Icônes punk
Photo : Jacques Grenier
«On constate aujourd’hui que c’est possible de faire carrière sans avoir un appui des médias commer-ciaux classiques», disent les Vulgaires Machins.
Qui aurait cru qu'un jour, les Vulgaires Machins écouleraient un total de 15 000 exemplaires d'un seul album dans la province? Et ce, sans aide des radios, qui les boudent toujours bien qu'une tranche importante de la jeunesse québécoise les suive à la trace? C'est pourtant ce qui se trame. Les Machins ont une erre d'aller enviable. Leur punk mélodique commence à faire des adeptes du côté de l'Hexagone. Leur tournée québécoise s'arrête ce soir au Métropolis.
La force de frappe des Vulgaires Machins sur scène, c'est du connu. Leur côté engagé de plus en plus affirmé, c'est du réglé. Le fait qu'ils connaissent un certain succès, eux qui ont rempli sans peine le Spectrum et le Métropolis, c'était dans la poche. Mais qui aurait cru que le groupe, à son troisième album, l'excellent Aimer le mal, arriverait à vendre autant d'honorables exemplaires dans un marché de niche comme celui du punk au Québec? Et qui aurait cru que ce petit groupe de Granby qui a bien grandi depuis la sortie de 24-40, en 1998, deviendrait une icône punk, rien de moins, d'une génération entière de petits Québécois?
C'est bien le cas. Les choses avancent bien pour le quatuor. Récente, une troisième percée en France a pris la forme de la tournée Punky Rock Tour, une virée d'environ vingt spectacles en première partie de groupes comme Burning Heads et Tagada Jones. Aimer le mal est disponible en France depuis le début octobre. Tout ça grâce aux petits doigts de fée des gens de la compagnie de disque Indica, qui ont le tour d'organiser des échanges entre les formations séparées par un océan.
Cette réussite survient sans le soutien des radios commerciales, les mêmes qui ont résisté trop longtemps à une autre success story de l'industrie de la musique indépendante d'ici, les Cowboys Fringants. Ces derniers, comme les Machins, ont construit leur public petit à petit. Aujourd'hui, les publics respectifs des deux formations sont complètement fadas de leur musique et des commentaires sociaux que celle-ci véhicule.
La dernière galette de la bande originaire de Granby dépasse la dénonciation des travers de la société capitaliste: la malbouffe (Pigeon frit Killtucky) y goûte, les pièces formatées pour la radio (Anesthésie) sont matraquées et l'hypocrisie des politiciens (Un vote en moins) est semoncée.
Engagés
«On veut faire parler de nous, on veut que les gens sachent qu'on tourne», assure Guillaume Beauregard, chanteur et auteur. Les radios communautaires, les fanzines, les journaux locaux se sont joints à la danse, quelques médias écrits aussi, mais pas les radios. «En utilisant le Web, les gens finissent par savoir qu'on tourne.» L'actuel Anesthésie Tour a son propre site Internet et le concert du 7 novembre, à Rimouski, y a été diffusé.
Le succès des Vulgaires Machins à l'ombre des médias électroniques n'est pas nécessairement étonnant, selon Guillaume. «On a construit notre base de fans un par un. On a commencé il y a huit ans et demi et on n'a jamais sauté d'étape.» La signature avec Indica a accéléré les choses, «mais il n'y a jamais eu de boum qui a fait qu'on est passés de 20 personnes à 500 dans nos shows». Guillaume ne compte plus le nombre de flyers et d'affiches qu'il a dû effeuiller dans la ville. «À la longue, ça paie. Pas en termes monétaires mais en termes d'estime. On constate aujourd'hui que c'est possible de faire carrière sans avoir un appui des médias commerciaux classiques.» L'apport de Musique Plus, qui s'est fait désirer pendant quatre ans avant d'embarquer, permet au groupe de se faire entendre à La Baie ou encore à Carleton, où se sont arrêtés les Vulgaires Machins cet automne. Loin des créneaux formatés d'avance, «certains de ces jeunes veulent entendre autre chose, du punk rock, par exemple».
