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Libre opinion: Les écrivains et la télé

Noël Audet - Écrivain  28 novembre 2003 
L'Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) organise, le 30 novembre, une manifestation pour protester contre le peu de place qu'accordent les médias électroniques aux activités littéraires et pour dénoncer le mépris profond et chronique que manifeste la toute puissante télévision à l'endroit de la littérature. Est-il besoin de rappeler que la littérature constitue tout de même l'une des plus importantes branches de la culture générale? Comme on n'attend rien des télévisions privées, qui ont toujours été plutôt lamentables à ce chapitre, on s'en prend à la SRC, qui dispose de ressources remarquables et dont la mission culturelle est plus évidente et mieux réalisée dans l'ensemble.

La frustration des écrivains est facile à comprendre. Il est étonnant qu'elle n'ait pas donné lieu à des actions concertées, et plus mordantes, bien avant ce jour. Tout laisse croire, en effet, que la télévision ne reconnaît et n'a de gratitude que pour elle-même, ses artisans et les artistes qui se distinguent dans le domaine de l'audiovisuel mur à mur.

On n'hésite pas à mettre à l'horaire des galas interminables pour attribuer des prix Gémeaux à des comédiens, à des réalisateurs, des producteurs, des scénaristes, des comiques, des communicateurs... toutes gens de grand mérite et de fort talent, personne n'en doute, et qui sont en quelque sorte le carburant de la «machine» télévisuelle. Mais depuis quand la culture se résume-t-elle aux seules émissions de télévision, si extraordinaires soient-elles?

Comment peut-on refuser de concevoir une émission qui informerait nos concitoyens sur les productions littéraires courantes, sans parler d'autres pratiques artistiques, comme la musique ou la peinture? Cette négligence ne finit-elle pas par ressembler à du mépris dans la perception qu'en ont les écrivains? Sans aller jusqu'à inventer des Oscars littéraires, pourquoi n'y aurait-il pas, à tout le moins, une brève information, avec images à l'appui s'il vous plaît, pour annoncer que telle oeuvre a été couronnée, que tel auteur est lauréat d'un prix prestigieux?

La télé pourrait aussi accompagner des lancements importants. Cela est pourtant essentiel à la diffusion des oeuvres et devrait aller de soi. Cependant, même pour cette minime portion de l'activité littéraire, la télévision préfère s'abstenir... sauf exceptions (quand il s'agit de ses propres vedettes soudainement transformés en romanciers!).

Osons une comparaison un peu boiteuse, mais tout de même éclairante. Que diraient les gens du cinéma et de la télé si les médias écrits (journaux, revues et organes d'information apparentés) décidaient de ne plus «couvrir» que ce qui se présente sous forme d'imprimé? C'est pourtant bien ce que fait la télé quand elle consent à recevoir des écrivains: elle ne veut pas les entendre parler de leurs oeuvres, elle leur demande de faire un show, de se donner en spectacle, en un mot de montrer leurs fesses comme dans la plus bête émission de télé-réalité.

Résultat net: la littérature se meurt de n'être pas relayée par le média moderne par excellence que constitue la télévision, laquelle ne se prive pourtant pas de montrer tout ce qui se passe dans le monde et qui nous concerne au premier chef — de l'horreur quotidienne des guerres aux dernières découvertes scientifiques, en passant par le scandale le plus juteux qu'on vient de débusquer dans l'une de nos institutions de fortune.

À quand, enfin, une simple petite émission d'une heure, animée par des littéraires compétents, c'est-à-dire des professionnels et des amateurs passionnés par la lecture, qui montreraient enfin le monde palpitant qui se cache dans les objets-livres?

Est-ce trop demander à l'élite culturelle d'un pays que de reconnaître, valoriser et promouvoir l'un des arts les plus répandus, celui qui enchante et instruit le monde depuis la nuit des temps?
 
 
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