Journée sida: des plans d'urgence
- L'ONU lance un programme médical visant trois millions d'habitants des pays pauvres; - Médecins du monde Canada interviendra au Zimbabwe
Geneviève Otis-Dionne
1 décembre 2003
Photo : Jacques Nadeau
Le comédien Michel Dumont et le président de Médecins du Monde Canada, le Dr Réjean Thomas, ont lancé hier à Montréal une campagne de financement visant à soutenir un programme d’intervention ayant comme objectif de diminuer l’impact du VIH/s
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) et l'ONUSIDA lancent aujourd'hui, à l'occasion de la Journée mondiale du sida, une vaste campagne de simplification de la distribution des médicaments et d'amélioration des services médicaux dans les pays pauvres afin de fournir les derniers traitements disponibles à trois millions de personnes infectées par le VIH, d'ici à la fin 2005.
«Prévenir et traiter le sida est peut-être la mission de santé la plus difficile que le monde ait eu à accomplir, mais c'est aussi la plus urgente», a déclaré par voie de communiqué le directeur général de l'OMS, le Dr Lee Jong-Wook. Dans leur stratégie, les deux agences onusiennes préconiseront «des efforts extraordinaires et non conventionnels pour faire parvenir le traitement antirétroviral aux personnes qui mourraient sans cela», soutient le Dr Jong-Wook.
Le programme est donc axé sur la simplification de l'accès à la thérapie antirétrovirale, l'assurance d'une source fiable pour les médicaments et la création d'un système de diffusion de l'information actualisée sur le VIH. Les deux agences souhaitent également encourager l'aide financière aux pays pauvres et établir une gestion de la lutte contre la pandémie sur le plan international.
Les décès et les contaminations par le virus du VIH/sida ont atteint des niveaux records en 2003 et devraient encore augmenter en Afrique subsaharienne, en Europe de l'Est et en Asie centrale. D'après l'ONUSIDA, plus de 40 millions de personnes sont infectées par le VIH dans le monde et plus de trois millions de malades sont morts en 2003. L'OMS précise que plus de cinq millions de patients atteints par le VIH ont besoin d'antirétroviraux, mais que moins de 400 000 y ont accès, principalement en Occident, en raison du prix.
L'OMS estime le coût du programme à quelque 5,5 milliards de dollars américains, dans les deux prochaines années, et sollicite l'aide financière des gouvernements occidentaux pour mener le projet à bien. Selon le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, trop peu de dirigeants politiques sont sensibilisés à la lutte contre la maladie, qui a fait 28 millions de morts depuis 1981. «Je crois que les dirigeants du monde ne sont pas assez engagés. Je suis en colère, affligé, impuissant [...] dans un monde où nous avons les moyens [...] d'aider tous ces malades, c'est la volonté politique qui fait défaut», a affirmé M. Annan, la semaine dernière.
L'OMS souhaite favoriser le plus tôt possible la mise en place d'équipes d'intervention rapide chargées d'orienter les achats et le financement d'antirétroviraux à l'intention des pays pauvres où ils sont peu accessibles.
Une mission au Zimbabwe
Médecins du monde Canada lance aujourd'hui de son côté une campagne de financement pour la création, en janvier prochain, conjointement avec Médecins du Monde France et Espagne, d'un important programme d'intervention ayant comme objectif de diminuer l'impact du VIH/Sida chez les enfants du Zimbabwe, où près de 40 % de la population est affectée par le virus.
Le président de Médecins du Monde Canada, le Dr Réjean Thomas, dirigera le comité de pilotage de ce projet. «Le sida tue 2000 personnes chaque semaine au Zimbabwe. Il détruit le tissu familial et laisse bien souvent les enfants sans parents. D'ailleurs, sur une population de 12 millions, on compte près de un million d'orphelins au Zimbabwe», a déploré hier le Dr Thomas en conférence de presse.
Médecins du Monde veut envoyer sur place, dès janvier, une équipe d'intervenants pour lancer de nouveaux programmes et appuyer des actions qui s'adresseront prioritairement aux orphelins du sida, aux mères de famille infectées par le VIH et aux personnels médicaux et communautaires qui oeuvrent auprès des malades.
Selon l'organisme, le projet nécessite un budget de 1,5 million de dollars par année pour trois ans. Le directeur général de l'organisation au Canada, André Bertrand, a participé à l'une des missions effectuées au Zimbabwe pour cerner les besoins de la population et des professionnels de la santé. «J'ai vu du personnel médical et communautaire animé par une volonté d'intervenir malgré le peu de ressources mises à leur disposition. J'ai rencontré des parents infectés par le VIH qui, contrairement à ce qui est véhiculé, connaissent très bien la trithérapie. Et, surtout, de jeunes orphelins qui ne souhaitent qu'une chose: avoir la chance d'espérer une vie meilleure», raconte M. Bertrand.
