Québec embauche des gardes du corps

Le gouvernement du Québec renforcera la protection des membres du Conseil exécutif en créant une réserve de gardes du corps devant assurer l'intégrité physique de chacun des ministres ainsi que la «pérennité du processus démocratique». La brigade Charest se mettra en marche selon les «besoins ponctuels lors de situations temporaires».

Cette décision semble découler de la turbulence des dernières semaines, mais, dans les faits, le gouvernement avait déjà prévu que les changements qu'il propose allaient provoquer la grogne des syndicats, des organismes communautaires et, plus largement, des mouvements sociaux. Ce n'est toutefois qu'en octobre que le ministère de la Sécurité publique est passé à l'action.

C'est à ce moment que 2000 agents de la paix du gouvernement, notamment les gardiens de prison, les agents de sécurité dans les palais de justice, les contrôleurs routiers et les agents de conservation de la faune, ont reçu une offre d'affectation et de mutation personnalisée. On peut y lire que le ministère de la Sécurité publique procède à «la création d'une réserve de personnes aptes à combler un emploi de garde du corps-chauffeur» pour assurer «la protection et le transport des membres du Conseil exécutif ou d'autres personnes désignées par l'autorité compétente». «Notre mission est de protéger l'intégrité physique des personnes et des biens pour assurer la pérennité du processus démocratique tant dans ses aspects législatif, exécutif que judiciaire», spécifie-t-on dans le court document obtenu par Le Devoir.

Comme l'a confirmé le ministère de la Sécurité publique, 325 personnes ont répondu à cette offre de services qui se terminait le 3 novembre. Les candidats devront subir des entrevues et des tests éliminatoires. La réserve devrait être en fonction vers le mois de février et s'ajoutera aux gardes du corps-chauffeurs qui escortent déjà les ministres dans leurs moindres déplacements.

Pour justifier un tel renforcement de la sécurité, le ministère s'est borné à souligner qu'il devait faire face à des imprévus qui exigent un remplacement rapide pour de brèves périodes. On a également ajouté qu'une réserve de gardes du corps favoriserait «une utilisation plus efficace du personnel». Pour des «raisons de sécurité», le cabinet du ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon, a refusé hier de confirmer l'existence même de la réserve.

Moins d'une heure plus tard, le ministère a rappelé Le Devoir pour lui préciser qu'il n'y avait aucun lien entre cette réserve et la situation politique actuelle. «On a toujours eu une banque de gardes du corps. Il faut être capable de combler n'importe quel besoin, que ce soit un départ à la retraite, une maladie ou une augmentation du nombre de ministres», a soutenu Yvon Boilard, adjoint exécutif du sous-ministre associé à la Sécurité publique.

Pour le Syndicat des agents de conservation de la faune du Québec, dont les quelque 500 membres ont été sollicités, il est clair que le gouvernement Charest craint les remous. «Est-ce que le gouvernement, sentant la soupe chaude avec tout ce qui se passe, est en train de préparer sa guerre? Et si jamais ça vire mal, il pourrait affecter deux ou trois gardes du corps par ministre? Nous, c'est ce qu'on comprend», a expliqué le chef syndical Paul Legault.

Et les remous sont de plus en plus nombreux au fur et à mesure que les intentions gouvernementales se précisent: modification de l'article 45 du Code du travail, augmentation des tarifs en garderies, partenariat public-privé comme orientation de la «réingénierie» de l'État, plan de lutte contre la pauvreté qui s'apparente à une réduction de l'aide de dernier recours, réorganisation syndicale dans les hôpitaux. Hier, le mécontentement des syndicats a pris l'allure d'un saccage dans les bureaux montréalais du président de l'Assemblée nationale et d'une échauffourée à l'Hôpital Sainte-Justine.

Déjà, en août dernier, dans un document sur les «obstacles pressentis» révélé par Le Devoir, le gouvernement Charest avait compris que son idée de «réinventer le Québec» ne passerait pas comme une lettre à la poste. Parmi les problèmes potentiels, Québec relevait la grogne de la société civile, expliquant il n'y avait «aucun consensus social sur ce que sont ou devraient être» les missions de l'État. On soulignait également «la difficulté d'adéquation de la redéfinition du rôle de l'État avec les valeurs fondamentales de la société québécoise», l'«absence de tribunes et de canaux permettant aux citoyens de participer au devenir de l'État» ainsi que le «rôle critique de certains médias».
1 commentaire
  • RobertQue - Inscrit 2 décembre 2003 23 h 07

    Les remous sont de plus en plus nombreux

    Les remous sont de plus en plus nombreux

    Pourquoi devons-nous constater autant de remous ? Y a-t-il un malaise qui ferait déclencher autant de bouleversements ?

