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Des agissements inacceptables

28 novembre 2003 20h43 
Comme tous les lecteurs sans doute, j'ai été très impressionné et même révolté par la situation dramatique qui est aujourd'hui celle de l'hôpital Saint-Charles-Borromée. Il est de la plus grande lâcheté de s'en prendre aux personnes vulnérables et fragiles et, bien que le procédé d'enregistrer clandestinement des propos insultants m'apparaisse discutable, j'admets que les familles n'avaient peut-être pas le choix: il est bon que tout geste ou parole de violence soient dénoncés avec fermeté, au nom du respect dû à tout être humain.

Personnellement, tout en condamnant ces propos insultants, je suis désolé que leur publication vienne occulter et passer sous silence tout ce qui se fait de bien dans un établissement comme Saint-Charles-Borromée et, par extension, dans tous les autres établissements de soins de longue durée qui vont être affectés par cette situation.

Bénévole à Saint-Charles depuis trois ans, je m'y rends chaque semaine et ne puis qu'admirer tout le travail souvent extraordinaire accompli tant par le personnel que par les bénévoles. Répétons-le: les agissements révélés sont inacceptables et condamnables mais ils m'apparaissent isolés et portent un tort considérable à l'immense majorité des employés qui s'acquittent avec coeur de tâches le plus souvent très difficiles.

J'avais appris à bien connaître Léon Lafleur, qui était devenu un ami. Véritable missionnaire voué coeur et âme au bien-être des résidents, il n'a sans doute pu supporter l'immense douleur de voir s'effondrer tout ce qu'il avait entrepris depuis six ans. L'actuelle tourmente médiatique a sans doute eu raison de lui et affecte certainement bon nombre d'employés et de bénévoles qui souffrent aujourd'hui de voir leur établissement traîné dans la boue.

Des résidents chez eux

Les récentes révélations atteignent également les résidents qui se sentent chez eux à Saint-Charles. Non seulement ils y sont logés et soignés, ils s'y amusent, ils s'y détendent, ils nouent des relations le plus souvent affectueuses avec les employés et les bénévoles. Dans bien des cas, il n'est pas exagéré de parler de famille quand on pense à Saint-Charles-Borromée. Je suis convaincu que ces résidents souffrent de la mauvaise réputation que valent à leur établissement les agissements condamnables de ces deux employés indignes. Ils souffrent, ainsi que les travailleurs dont on ne soulignera jamais assez la générosité et le dévouement.

Je me sens également atteint par le fait que mon établissement, où je me rends avec plaisir chaque semaine, soit condamné en bloc et apparaisse une fois de plus aux yeux du public comme un endroit où les résidents sont maltraités et insultés. Je n'admettrai jamais qu'on dise du mal de ma famille sans qu'on en relève les aspects positifs. Et je suis révolté que certains médias se repaissent des quelques problèmes signalés.

Cette couverture des événements qui se sont produits à Saint-Charles ressemble d'ailleurs à la couverture que font les médias internationaux des drames et des guerres en cours. On n'y voit que le sang, la mort, la destruction, et très rarement l'héroïsme au quotidien et les gestes d'amour qui se multiplient malgré tout.

Il est certes essentiel que les médias dénoncent les agissements répréhensibles quand ceux-ci se produisent, mais il serait bon aussi que les mêmes médias, par devoir d'objectivité, fassent connaître les aspects plus cachés de la tâche quotidienne des intervenants et des bénévoles qui se sentent aujourd'hui atteints dans leur honnêteté et leur désintéressement. Malheureusement, la population a fini par accréditer dans son esprit l'idée qu'il ne se passe jamais rien de bien dans les établissements de soins de longue durée car on ne lui en présente que les facettes négatives.

Je garde malgré tout l'espoir que lorsque les odeurs de scandale se seront dissipées, le courage et la générosité dont font preuve au quotidien les employés et la direction de Saint-Charles et des autres établissements seront enfin mis en lumière.






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