Ces jeunes, à propos, sont particulièrement exigeants devant leurs idoles. Sur son site Internet, le groupe a dû s'expliquer de la présence du groupe hip-hop Muzion le 14 février dernier au Métropolis. Ces mécontents sans merci, «ces rebelles de fond de cave» qui ont certainement oublié le jour de la Saint-Valentin, ont été rabroués par le groupe en des termes très clairs: «Merci de nous avoir rappelé qu'il ne faut jamais, jamais tenir les choses pour acquis et que l'absurdité et la grossièreté résident parfois dans notre propre cour. Nous avons appris beaucoup et répéterons l'expérience le plus souvent possible.» Vive la différence, et que les scènes fusionnent!, s'égosille le groupe sur son site. Guillaume ne se doutait pas que le geste allait créer une controverse: «Muzion défend les mêmes idéaux que nous.»
Le site des Machins est fort occupé. C'est fou le nombre et la diversité des sujets sur lesquels les Vulgaires Machins sont appelés à se prononcer par leurs fans: la religion, l'anarchie, la mari, l'homosexualité, le piratage. Et les réponses font preuve d'un aplomb indéniable, notamment sur la religion. «On se fait véritablement poser toutes ces questions. Les jeunes sont curieux de savoir ce que les personnes qu'ils admirent, entre guillemets, pensent de ces questions», raconte le jeune homme qui vient d'avoir 25 ans.
Les questions posées aux Vulgaires Machins sont lourdes de conséquences. Pour un groupe à la conscience sociale aiguisée, la responsabilité qui vient avec les réponses peut faire frémir. «C'est la liberté d'expression. Si les gens qui s'intéressent à ces textes-là ont entre 13 et 16 ans et sont influençables, ça ne veut pas dire qu'ils sont épais pour autant et qu'ils ne vont pas faire la part des choses à un moment donné. On n'incite pas à la violence. On exprime des points de vue. C'est assez clair qu'on est des pacifistes et qu'on se bat pour la justice, l'environnement, la liberté.»
Guillaume se souvient d'avoir été influençable à un âge moins avancé. «Tout changement naît d'une argumentation et de la prise de position. On veut que le monde sache qu'on prend position et qu'on ne s'en cache pas.»
Et ces positions peuvent être impitoyables. À propos de l'émeute causée par l'annulation du show du groupe punk The Exploited, en octobre, Guillaume est tranchant: «Il y a des imbéciles partout, que ça soit des fonctionnaires, des punks ou des sportifs. Il n'y a qu'à penser aux émeutes de la coupe Stanley. Ç'aurait pu à la limite être un peu endossable si ç'avait été pour une cause qui avait quelque chose d'universel, comme le Sommet des Amériques, parce que vient un point où c'est normal que les gens se révoltent. Mais faire une émeute parce que t'as pas vu un show, je trouve ça dommage, comme le traitement des médias de l'affaire.»
La musique des Vulgaires Machins «fait peur aux matantes», comme le dit Guillaume, mais leur musique, par son côté mélodique, demeure accessible. Mais les fans, eux, y croient. «Il y a des jeunes qui nous disent que leur vision des choses a changé à lire nos textes. Ils sont assoiffés de réponses sur bien des choses. Je trouve ça déplorable, mais c'est rendu que c'est des bands punk rock qui répondent à leurs questions, pas leurs parents, pas leurs profs. Je reçois des lettres de jeunes sur le bord du suicide qui me posent des questions sur la vie. Je trouve ça hallucinant. Je me sens frustré, en tant que citoyen, de voir qu'on bafoue la jeunesse. On ne l'écoute pas, on la moule. Autrement, j'essaie de réagir comme un ami. Je n'essaie pas de me faire le preacher des fans des Vulgaires Machins assoiffés de réponses existentielles. J'encourage les jeunes à trouver l'information. Il faut se donner des coups de pied dans le cul pour faire ça. Souvent, je me dis que le message que je leur envoie fera la différence entre une journée poche et une journée pas si pire.» À voir et à entendre ce soir au Métropolis.
