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VIH-sida - Accalmie sournoise pour tous

1 décembre 2003 
Depuis l'apparition, au milieu des années 90, d'une thérapie hautement efficace contre le VIH, le nombre annuel de personnes chez qui l'infection évolue en sida a diminué significativement. Pour heureuse que soit cette apparente victoire sur le sida, elle n'en demeure pas moins trompeuse. Le nombre de personnes infectées par le VIH, lui, continue d'augmenter. Chaque nouvelle personne infectée devient une nouvelle source possible d'infection pour les autres.

La banalisation de l'infection par le VIH et l'abandon des mesures de prévention pourraient mettre en péril une véritable victoire qui, bien qu'arrachée de haute lutte, pourrait finalement être à portée de main. En cette Journée internationale du sida qui sera l'occasion de se rappeler le manque mortel de moyens, tant économiques que d'organisation, auquel font face les pays où le sida est endémique, il apparaît encore plus nécessaire de renouveler l'appel à la prévention et à la collaboration de tous les milieux, alors même que nous disposons de ces moyens et que nous sommes collectivement sans excuses.

Selon les données et les estimations disponibles, plus de 600 nouvelles personnes sont infectées par le VIH chaque année dans la région de Montréal. Cette augmentation du bassin de personnes vivant avec le VIH amène un accroissement continuel du potentiel de transmission de l'infection dans toute la population.

Si on peut se réjouir du fait que de nombreuses personnes vivant avec le VIH aient recouvré un état de santé leur permettant de fonctionner normalement en société, force est de reconnaître que les développements pharmacologiques récents ont exacerbé la «fatigue» des communautés face aux contraintes liées aux mesures de prévention, en particulier, l'usage du condom. En effet, ces nouveaux développements ont installé, dans l'esprit d'une très grande partie de la population, la perception que le sida est devenu une simple maladie chronique qu'on pourra traiter si jamais on en est atteint.

Selon un sondage réalisé en 2003, presque la moitié des adolescents de 15 ans croient que le sida peut être guéri s'il est diagnostiqué précocement. La triste vérité est qu'il n'y a actuellement aucun traitement qui puisse guérir l'infection au VIH ni aucun vaccin disponible pour la prévenir.

Cette banalisation de l'infection par le VIH et le relâchement des comportements de réduction des risques peuvent entraîner des conséquences désastreuses, notamment l'apparition de souches résistantes aux traitements. Par ailleurs, l'efficacité et l'innocuité des thérapies anti-VIH pourraient, à long terme, ne pas combler les espoirs suscités. Dans ce contexte, il y a lieu de s'inquiéter du fait que les enquêtes montrent encore de fortes proportions, sinon une recrudescence, de rapports sexuels non protégés chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes, notamment chez les séropositifs.

Chez les utilisateurs de drogues injectables (UDI), l'infection au VIH est toujours à l'état épidémique. Bien qu'il soit encore de beaucoup trop élevé, le nombre annuel de nouveaux cas d'infection a diminué entre 1995 et 2002. L'intensification, au cours des dernières années, du travail de milieu, du travail de coordination et de liaison entre les partenaires de même qu'une plus grande accessibilité au matériel stérile d'injection ont sans doute contribué à éviter la progression de la transmission de la maladie mais plus de moyens et d'autres services seraient encore nécessaires pour la juguler.

Chez les jeunes de la rue, des conditions de vie extrêmement précaires conjuguées à d'autres facteurs tant d'ordre personnel, familial que social créent une situation de grande vulnérabilité. Chez eux, l'injection de drogues constitue le principal facteur de risque d'acquisition du virus. Le taux annuel d'initiation à l'injection, de 7 %, est très inquiétant. Cela dit, dans un contexte de vie où violence et prostitution sont souvent présentes, les relations sexuelles non protégées et la multiplication des partenaires demeurent très préoccupantes.

Depuis 1998, un programme provincial propose à toutes les femmes enceintes un test de dépistage du VIH. Ainsi, la prise d'antirétroviraux par les 284 femmes dont l'infection au VIH a été découverte avant ou pendant la grossesse a permis d'éviter à leur enfant de naître avec l'infection. Cependant, quelques enfants naissent encore, chaque année, porteurs du virus, parce que leur mère n'a pas passé le test de dépistage.

De ces constats découle une évidente nécessité de maintenir, voire de renforcer les comportements de prévention de la transmission du VIH tout autant chez les personnes qui ne sont pas infectées que chez celles vivant avec le VIH. L'amélioration de l'accessibilité au matériel stérile d'injection, l'organisation de services de santé pour les populations vulnérables et le programme universel de dépistage pour les femmes enceintes sont certainement de bons gains en matière de prévention. Toutefois, l'harmonisation des approches communautaires et des approches municipales, notamment celle de la sécurité publique avec celle de la santé publique, est nécessaire pour rehausser la capacité du réseau de rejoindre ces clientèles efficacement afin d'améliorer leurs conditions de vie et de santé ainsi que de faciliter des attitudes positives face à la prévention.

Tous les partenaires engagés dans la lutte contre le sida demeurent convaincus de l'importance de développer de nouvelles approches de prévention qui sauront composer avec un certain essoufflement des discours préventifs, la multiplicité des problèmes psychiques, physiques et d'adaptation sociale des personnes marginalisées, la réinsertion sociale des personnes séropositives rendue possible par les nouvelles thérapies ainsi qu'avec les contingences institutionnelles et communautaires.

Toute réduction de l'investissement et tout relâchement de la vigilance en matière de prévention du VIH et du sida, peu importe à quel niveau, pourrait non seulement décourager le renouvellement nécessaire de l'engagement des partenaires dans cette lutte mais pourrait également renforcer la croyance dans la population que cette épidémie est en déclin et que la prévention de la transmission du VIH n'est plus de mise. Cela risquerait de nous laisser de tristes lendemains en perspective.






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