2 décembre 2003 14h37
    Charest va récolter ce qu'il sème : le désordre !
    « Rien ne m'étonne dans les événements que le Québec vit présentement. Jean Charest gouverne le Québec d'une manière dictatoriale, brisant ainsi une "tradition" de consensus qu'avaient mise en place les précédents gouvernements dans les diverses réformes qu'ils ont enclenchées.

    Et de plus en plus de voix se font entendre, et pas uniquement dans le monde syndical, pour accuser les libéraux de s'être fait élire sous de fausses représentations. Ce que je prétends moi, c'est que Jean Charest avait bien caché dans l'intérieur de sa veste, durant la campagne électorale, un programme néo-libéral, digne d'un conservateur où monsieur Charest a ses racines politiques bien encrées.

    Il est maintenant assez clair, contrairement à ce que Jean Charest veut bien prétendre aux micros qui lui sont tendus présentement, qu'il veuille vraiment venir en aide à la classe moyenne (mon oeil!) : son programme caché vise essentiellement a affaiblir cette classe moyenne au détriment des milieux financiers et richissimes.

    Mais nos moeurs sociales au Québec sont trop bien implantées à gauche pour se faire ainsi imposer, je dirais même se faire engorger un programme néo-libéral sans broncher. Les manifestations actuelles, ne sont à mon avis, qu'un prélude à un affrontement d'idéologies, qui pourraient dégénérer, si monsieur Charest maintient l'arrogance dont il fait preuve, en révoltes populaires. Demandez à Edouard Chevernadze ce que cela signifie, vous en aurez une bonne idée!

    Normand Perry
    philosophe »

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