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La paix maintenant

Guy Taillefer   2 décembre 2003 
Le plan de paix parallèle signé hier en grande pompe à Genève est audacieux en ce sens que, contrairement aux projets passés et courants, il s'attaque aux noeuds du conflit israélo-palestinien sans procrastination. Pour l'essentiel, il emprunte pourtant des avenues qui, à bien des égards, ont déjà été explorées: il crée un État palestinien sur la base de la ligne de partage de 1967; il évacue les colonies de peuplement israéliennes, et celles qui ne le sont pas font l'objet d'une compensation aux Palestiniens en terres équivalentes en superficie; il divise la vieille ville de Jérusalem et place le mont du Temple sous souveraineté palestinienne, en échange de quoi les Palestiniens renoncent de facto au droit au retour des 3,8 millions de réfugiés. Enfin, une force multinationale de surveillance est mise sur pied, force au sein de laquelle le Canada est invité à jouer un rôle clé.

Dans les circonstances, et c'est tout dire du blocage désespérant de la situation, les compromis auxquels sont parvenus, au bout de trois ans de travail, ses deux architectes-négociateurs, les anciens ministres palestinien et israélien Yasser Abed Rabbo et Yossi Beilin, semblent d'autant plus impraticables... qu'ils tombent largement sous le sens. Dit autrement, ces compromis, sans doute perfectibles, ne pourront se matérialiser si ne sont pas surmontées les objections des extrémistes qui, de part et d'autre, tiennent le pouvoir et se braquent.

Ces obstacles peuvent-ils être surmontés? Et comment faire pour éviter que ce pacte ne soit oublié dans un tiroir? La vigueur de l'opposition au projet est étonnante considérant qu'il n'engage pour ainsi dire personne. Voici en outre le fruit d'une gauche et d'un «camp de la paix» qui ont été marginalisés par l'Intifada. Le premier ministre Ariel Sharon a carrément jugé l'initiative de paix «nuisible et dangereuse». Yasser Arafat lui a donné un appui très distant, pendant que les franges les plus fanatisées de la société palestinienne, le Hamas en tête, se sont mobilisées contre les «collaborateurs» qui ont manifesté des sympathies pour l'initiative.

Ainsi ce curieux «pacte de Genève» est-il le miroir dérangeant de l'enlisement des parties dans leur logique de violence: face à M. Sharon, il présente des perspectives qui viennent remettre en cause la construction de sa «clôture de sécurité» et sa stratégie du fait accompli. On le comprend d'être agacé. En l'occurrence, il s'agit d'une initiative de paix qui sent la subversion. À contre-courant du défaitisme ambiant, elle en appelle à l'engagement des sociétés civiles — «Ne comptez plus sur vos gouvernements pour faire la paix», affirmait en fin de semaine M. Rabbo — et met en avant une idée révolutionnaire: le dialogue est possible.

gtaillefer@ledevoir.com
 
 
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