La force de frappe des Vulgaires Machins sur scène, c'est du connu. Leur côté engagé de plus en plus affirmé, c'est du réglé. Le fait qu'ils connaissent un certain succès, eux qui ont rempli sans peine le Spectrum et le Métropolis, c'était dans la poche. Mais qui aurait cru que le groupe, à son troisième album, l'excellent Aimer le mal, arriverait à vendre autant d'honorables exemplaires dans un marché de niche comme celui du punk au Québec? Et qui aurait cru que ce petit groupe de Granby qui a bien grandi depuis la sortie de 24-40, en 1998, deviendrait une icône punk, rien de moins, d'une génération entière de petits Québécois?
C'est bien le cas. Les choses avancent bien pour le quatuor. Récente, une troisième percée en France a pris la forme de la tournée Punky Rock Tour, une virée d'environ vingt spectacles en première partie de groupes comme Burning Heads et Tagada Jones. Aimer le mal est disponible en France depuis le début octobre. Tout ça grâce aux petits doigts de fée des gens de la compagnie de disque Indica, qui ont le tour d'organiser des échanges entre les formations séparées par un océan.
Cette réussite survient sans le soutien des radios commerciales, les mêmes qui ont résisté trop longtemps à une autre success story de l'industrie de la musique indépendante d'ici, les Cowboys Fringants. Ces derniers, comme les Machins, ont construit leur public petit à petit. Aujourd'hui, les publics respectifs des deux formations sont complètement fadas de leur musique et des commentaires sociaux que celle-ci véhicule.
La dernière galette de la bande originaire de Granby dépasse la dénonciation des travers de la société capitaliste: la malbouffe (Pigeon frit Killtucky) y goûte, les pièces formatées pour la radio (Anesthésie) sont matraquées et l'hypocrisie des politiciens (Un vote en moins) est semoncée.
Engagés
«On veut faire parler de nous, on veut que les gens sachent qu'on tourne», assure Guillaume Beauregard, chanteur et auteur. Les radios communautaires, les fanzines, les journaux locaux se sont joints à la danse, quelques médias écrits aussi, mais pas les radios. «En utilisant le Web, les gens finissent par savoir qu'on tourne.» L'actuel Anesthésie Tour a son propre site Internet et le concert du 7 novembre, à Rimouski, y a été diffusé.
Le succès des Vulgaires Machins à l'ombre des médias électroniques n'est pas nécessairement étonnant, selon Guillaume. «On a construit notre base de fans un par un. On a commencé il y a huit ans et demi et on n'a jamais sauté d'étape.» La signature avec Indica a accéléré les choses, «mais il n'y a jamais eu de boum qui a fait qu'on est passés de 20 personnes à 500 dans nos shows». Guillaume ne compte plus le nombre de flyers et d'affiches qu'il a dû effeuiller dans la ville. «À la longue, ça paie. Pas en termes monétaires mais en termes d'estime. On constate aujourd'hui que c'est possible de faire carrière sans avoir un appui des médias commerciaux classiques.» L'apport de Musique Plus, qui s'est fait désirer pendant quatre ans avant d'embarquer, permet au groupe de se faire entendre à La Baie ou encore à Carleton, où se sont arrêtés les Vulgaires Machins cet automne. Loin des créneaux formatés d'avance, «certains de ces jeunes veulent entendre autre chose, du punk rock, par exemple».
