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    Pour l'abolition des cégeps

    - Les commissions scolaires montent au front; - Économies de un milliard; - Ajout d'une année au secondaire et création d'un bac de quatre ou cinq ans

    28 novembre 2003 | Marie-Andrée Chouinard
    «Le système [actuel] coûte relativement cher à la société québécoise et certains des avantages du modèle mis en place au cours des années 60 sont devenus des handicaps dans le contexte des années 2000», disent les commissions scolaires.
    Photo : Jacques Nadeau «Le système [actuel] coûte relativement cher à la société québécoise et certains des avantages du modèle mis en place au cours des années 60 sont devenus des handicaps dans le contexte des années 2000», disent les commissions scolaires.
    Le moment est venu de régler la délicate question du sort des cégeps, croient les commissions scolaires. Promettant des économies de un milliard de dollars, elles proposent à Québec d'abolir les cégeps pour accroître la «performance» du réseau de l'éducation.

    Voilà la recommandation que formule la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) dans un rapport destiné au ministère de l'Éducation et dont Le Devoir a obtenu copie. Elle propose en effet un scénario de réfection complète du système d'éducation secondaire et postsecondaire, qui prévoit non seulement l'abolition des cégeps mais l'ajout d'une année aux études secondaires, la création d'un baccalauréat d'une durée de quatre à cinq ans, et l'avènement des «collèges d'enseignement professionnel et technique».

    La «proposition de réingénierie de l'enseignement secondaire et postsecondaire» que la FCSQ met en avant suppose que ces «collèges» recouperaient sous un même toit la formation professionnelle actuellement dispensée au secondaire et la formation technique dont les cégeps ont la charge. Les commissions scolaires, une fois devenues des «conseils scolaires», auraient la responsabilité de l'enseignement primaire, secondaire, professionnel et technique.

    La proposition retenue «permettrait d'améliorer les services éducatifs et de récupérer des économies potentielles pouvant aller jusqu'à un milliard de dollars», soutient l'étude.

    «Nous avons une occasion en or, maintenant, de travailler dans le sens que l'on propose», a expliqué hier le président de la FCSQ, André Caron, interrogé sur le contenu de cette proposition. La «réingénierie» suggérée par le gouvernement actuel, l'impasse budgétaire constatée, le renouvellement prochain d'une majorité du corps enseignant au collégial à la suite de très nombreux départs à la retraite et les difficultés à qualifier les étudiants, tout cela crée le contexte idéal pour que le gouvernement actuel ait le courage politique de sabrer dans les cégeps, croit M. Caron.

    «Depuis plusieurs années, on constate l'incapacité du gouvernement à régler cette question», explique pour sa part l'auteur du rapport, Denis Bédard. «Il y a une conjoncture à l'heure actuelle qui est extrêmement favorable. Il faut le faire maintenant, sinon on va traîner un boulet encore pour des années.»

    Le boulet dont il est question, c'est le réseau collégial, qui coûte trop cher et ne diplôme pas suffisamment, conclut le document de 90 pages intitulé Les études secondaires et postsecondaires - Propositions de réorganisation pour améliorer la performance du système d'éducation au Québec.

    Ce rapport est né d'une initiative de la FCSQ, qui avait décidé lors de son conseil général d'avril dernier de commander une étude sur les réseaux secondaire et postsecondaire dans le but de suggérer des «moyens d'accroître la performance des services éducatifs». Ce même conseil général, réuni à la mi-octobre, a appuyé les conclusions du rapport Bédard, lesquelles sont maintenant destinées au ministère de l'Éducation.

    M. Bédard, professeur associé à l'École nationale d'administration publique, est l'auteur de deux précédents rapports Bédard, le premier produit en 1999 sur les finances et la fiscalité municipales, le second publié en 2002 sur la budgétisation et la performance financière des centres hospitaliers. Ces deux documents avaient été commandés par le gouvernement du Québec.

    M. Bédard a également occupé les postes de secrétaire du Conseil du trésor de 1987 à 1992 et de délégué du Québec à Düsseldorf au cours des trois années suivantes. «Notre démarche, explique André Caron, est née de deux situations très très très préoccupantes au Québec: la situation budgétaire, qui nous fait dire qu'on ne pourra pas aller récupérer les milliards qui manquent si on ne joue pas dans les structures, et la baisse démographique, qui touche tous les niveaux.»