Le comédien Michel Dumont a décidé d'aider l'organisme à amasser les 65 000 $ nécessaires dans l'immédiat pour lancer le projet. «On peut combattre le sida et le prévenir. Médecins du Monde en est la preuve, soutient M. Dumont. Face au sida, l'inaction est un crime contre l'humanité, et les prières ainsi que les mots creux ne servent à rien. La planète est en péril. Il faut monter aux barricades! Appuyer Médecins du Monde de façon concrète et efficace est un devoir sacré», argue l'ambassadeur des projets VIH/sida de Médecins du Monde Canada.
Aider les sidéens canadiens
Une coalition de militants, de médecins, de chercheurs et de groupes communautaires canadiens se rassemblent par ailleurs aujourd'hui à Toronto pour souligner la Journée mondiale du sida et sonner l'alarme au sujet de la multiplication des barrières à l'accès aux traitements contre le VIH-sida au Canada.
Organisée par le Conseil canadien de surveillance et d'accès aux traitements (CCSAT), cette réunion a pour objectif de rappeler aux gouvernements de tous les niveaux qu'ils doivent s'engager davantage pour faciliter l'accès aux traitements contre le VIH-sida.
Selon la CCSAT, trois enjeux principaux peuvent être considérés comme des entraves à l'accès à des traitements abordables: le Programme commun d'évaluation des médicaments (PCEM), une instance fédérale/provinciale mise sur pied récemment, l'importation transfrontalière et le besoin urgent d'une augmentation du volet financier de la Stratégie canadienne sur le VIH-sida.
Le Dr John Goodhew, coprésident du HIV Primary Care Physicians de Toronto, soutient dans un communiqué que «les médecins font face à des barrières bureaucratiques tant au niveau fédéral que provincial quand vient le moment de mettre des traitements dans les mains des patients, y compris la lenteur du processus d'examen et les programmes de remboursement des médicaments provinciaux».
La coalition enjoint au gouvernement canadien et au nouveau premier ministre d'assurer le financement adéquat de la Stratégie canadienne de lutte contre le sida dans le prochain budget. «La préoccupation principale de la communauté de lutte contre le sida tient au fait que le financement de la Stratégie n'a pas augmenté depuis plus dix ans», déplore dans un communiqué le porte-parole de la Société canadienne de l'hémophilie, James Kreppner. Le budget de la stratégie s'est érodé de 25 % sous l'effet de l'inflation depuis une décennie, tandis que la demande de services a augmenté et que les exigences de la prévention se sont complexifiées. 55 000 Canadiens vivent aujourd'hui avec le VIH, comparativement à 35 000 en 1990. Le gouvernement doit s'engager à accroître le financement», affirme M. Kreppner.
Avec Reuters et l'Associated Press
«Prévenir et traiter le sida est peut-être la mission de santé la plus difficile que le monde ait eu à accomplir, mais c'est aussi la plus urgente», a déclaré par voie de communiqué le directeur général de l'OMS, le Dr Lee Jong-Wook. Dans leur stratégie, les deux agences onusiennes préconiseront «des efforts extraordinaires et non conventionnels pour faire parvenir le traitement antirétroviral aux personnes qui mourraient sans cela», soutient le Dr Jong-Wook.
Le programme est donc axé sur la simplification de l'accès à la thérapie antirétrovirale, l'assurance d'une source fiable pour les médicaments et la création d'un système de diffusion de l'information actualisée sur le VIH. Les deux agences souhaitent également encourager l'aide financière aux pays pauvres et établir une gestion de la lutte contre la pandémie sur le plan international.
Les décès et les contaminations par le virus du VIH/sida ont atteint des niveaux records en 2003 et devraient encore augmenter en Afrique subsaharienne, en Europe de l'Est et en Asie centrale. D'après l'ONUSIDA, plus de 40 millions de personnes sont infectées par le VIH dans le monde et plus de trois millions de malades sont morts en 2003. L'OMS précise que plus de cinq millions de patients atteints par le VIH ont besoin d'antirétroviraux, mais que moins de 400 000 y ont accès, principalement en Occident, en raison du prix.
L'OMS estime le coût du programme à quelque 5,5 milliards de dollars américains, dans les deux prochaines années, et sollicite l'aide financière des gouvernements occidentaux pour mener le projet à bien. Selon le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, trop peu de dirigeants politiques sont sensibilisés à la lutte contre la maladie, qui a fait 28 millions de morts depuis 1981. «Je crois que les dirigeants du monde ne sont pas assez engagés. Je suis en colère, affligé, impuissant [...] dans un monde où nous avons les moyens [...] d'aider tous ces malades, c'est la volonté politique qui fait défaut», a affirmé M. Annan, la semaine dernière.
