Lettres: Des feux rouges
Robert Sabourin - Le 30 novembre 2003
1 décembre 2003
Le 24 novembre au matin, j'expédiais par télécopieur une lettre au ministre de la Santé en lui disant que j'étais prêt à m'investir pendant six mois, au besoin, pour sauver l'esprit sain qui régnait sûrement dans le CHSLD de Saint-Charles-Borromée.
Je lui disais: «La pire chose qui pourrait arriver à ce centre, c'est une enquête où le climat serait dévastateur.» Je ne demande aucune rémunération, mais seulement d'avoir un accès privilégié auprès de votre sous-ministre de la Santé. Je n'ai même pas reçu un accusé de réception. Je connaissais personnellement Léon Lafleur en qui j'avais une grande confiance et des valeurs humaines duquel j'avais une grande appréciation.
J'ai été directeur général dans le réseau de la santé pendant 14 ans. Ma première mission dans ce réseau fut la tutelle du Centre François-Charon en 1979 où tous les médecins avaient claqué la porte à la suite de mésententes profondes entre eux et le conseil d'administration. Pendant neuf mois, j'ai cherché de l'aide tant auprès du ministère de la Santé, de la Régie régionale et auprès des hôpitaux de la région et de leurs conseils médicaux. Partout je me suis fait dire ceci: «Bonne chance et bon courage.» Pendant ce temps, le moral du personnel était à son plus bas. Aucun employé n'osait dire qu'il travaillait à l'intérieur d'un fantôme de réadaptation.
J'ai pris le taureau par les cornes et j'ai décidé, avec l'aide indispensable de tout mon personnel, de relever le défi. Les suites de cette aventure parlent d'elles-mêmes. Mais la consigne était très stricte: les médias parleront de nous quand nous aurons atteint nos objectifs et notre vitesse de croisière, par respect pour la dignité et la fierté de notre personnel. Ce qui se reflète automatiquement sur tous les bénéficiaires.
Cinq ans après avoir pris ce bateau qui prenait l'eau, j'avais invité le pape Jean-Paul II pour qu'il bénisse personnellement toutes les personnes les plus lourdement handicapées de tout le Québec, mais surtout qu'il dise, dans un message que j'avais moi-même préparé, combien le personnel était merveilleux et digne d'éloges pour leur dévouement inlassable. Quand je suis parti de ce centre pour prendre ma retraite, je ne laissais pas uniquement des collaboratrices et des collaborateurs, mais surtout des grands amis.
Étant membre de l'Association des directeurs généraux, j'ai souvent entendu de beaux témoignages de dévouement de la part de mes consoeurs et confrères, souvent dans des contextes difficiles où le soutien est très marginal.
Si je pouvais faire une recommandation aux autorités du ministère de la Santé, je leur dirais d'aller du côté de la prévention avec une petite équipe de directrices et directeurs généraux à la retraite qui iraient donner du soutien aux directeurs les plus vulnérables, car des lumières rouges s'allument, comme à Saint-Charles Borromée. C'est le plus clair message que nous laisse Léon Lafleur.
Repose en paix, on prend la relève!
Je lui disais: «La pire chose qui pourrait arriver à ce centre, c'est une enquête où le climat serait dévastateur.» Je ne demande aucune rémunération, mais seulement d'avoir un accès privilégié auprès de votre sous-ministre de la Santé. Je n'ai même pas reçu un accusé de réception. Je connaissais personnellement Léon Lafleur en qui j'avais une grande confiance et des valeurs humaines duquel j'avais une grande appréciation.
J'ai été directeur général dans le réseau de la santé pendant 14 ans. Ma première mission dans ce réseau fut la tutelle du Centre François-Charon en 1979 où tous les médecins avaient claqué la porte à la suite de mésententes profondes entre eux et le conseil d'administration. Pendant neuf mois, j'ai cherché de l'aide tant auprès du ministère de la Santé, de la Régie régionale et auprès des hôpitaux de la région et de leurs conseils médicaux. Partout je me suis fait dire ceci: «Bonne chance et bon courage.» Pendant ce temps, le moral du personnel était à son plus bas. Aucun employé n'osait dire qu'il travaillait à l'intérieur d'un fantôme de réadaptation.
J'ai pris le taureau par les cornes et j'ai décidé, avec l'aide indispensable de tout mon personnel, de relever le défi. Les suites de cette aventure parlent d'elles-mêmes. Mais la consigne était très stricte: les médias parleront de nous quand nous aurons atteint nos objectifs et notre vitesse de croisière, par respect pour la dignité et la fierté de notre personnel. Ce qui se reflète automatiquement sur tous les bénéficiaires.
Cinq ans après avoir pris ce bateau qui prenait l'eau, j'avais invité le pape Jean-Paul II pour qu'il bénisse personnellement toutes les personnes les plus lourdement handicapées de tout le Québec, mais surtout qu'il dise, dans un message que j'avais moi-même préparé, combien le personnel était merveilleux et digne d'éloges pour leur dévouement inlassable. Quand je suis parti de ce centre pour prendre ma retraite, je ne laissais pas uniquement des collaboratrices et des collaborateurs, mais surtout des grands amis.
Étant membre de l'Association des directeurs généraux, j'ai souvent entendu de beaux témoignages de dévouement de la part de mes consoeurs et confrères, souvent dans des contextes difficiles où le soutien est très marginal.
Si je pouvais faire une recommandation aux autorités du ministère de la Santé, je leur dirais d'aller du côté de la prévention avec une petite équipe de directrices et directeurs généraux à la retraite qui iraient donner du soutien aux directeurs les plus vulnérables, car des lumières rouges s'allument, comme à Saint-Charles Borromée. C'est le plus clair message que nous laisse Léon Lafleur.
Repose en paix, on prend la relève!
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