Lettre de Léon Lafleur, directeur général de Saint-Charles-Borromée - «Combien de fois vous ai-je parlé de notre solitude?»
Je transmets cette lettre au Devoir parce que je crois que c'est le seul journal au Québec qui demeure honnête, objectif et qui semble être préoccupé par autre chose que le tirage.
Merci de la publier.
Léon Lafleur
Directeur général (?)
P.-S.: malgré vos interventions de ce jour.
Le 25 novembre 2003
Chers collègues directrices et directeurs généraux,
Monsieur le ministre,
Ma main tremble, j'ai peine à écrire ces derniers mots. J'espère que Le Devoir aura réussi à les décoder.
Quelle tempête! Merci à celles et à ceux qui m'ont fait signe, et aux autres qui, j'en suis certain, m'ont accompagné de leurs ondes positives.
Combien de fois m'avez-vous entendu dire combien j'aimais mon travail, toute la fierté que je vivais à contribuer à cette tâche énorme et complexe de diriger une partie de ce réseau, d'aider et de protéger les personnes en perte d'autonomie[?] Combien de fois vous ai-je parlé de notre solitude? De l'importance de nous soutenir les uns les autres?
Je vous invite à résister aux Arcand, Mailloux, Noël, Arthur et Rumak de ce monde; ne suivez surtout pas mon exemple... Je vous invite à vous solidariser, à vous entraider, à vous parler... Ne comptez pas sur le ministre pour vous protéger... pour vous tendre la main dans la tempête. Son image est trop importante.
Monsieur le ministre, j'aurais apprécié un coup de fil. Qui sommes-nous pour vous les d.g., ces gens que vous vous apprêtez à tasser pour brasser les structures, pour laisser votre marque?
Ces hommes et ces femmes compétents et engagés ont besoin de votre confiance pour s'acquitter de leurs mandats, la leur donnez-vous vraiment? J'en doute.
Que m'est-il arrivé pour que j'en vienne à presque banaliser cet événement? Je sais que cette réaction ne me ressemble pas, qu'elle n'est pas du tout proportionnelle à mes valeurs, à l'énergie que j'ai, que nous avons mis à améliorer la qualité de vie des résidentes et des résidents de Saint-Charles, ça me console un peu, mais ça ne me ressuscitera pas.
Monsieur le ministre, en juillet dernier, je vous ai écrit et invité à venir visiter notre établissement, à venir y rencontrer les personnes qui y vivent. Un vague attaché politique a accusé réception.
Monsieur le ministre, faites-moi une faveur, allez-y maintenant, demandez aux résidentes et aux résidents de vous parler de leur ex-d.g., j'en serai honoré et, de là-haut, un peu comblé.
Je souhaite à la personne qui prendra ma place de réussir à sensibiliser encore plus les décideurs à la complexité de ce milieu de vie qu'est Saint-Charles-Borromée afin qu'on y accorde toutes les ressources qui y sont nécessaires.
J'ai fait une grosse erreur, je l'aurai, et les miens, payée très cher. J'espère qu'au moins on aura su en tirer des leçons pour l'avenir.
À la grande communauté du CHSDL Centre-ville de Montréal, aux personnes qui y résident comme à celles qui y travaillent, merci et pardonnez-moi de vous avoir emmenés dans cette tempête. Gardez la tête haute[,] vous savez que ce que l'on dit de votre milieu de vie ne correspond vraiment pas à la réalité.
Léon Lafleur
Merci de la publier.
Léon Lafleur
Directeur général (?)
P.-S.: malgré vos interventions de ce jour.
Le 25 novembre 2003
Chers collègues directrices et directeurs généraux,
Monsieur le ministre,
Ma main tremble, j'ai peine à écrire ces derniers mots. J'espère que Le Devoir aura réussi à les décoder.
Quelle tempête! Merci à celles et à ceux qui m'ont fait signe, et aux autres qui, j'en suis certain, m'ont accompagné de leurs ondes positives.
Combien de fois m'avez-vous entendu dire combien j'aimais mon travail, toute la fierté que je vivais à contribuer à cette tâche énorme et complexe de diriger une partie de ce réseau, d'aider et de protéger les personnes en perte d'autonomie[?] Combien de fois vous ai-je parlé de notre solitude? De l'importance de nous soutenir les uns les autres?
Je vous invite à résister aux Arcand, Mailloux, Noël, Arthur et Rumak de ce monde; ne suivez surtout pas mon exemple... Je vous invite à vous solidariser, à vous entraider, à vous parler... Ne comptez pas sur le ministre pour vous protéger... pour vous tendre la main dans la tempête. Son image est trop importante.
Monsieur le ministre, j'aurais apprécié un coup de fil. Qui sommes-nous pour vous les d.g., ces gens que vous vous apprêtez à tasser pour brasser les structures, pour laisser votre marque?
Ces hommes et ces femmes compétents et engagés ont besoin de votre confiance pour s'acquitter de leurs mandats, la leur donnez-vous vraiment? J'en doute.
Que m'est-il arrivé pour que j'en vienne à presque banaliser cet événement? Je sais que cette réaction ne me ressemble pas, qu'elle n'est pas du tout proportionnelle à mes valeurs, à l'énergie que j'ai, que nous avons mis à améliorer la qualité de vie des résidentes et des résidents de Saint-Charles, ça me console un peu, mais ça ne me ressuscitera pas.
Monsieur le ministre, en juillet dernier, je vous ai écrit et invité à venir visiter notre établissement, à venir y rencontrer les personnes qui y vivent. Un vague attaché politique a accusé réception.
Monsieur le ministre, faites-moi une faveur, allez-y maintenant, demandez aux résidentes et aux résidents de vous parler de leur ex-d.g., j'en serai honoré et, de là-haut, un peu comblé.
Je souhaite à la personne qui prendra ma place de réussir à sensibiliser encore plus les décideurs à la complexité de ce milieu de vie qu'est Saint-Charles-Borromée afin qu'on y accorde toutes les ressources qui y sont nécessaires.
J'ai fait une grosse erreur, je l'aurai, et les miens, payée très cher. J'espère qu'au moins on aura su en tirer des leçons pour l'avenir.
À la grande communauté du CHSDL Centre-ville de Montréal, aux personnes qui y résident comme à celles qui y travaillent, merci et pardonnez-moi de vous avoir emmenés dans cette tempête. Gardez la tête haute[,] vous savez que ce que l'on dit de votre milieu de vie ne correspond vraiment pas à la réalité.
Léon Lafleur
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