    Si on remonte un peu dans le temps, il faudrait voir qu'il y a eu de grands bouleversements lors de la révolution dite "tranquille". Ces bouleversements étaient voulus par la population parce qu'il y a eu de bons ministres-pédagogues qui ont fait leurs devoirs de rencontrer la population et d'impliquer toutes les classes de la société dans les projets qu'ils mettaient de l'avant et à toutes les étapes de leur mise en place. On a aimé tous ces changements là parce que l'on a eu l'impression d'avoir participé pour les mettre en place.

    Tout le Québec a été parcouru, du nord au sud et d'ouest en est, des Commissions d'enquêtes ont été mises en place, non pas parce qu'on ne savait pas, en haut lieu ce qu'il fallait faire, mais bien parce qu'il fallait "embarquer" la population, tous les groupes, toutes les classes, dans l'oeuvre qu'on accomplissait !

    On croyait dans le Québec, dans la force de ses citoyens et citoyennes, dans la force de son Gouvernement, de son Assemblée nationale. On se prenait en mains, on voulait être "maître, chez nous !" comme on nous le disait. On a transformé tout le réseau scolaire, créé des polyvalentes, des CÉGEPS. Tout le système hospitalier a été transformé. La population a joué un rôle actif parce que les ministres ont agi de façon responsables. Ils se devaient de vendre leurs produits à la population. Il y avait un grand plan : "maître chez nous !"

    Présentement, on a l'impression que certains élus façonnent le Québec à "leur" goût à eux autres sans aucune consultation de la base. Quel sera la force et la vigueur de l'État du Québec une fois qu'ils auront fait leur "job" ? Ils sont comme imbus du pouvoir de décision et tel "le" maître, nous nous devons tous d'accepter ce qu'ils vont faire et comme ils vont le vouloir. Ah, oui, ils ont fait une élection en disant qu'il va y avoir des changements ? Oui, on en veut des changements, mais il faut qu'on soit partie prenante de ces changements là. C'est toute la différence.

    Le Parti Québécois disait, aussi, qu'il y aurait des changements. L'Action Démocratique également disait qu'il y aurait des changements. Le Parti Libéral croit qu'il peut tout faire les changements, à sa guise, à son rythme, et que nous, le bon peuple, on a tout compris, lors de l'élection, on a tout compris ce que le Parti Libéral voulait faire et comment il allait le faire ?

    On vit à l'ère des communications. Tout le monde n'avait pas en tête que le programme du Parti Libéral. Tout le monde n'a pas obligatoirement assimilé ce que voulait le Parti Libéral élu. Le Gouvernement Charest n'a-t-il pas le devoir d'information à aller chercher et de l'information à donner à la population ?

    L'impression qui se dégage, présentement, c'est que le président des associations de patron a réussi à parler à monsieur Charest et que lui, ce patron et les autres, je veux le croire, sont bien satisfaits.

    Comme on dit communément, il faut "vendre sa salade" pour qu'elle soit bien digérée. C'est un peu ce qui manque aux divers ministres du présent gouvernement. Avant de passer les lois, il faut les vendre au public, à la population qui l'a élu et les autres citoyens et citoyennes qui découvrent ce qu'il voulait faire parce qu'il n'était pas dans leur mire au moment de l'élection.

    Vendre après coup, c'est un peu avoir l'impression qu'on se fait avoir, qu'on se fait tricher, qu'on se fait manipuler. Les remous, les bouleversements au lieu d'être acceptés par la population, ils sont subis par ce qui tient lieu de l'Autorité actuelle qui force la vente sans tellement d'explications.

    Cela nous invite à s'interroger : est-ce le gouvernement pour le Peuple ou est-ce le gouvernement des nantis qui veulent soumettent le Peuple ? C'est quoi l'enjeu ?

    Robert Bertrand,
    Québec