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Québec paiera son dû aux universités

Marie-Andrée Chouinard   27 novembre 2003 
Le ministère de l'Éducation (MEQ) reconnaît aux universités québécoises un manque à gagner d'une cinquantaine de millions pour l'exercice 2003-04, qu'il promet de combler au terme de la commission parlementaire sur le redressement des finances des universités, prévue pour janvier prochain.

Telle est la promesse que les universités semblent avoir arrachée du ministre de l'Éducation, Pierre Reid, comme le confirme une lettre envoyée récemment à l'ensemble des recteurs d'université du Québec. Le document, consulté par Le Devoir, reconnaît aux universités un manque à gagner de 53 millions découlant des règles budgétaires 2003-04; le ministre s'«engage» toutefois à le remettre au terme de la commission parlementaire sur le redressement des finances des universités, promise pour janvier 2004.

La lettre fait un rappel de la situation financière de 2003-04 et le ministre y souligne que l'enveloppe allouée aux universités était plus élevée de 3,3 % que celle de l'année précédente, ce qui correspond au discours général entendu au moment du dévoilement du budget global de l'éducation. «Cette enveloppe assurera le paiement des coûts de système pour chacun des établissements» et «permettra également le maintien d'une enveloppe de 41,5 millions pour les frais indirects de recherche», y précise le ministre.

Pierre Reid reconnaît ensuite que la situation dans laquelle les libéraux ont repris les finances publiques a entraîné certaines compressions. «La situation du gouvernement nous a contraints à réduire de 3,5 % les étalons de financement pour les fonctions "enseignement" et "soutien à l'enseignement"», poursuit le ministre, qui propose aux universités un remboursement ultérieur.

«En raison de la date où le budget a été déposé et prenant en compte la tenue prochaine d'une commission parlementaire sur les universités, je m'engage à ce que, dans le cadre du redressement financier à venir, ce montant [...] vous soit rendu», écrit Pierre Reid dans une lettre récemment acheminée à l'ensemble des recteurs.

La cagnotte totale s'élève à 53 millions — ce qui correspond exactement aux compressions décriées par les universités — et est répartie à travers tous les établissements: pour l'Université de Sherbrooke, le retour prévu s'évalue ainsi à quatre millions tandis que pour l'Université de Montréal, par exemple, on le chiffre plutôt à neuf millions.

Rappelons que les universités — tout comme les collèges et les commissions scolaires — avaient fortement contesté le budget Séguin, présenté en juin dernier, alors que les universités avaient déjà adopté leurs propres budgets. 53 millions manquaient alors à l'appel et on craignait que Québec ne diminue le financement des variations de clientèle et des frais indirects de recherche.

«Annoncer pareilles réductions sur des budgets déjà établis et juste avant une commission parlementaire qui étudiera la question en janvier, ce n'était pas approprié», affirmait à ce propos le recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix, lors de la séance de début novembre de l'assemblée universitaire, comme le rapportait récemment Forum, le journal interne de l'UdeM.

M. Lacroix, actuellement à l'extérieur du pays, a indiqué devant cette assemblée universitaire avoir réussi à conclure une «entente technique» avec le ministre de l'Éducation, Pierre Reid. Le recteur de l'UdeM, aussi président de la Conférence des recteurs et principaux d'université du Québec (CREPUQ), informait alors les membres de l'assemblée que cette entente «permet de sauver les meubles», comme le rapporte Forum.

«C'est une excellente nouvelle pour nous», a commenté hier le recteur de l'Université de Sherbrooke, Bruno-Marie Béchard, qui compte donc sur l'issue de la commission parlementaire pour récupérer les quatre millions qui lui manquent dans l'exercice financier en cours. «On s'engage donc à verser à même le réinvestissement universitaire qui va découler de la commission parlementaire. Une bonne chose, mais qui accentue encore davantage la pression sur ce réinvestissement.»

Les libéraux ont en effet promis en campagne électorale un réinvestissement de 240 millions de dollars à verser en cinq ans à compter de 2004-05. Leur plan prévoit un premier versement de 30 millions dès l'an prochain, pour une augmentation récurrente annuelle à terme de 60 millions, ce qui a été confirmé hier par Caroline Richard, attachée de presse du ministre; les universités brandissent toujours une étude conjointe MEQ-CREPUQ pour chiffrer leurs demandes à 375 millions de dollars en réinvestissement récurrent.

«On est loin du compte», explique Bruno-Marie Béchard, qui insiste sur l'importance «cruciale» que revêt cette commission parlementaire de janvier pour convaincre la population de la nécessité d'investir du côté des universités, même par ces temps de vaches maigres. «Ce ne sont pas les universités contre le gouvernement, ce n'est pas comme cela qu'il faut voir cela. Collectivement, il faut absolument décider de ce réinvestissement», poursuit le recteur Béchard.

En écrivant ainsi aux recteurs, reconnaissant la hauteur de leurs compressions et promettant d'y remédier en janvier, le ministre Reid ne présume-t-il pas de l'issue des débats de la commission parlementaire? «On ne présume pas du tout puisqu'il était déjà question d'un réinvestissement en campagne électorale», a indiqué hier Caroline Richard, attachée de presse du ministre Reid.

Et cette cinquantaine de millions que le ministre reconnaît comme manque à gagner s'ajoute-t-elle aux 30 millions promis dans le programme des libéraux? «Nous avons promis un réinvestissement», explique simplement Mme Richard. «Si la commission parlementaire n'aboutissait pas à un réinvestissement dans les universités et si la situation ne se dénoue pas, l'année 2004-05 sera catastrophique», ajoutait le recteur Lacroix lors de cette même assemblée universitaire, comme le rapporte Forum.






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