    Le rapport repose essentiellement sur la prémisse suivante: le système d'éducation coûte trop cher — la «dépense excédentaire» du réseau de l'éducation se chiffrerait à 1,3 milliard de dollars par année — et produit trop peu de diplômés. Dans une démonstration abondamment axée sur les rouages financiers du réseau, l'étude conclut que les cégeps gênent le système et qu'il faut carrément renoncer à cette structure unique, créée dans la foulée du rapport Parent, en 1966.

    «C'est un système qui coûte relativement cher à la société québécoise et certains des avantages du modèle mis en place au cours des années 60 sont devenus des handicaps dans le contexte des années 2000», écrit l'auteur. «Les États généraux n'ont pas voulu toucher à la question de l'organisation du système d'éducation du Québec: le temps est venu de le faire.»

    Trois options sont donc proposées pour remodeler notre réseau et en accroître l'efficacité. Celle que privilégie l'auteur, à laquelle la Fédération des commissions scolaires du Québec a donné son aval de façon unanime lors de son conseil général du 18 octobre dernier, est la suivante: une refonte de l'enseignement préuniversitaire et la réorganisation de l'enseignement professionnel et technique sous la responsabilité des commissions scolaires.

    Dans le réseau d'éducation actuel, après six années passées au primaire, l'élève passe au secondaire. S'il le souhaite, la voie de la formation professionnelle lui est ouverte après trois, quatre ou cinq ans passés dans le giron du secondaire. Les centres de formation professionnelle lui sont alors tout naturellement destinés.

    S'il le veut aussi, après cinq ans au secondaire et un DES (diplôme d'études secondaires) en poche, l'élève devenu étudiant continue sa voie vers le collégial. Deux options sont encore possibles: deux ans de préuniversitaire ou trois années de technique, qui pourront aussi le mener à privilégier la voie universitaire.

    Le scénario que propose la FCSQ fait table rase de ce modèle. Si le primaire demeure intact, on ajoute toutefois une sixième année à la formation secondaire. Après trois ans passés au secondaire, il est toujours possible d'emprunter la voie professionnelle ou technique, mais cette fois-ci, c'est vers les collèges d'enseignement professionnel et technique que l'étudiant se dirige, pour un cheminement d'un, deux ou trois ans, selon le programme choisi.

    De nouvelles créatures administratives, les «conseils scolaires», responsables de l'enseignement primaire, secondaire, professionnel et technique, deviendraient alors le «carrefour au sein duquel se discuteraient toutes les questions d'éducation dans une région».

    «Notre système coûte trop cher», explique M. Bédard. «On pourrait avoir un système d'éducation qui nous coûte cher mais qui donne de très bons résultats en matière de formation, mais ce n'est pas le cas.»

    Pour expliquer ces coûts excédentaires de 1,3 milliard, le rapport défile quelques causes, s'arrêtant au nombre d'enseignants, à l'organisation de l'enseignement collégial, à la durée de la formation et aux taux de fréquentation scolaire de certaines populations.

    «La dépense excédentaire semble s'expliquer par un rapport élèves-éducateur plus généreux au Québec», poursuit le rapport. «Cette situation s'explique entre autres par l'existence d'un encadrement précis dans la convention collective du personnel enseignant quant à l'établissement de la tâche.»

    L'offre de services aux élèves handicapés et en difficultés d'apprentissage (EHDAA) «impose aux commissions scolaires le respect d'un encadrement encore plus exigeant qui s'avère particulièrement coûteux», poursuit l'étude. Le coût des services de garde en milieu scolaire — 300 millions — fait aussi partie des «facteurs résiduels» qui expliquent la dépense excédentaire analysée par le rapport Bédard.

    «On ne remet pas en question les choix de société qu'on a faits, le ratio, les services de garde», explique Réjean Morel, directeur général de la FCSQ. «Nous disons seulement que ce sont des éléments qui peuvent expliquer les coûts excédentaires dont on nous parle tout le temps.»

    Si la FCSQ a choisi de présenter au gouvernement l'option des collèges d'enseignement professionnel et technique, elle a aussi examiné la possibilité de refondre l'enseignement préuniversitaire et de créer des collèges autonomes (modèle ontarien) responsables de la formation professionnelle et technique, une option rejetée. Le transfert pur et simple de la gestion des cégeps aux commissions scolaires a aussi été envisagé et rejeté.

    Le comité consultatif qui a mené à la rédaction de ce rapport comptait sept personnes, outre M. Bédard, dont Gilles Taillon, p.-d.g. du Conseil du patronat, et Claude Lessard, professeur à l'Université de Montréal.
     
     
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