L'OMS souhaite favoriser le plus tôt possible la mise en place d'équipes d'intervention rapide chargées d'orienter les achats et le financement d'antirétroviraux à l'intention des pays pauvres où ils sont peu accessibles.
Une mission au Zimbabwe
Médecins du monde Canada lance aujourd'hui de son côté une campagne de financement pour la création, en janvier prochain, conjointement avec Médecins du Monde France et Espagne, d'un important programme d'intervention ayant comme objectif de diminuer l'impact du VIH/Sida chez les enfants du Zimbabwe, où près de 40 % de la population est affectée par le virus.
Le président de Médecins du Monde Canada, le Dr Réjean Thomas, dirigera le comité de pilotage de ce projet. «Le sida tue 2000 personnes chaque semaine au Zimbabwe. Il détruit le tissu familial et laisse bien souvent les enfants sans parents. D'ailleurs, sur une population de 12 millions, on compte près de un million d'orphelins au Zimbabwe», a déploré hier le Dr Thomas en conférence de presse.
Médecins du Monde veut envoyer sur place, dès janvier, une équipe d'intervenants pour lancer de nouveaux programmes et appuyer des actions qui s'adresseront prioritairement aux orphelins du sida, aux mères de famille infectées par le VIH et aux personnels médicaux et communautaires qui oeuvrent auprès des malades.
Selon l'organisme, le projet nécessite un budget de 1,5 million de dollars par année pour trois ans. Le directeur général de l'organisation au Canada, André Bertrand, a participé à l'une des missions effectuées au Zimbabwe pour cerner les besoins de la population et des professionnels de la santé. «J'ai vu du personnel médical et communautaire animé par une volonté d'intervenir malgré le peu de ressources mises à leur disposition. J'ai rencontré des parents infectés par le VIH qui, contrairement à ce qui est véhiculé, connaissent très bien la trithérapie. Et, surtout, de jeunes orphelins qui ne souhaitent qu'une chose: avoir la chance d'espérer une vie meilleure», raconte M. Bertrand.
Le comédien Michel Dumont a décidé d'aider l'organisme à amasser les 65 000 $ nécessaires dans l'immédiat pour lancer le projet. «On peut combattre le sida et le prévenir. Médecins du Monde en est la preuve, soutient M. Dumont. Face au sida, l'inaction est un crime contre l'humanité, et les prières ainsi que les mots creux ne servent à rien. La planète est en péril. Il faut monter aux barricades! Appuyer Médecins du Monde de façon concrète et efficace est un devoir sacré», argue l'ambassadeur des projets VIH/sida de Médecins du Monde Canada.
Aider les sidéens canadiens
Une coalition de militants, de médecins, de chercheurs et de groupes communautaires canadiens se rassemblent par ailleurs aujourd'hui à Toronto pour souligner la Journée mondiale du sida et sonner l'alarme au sujet de la multiplication des barrières à l'accès aux traitements contre le VIH-sida au Canada.
Organisée par le Conseil canadien de surveillance et d'accès aux traitements (CCSAT), cette réunion a pour objectif de rappeler aux gouvernements de tous les niveaux qu'ils doivent s'engager davantage pour faciliter l'accès aux traitements contre le VIH-sida.
Selon la CCSAT, trois enjeux principaux peuvent être considérés comme des entraves à l'accès à des traitements abordables: le Programme commun d'évaluation des médicaments (PCEM), une instance fédérale/provinciale mise sur pied récemment, l'importation transfrontalière et le besoin urgent d'une augmentation du volet financier de la Stratégie canadienne sur le VIH-sida.
Le Dr John Goodhew, coprésident du HIV Primary Care Physicians de Toronto, soutient dans un communiqué que «les médecins font face à des barrières bureaucratiques tant au niveau fédéral que provincial quand vient le moment de mettre des traitements dans les mains des patients, y compris la lenteur du processus d'examen et les programmes de remboursement des médicaments provinciaux».
La coalition enjoint au gouvernement canadien et au nouveau premier ministre d'assurer le financement adéquat de la Stratégie canadienne de lutte contre le sida dans le prochain budget. «La préoccupation principale de la communauté de lutte contre le sida tient au fait que le financement de la Stratégie n'a pas augmenté depuis plus dix ans», déplore dans un communiqué le porte-parole de la Société canadienne de l'hémophilie, James Kreppner. Le budget de la stratégie s'est érodé de 25 % sous l'effet de l'inflation depuis une décennie, tandis que la demande de services a augmenté et que les exigences de la prévention se sont complexifiées. 55 000 Canadiens vivent aujourd'hui avec le VIH, comparativement à 35 000 en 1990. Le gouvernement doit s'engager à accroître le financement», affirme M. Kreppner.
Avec Reuters et l'Associated Press
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