Ces jeunes, à propos, sont particulièrement exigeants devant leurs idoles. Sur son site Internet, le groupe a dû s'expliquer de la présence du groupe hip-hop Muzion le 14 février dernier au Métropolis. Ces mécontents sans merci, «ces rebelles de fond de cave» qui ont certainement oublié le jour de la Saint-Valentin, ont été rabroués par le groupe en des termes très clairs: «Merci de nous avoir rappelé qu'il ne faut jamais, jamais tenir les choses pour acquis et que l'absurdité et la grossièreté résident parfois dans notre propre cour. Nous avons appris beaucoup et répéterons l'expérience le plus souvent possible.» Vive la différence, et que les scènes fusionnent!, s'égosille le groupe sur son site. Guillaume ne se doutait pas que le geste allait créer une controverse: «Muzion défend les mêmes idéaux que nous.»
Le site des Machins est fort occupé. C'est fou le nombre et la diversité des sujets sur lesquels les Vulgaires Machins sont appelés à se prononcer par leurs fans: la religion, l'anarchie, la mari, l'homosexualité, le piratage. Et les réponses font preuve d'un aplomb indéniable, notamment sur la religion. «On se fait véritablement poser toutes ces questions. Les jeunes sont curieux de savoir ce que les personnes qu'ils admirent, entre guillemets, pensent de ces questions», raconte le jeune homme qui vient d'avoir 25 ans.
Les questions posées aux Vulgaires Machins sont lourdes de conséquences. Pour un groupe à la conscience sociale aiguisée, la responsabilité qui vient avec les réponses peut faire frémir. «C'est la liberté d'expression. Si les gens qui s'intéressent à ces textes-là ont entre 13 et 16 ans et sont influençables, ça ne veut pas dire qu'ils sont épais pour autant et qu'ils ne vont pas faire la part des choses à un moment donné. On n'incite pas à la violence. On exprime des points de vue. C'est assez clair qu'on est des pacifistes et qu'on se bat pour la justice, l'environnement, la liberté.»
Guillaume se souvient d'avoir été influençable à un âge moins avancé. «Tout changement naît d'une argumentation et de la prise de position. On veut que le monde sache qu'on prend position et qu'on ne s'en cache pas.»
Et ces positions peuvent être impitoyables. À propos de l'émeute causée par l'annulation du show du groupe punk The Exploited, en octobre, Guillaume est tranchant: «Il y a des imbéciles partout, que ça soit des fonctionnaires, des punks ou des sportifs. Il n'y a qu'à penser aux émeutes de la coupe Stanley. Ç'aurait pu à la limite être un peu endossable si ç'avait été pour une cause qui avait quelque chose d'universel, comme le Sommet des Amériques, parce que vient un point où c'est normal que les gens se révoltent. Mais faire une émeute parce que t'as pas vu un show, je trouve ça dommage, comme le traitement des médias de l'affaire.»
La musique des Vulgaires Machins «fait peur aux matantes», comme le dit Guillaume, mais leur musique, par son côté mélodique, demeure accessible. Mais les fans, eux, y croient. «Il y a des jeunes qui nous disent que leur vision des choses a changé à lire nos textes. Ils sont assoiffés de réponses sur bien des choses. Je trouve ça déplorable, mais c'est rendu que c'est des bands punk rock qui répondent à leurs questions, pas leurs parents, pas leurs profs. Je reçois des lettres de jeunes sur le bord du suicide qui me posent des questions sur la vie. Je trouve ça hallucinant. Je me sens frustré, en tant que citoyen, de voir qu'on bafoue la jeunesse. On ne l'écoute pas, on la moule. Autrement, j'essaie de réagir comme un ami. Je n'essaie pas de me faire le preacher des fans des Vulgaires Machins assoiffés de réponses existentielles. J'encourage les jeunes à trouver l'information. Il faut se donner des coups de pied dans le cul pour faire ça. Souvent, je me dis que le message que je leur envoie fera la différence entre une journée poche et une journée pas si pire.» À voir et à entendre ce soir au Métropolis.
- » punk
Haut de la page

