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Bush à Bagdad dans le plus grand secret

N/A ZZZN/A   28 novembre 2003 
Sous les vivats, le président a dit quelques mots d’encouragement puis a fait la queue pour remplir son assiette de maïs et de patates douces et a posé avec un plat de dinde dans les bras.
Photo : Agence Reuters
Sous les vivats, le président a dit quelques mots d’encouragement puis a fait la queue pour remplir son assiette de maïs et de patates douces et a posé avec un plat de dinde dans les bras.
Bagdad - À la surprise générale, y compris de ses propres troupes, le président américain George W. Bush est venu hier à Bagdad dans le plus grand secret, sept mois après avoir déclaré la fin des combats après la chute de son ennemi, le président irakien Saddam Hussein.

Ni défilé, ni tapis rouge, ni discours public, ni rencontre avec une population irakienne dont il avait annoncé la libération. M. Bush n'a pu recevoir l'accueil habituellement réservé au libérateur.

Il a dû arriver de nuit, à bord d'un appareil tous feux éteints pour éviter toute velléité agressive de la part d'éventuels rebelles irakiens.

Il y a cinq jours, un avion civil affrété par la compagnie allemande DHL avait été touché par un missile sol-air et contraint d'atterrir, une aile en feu.

Le président américain, qui ne cesse de répéter que la situation sécuritaire en Irak «s'améliore», est resté cantonné deux petites heures à l'aéroport, où stationnent toujours une partie des forces de la première division blindée qui contrôle Bagdad.

L'annonce de sa visite n'a été rendue publique qu'au moment où son avion avait déjà quitté la capitale irakienne pour revenir aux États-Unis.

Le directeur des communications de la Maison-Blanche, Dan Bartlett, avait mis les journalistes en garde: en cas de «fuite», l'avion présidentiel ferait demi-tour...

Portant un blouson de sport militaire décoré du badge de la première division blindée, George Bush a donc joué les invités-surprises du banquet offert aux GI's médusés sur l'aéroport de Bagdad. On leur avait annoncé comme invités de marque le «proconsul» civil en Irak, Paul Bremer. À la place, le président, qui, sous les vivats, a dit quelques mots d'encouragement puis fait la queue pour remplir son assiette de maïs et de patates douces, a posé avec un plat de dinde dans les bras.

Aux États-Unis, même la first lady Laura Bush n'a pas été prévenue avant mardi ou mercredi. Les parents Bush, l'ancien président et son épouse Barbara, avaient été invités au ranch de Crawford, au Texas, mais n'ont été informés de rien.

C'est dans une voiture banalisée que George Bush a faussé compagnie à ses invités, quittant le ranch pour un aéroport voisin, où il est monté à bord d'Air Force One par l'arrière. On a prétexté une opération d'entretien à Washington pour expliquer le décollage d'Air Force One du Texas.

L'avion a fait escale sur la base aérienne d'Andrews, au Maryland, près de Washington, pour embarquer quelques conseillers, quatre journalistes et une équipe de télévision qui avaient juré le secret. Cinq photographes et un autre journaliste étaient dans la confidence depuis le Texas, convoqués par la Maison-Blanche quelques heures seulement avant le départ.

Dans ce contexte tendu, M. Bush n'a pas eu la possibilité de rencontrer des habitants de Bagdad et, s'adressant aux 600 soldats réunis pour le dîner de la Thanksgiving, à des membres du Conseil du gouvernement transitoire et aux journalistes présents, il a néanmoins tenu à adresser un «message» au peuple irakien.

«Vous avez l'occasion de reconstruire votre grand pays. Saisissez ce moment. Le régime de Saddam Hussein est parti à jamais», a-t-il dit. Il a également souligné que «ceux qui attaquent la coalition et tuent des Irakiens innocents testent notre volonté. Nous l'emporterons. Nous allons gagner car vous êtes une partie de la meilleure armée jamais assemblée».

Le président a également dit aux soldats: «Vous aidez au retour au calme dans une partie violente de ce monde. Vous êtes en train de vaincre les terroristes, ici en Irak, de manière à ce que nous n'ayons pas à les affronter dans notre propre pays.»

Il ne s'est pas rendu au QG de la coalition, au centre de la capitale, qui a fait l'objet de nombreuses attaques, notamment lors de la venue de responsables politiques de premier plan appartenant à la coalition.

Le 26 octobre, l'hôtel Rachid avait été touché par des Katioucha alors que le secrétaire adjoint à la Défense, Paul Wolfowitz, y résidait. Samedi, des obus sont également tombés non loin de cet hôtel où résidait à son tour le secrétaire au Foreign Office, Jack Straw.

Cependant, si la violence est loin d'être éradiquée et si d'énormes efforts sont encore nécessaires pour assurer la sécurité, certains habitants de la capitale interrogés ont dit être contents d'apprendre que le président Bush leur avait rendu visite.

«Pourquoi ne viendrait-il pas? Il nous a débarrassés de Saddam, nous lui sommes redevables», a affirmé un boulanger de Bagdad, Raad Turk Azab.

Sarah Hassan, qui tient un étal de fruits sur la rue commerçante Saadoun, s'est aussi réjouie de la visite présidentielle mais a toutefois demandé au chef de l'exécutif américain un petit service: «Le rétablissement de la sécurité pour que mes deux filles puissent vivre tranquillement.»

La visite-surprise du président Bush en Irak est considérée par les experts comme une bonne opération de relations publiques, en pleine fête de Thanksgiving, à destination des troupes et de l'opinion publique américaines, mais la portée risque d'en être limitée. Ainsi, plusieurs doutent de l'impact politique de cette visite.

«C'est seulement une opération de relations publiques pour l'opinion publique américaine. C'est une action symbolique», estime Stephen Zunes, professeur de science politique et spécialiste du Proche-Orient à l'université de San Francisco.

«Pour quelqu'un qui a échappé au service militaire grâce aux relations de sa riche famille, je pense qu'il avait besoin de faire un geste qui montre qu'il soutient les troupes», ajoute M. Zunes.

«Les troupes sont démoralisées, elles doivent faire face à des problèmes. Si le commandant en chef vient et même si c'est seulement pour deux heures, cela les aide», juge Judith Kipper, spécialiste du Proche-Orient à l'institut Council on Foreign Relations, basé à Washington.

Cependant, «je ne suis pas sûre que cela va beaucoup aider» le président américain dans sa politique en Irak, estime Mme Kipper.

«Le président Lyndon Johnson l'a fait au Vietnam. Il y avait des photos de lui serrant la main à des soldats. Mais cela n'a pas aidé dans une perspective à long terme», considère Stephen Zunes.

«Le fait que cela ait été fait si rapidement et si secrètement souligne l'échec de l'opération jusqu'à maintenant. Le seul public qui l'a accueilli était si américain! C'est une indication que les choses ne se déroulent comme il l'avait prévu» en Irak, ajoute-t-il.

En visite en Afghanistan, la sénatrice Hillary Clinton, épouse de l'ex-président américain Bill Clinton, a de son côté partagé le repas de Thanksgiving avec des militaires d'une base américaine au nord de Kaboul.

Les Américains célèbrent Thanksgiving chaque année le dernier jeudi de novembre en souvenir de la première récolte faite en 1621 par les pèlerins du Mayflower à Plymouth (Massachusetts). C'est la fête préférée de beaucoup d'Américains, bien avant Noël.






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