«On n'exclut rien»
Photo : Clément Allard
Quelque 6000 syndiqués se sont réunis devant le parlement pour décrier les modifications proposées par le gouvernement Charest à l’article 45 du Code du travail.
Québec - Rien ne va plus entre le gouvernement Charest et les syndicats alors que le premier n'hésite plus à discréditer les seconds et que ceux-ci menacent Québec ouvertement. Les grandes centrales syndicales promettent une escalade des moyens de pression si le gouvernement ne retire pas le projet de loi 31 visant à faciliter le recours à la sous-traitance et décide de l'adopter d'ici Noël. La CSN envisage entre autres le déclenchement d'une grève générale d'une journée d'ici la période des Fêtes tandis que la FTQ prévoit des «activités importantes».
Tant à l'extérieur qu'à l'intérieur du parlement, les syndicats ont manifesté leur colère hier. Environ 6000 syndiqués de la FTQ, de la CSQ et de la CSD se sont réunis devant le parlement pour décrier les modifications proposées par le gouvernement Charest à l'article 45 du Code du travail. Des syndiqués ont même franchi les clôtures de sécurité et se sont rendus devant la porte principale du parlement, où ils ont allumé un feu et lancé des oeufs. Une vingtaine de policiers de la Sûreté du Québec ont pu contenir la grogne des syndiqués.
Les syndicats assurent que les moyens de pression deviendront plus importants au cours des prochains jours. Une grève générale d'une journée est «envisageable», a indiqué hier la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau. «On n'exclut rien», a-t-elle ajouté. La CSN tiendra une manifestation samedi à Québec. D'autres activités sont à venir afin de «perturber davantage les milieux de travail», dont une mobilisation d'envergure le 11 décembre. «La paix sociale est menacée par le gouvernement Charest», a dit Mme Carbonneau. «Il n'y aura pas de grève générale pour le moment à la FTQ, a quant à lui affirmé le président de cette centrale, Henri Massé. Je ne dis pas que ce ne serait pas envisageable à un moment donné. Il y aura certainement d'autres activités si le gouvernement veut aller de l'avant avec ce projet de loi, surtout s'il l'adopte avant les Fêtes.»
Le ministre du Travail, Michel Després, ne s'est pas montré ébranlé outre mesure par la manifestation d'hier. «C'est un droit démocratique de manifester. Je suis ici pour écouter leurs commentaires. Qu'ils me présentent des propositions. Naturellement, on va garder l'orientation qu'on a donnée au projet de loi, mais je suis prêt à écouter ce que les syndicats ont à dire», a-t-il affirmé aux journalistes tout en se défendant bien de mettre le feu aux poudres avec son projet de loi. S'il y a escalade des moyens de pression, le ministre estime qu'il «va prendre ça une journée à la fois».
La commission parlementaire qui étudie le projet de loi 31 a été le théâtre de débats houleux alors que le face-à-face entre Michel Després et les représentants syndicaux a provoqué des flammèches. «Je n'ai pas le coeur aux remerciements d'usage pour nous avoir invités en commission parlementaire. Nous ne cachons pas notre écoeurement d'avoir à intervenir ici», a lancé Henri Massé.
Selon le président de la FTQ, «les dés sont pipés». Le gouvernement Charest appuie sans réserve le milieu patronal et souhaite éviter les débats, croit-il. «Je n'ai jamais vu ça, au Québec, discuter du Code du travail en deux semaines. Ç'a pris deux ans de discussions pour avoir une Commission des relations de travail. Il y avait des études de toutes sortes. Et là, le gouvernement veut passer en toute vapeur son projet de loi alors qu'on fait un saccage de l'article 45. Je ne comprends rien. Le gouvernement n'a aucune étude sérieuse», a lancé Henri Massé, qui a réclamé sans succès que le gouvernement reporte l'adoption du projet de loi 31 après la période des Fêtes.
Les dizaines de personnes présentes en commission parlementaire, en majorité des syndiqués de la FTQ, ont hué et conspué Michel Després lorsque celui-ci a rétorqué qu'il présentait «un bon projet de loi». La présidente de la commission, Diane Lemieux, a dû intervenir à maintes reprises pour calmer l'ardeur des personnes présentes en commission parlementaire. Elle leur a en outre demandé d'«exprimer leur point de vue en silence»... Qu'à cela ne tienne, la commission a dû suspendre ses travaux pendant un instant en raison de la colère de la FTQ, qui souhaitait plus de temps pour débattre du projet de loi 31. Henri Massé a déploré le manque de temps de parole accordé aux divers intervenants alors qu'«on discute du coeur du Code du travail». «Il faut du temps, du travail et des analyses rigoureuses sur les conséquences sociales et économiques du projet de loi. C'est nécessaire», a-t-il plaidé.
Environ 175 000 membres de la FTQ, soit le tiers du membership, sont des travailleurs oeuvrant pour des sous-traitants. Henri Massé a souligné que l'article 45 permet déjà suffisamment le recours à la sous-traitance. Si le projet de loi est adopté, 70 % de la sous-traitance risque d'échapper complètement à l'article 45, a-t-il noté. Michel Després n'a pas hésité à exprimer à maintes reprises son profond «désaccord»: le projet de loi permettra aux entreprises québécoises d'être plus concurrentielles, a-t-il dit.
Claudette Carbonneau n'a pas été plus tendre envers le gouvernement Charest lors de son passage devant la commission parlementaire. Avec le projet de loi 31, la présidente de la CSN a indiqué que le gouvernement Charest présente «la recette à suivre, et la refile au patronat, pour se débarrasser non seulement des conditions de travail qu'ils ont négociées avec le syndicat mais du syndicat lui-même».
En vertu du projet de loi 31, l'accréditation syndicale n'est protégée que dans le seul cas où l'entreprise ou la municipalité cède à la sous-traitance, «en plus de fonctions ou d'un droit d'exploitation, la plupart des autres éléments caractéristiques de la partie d'entreprise visée». Claudette Carbonneau estime qu'une entreprise n'aura qu'à donner en sous-traitance une partie de ses activités sans céder son matériel pour que les employés transférés perdent leur accréditation syndicale et leurs conditions de travail. «C'est de la pure désyndicalisation», a-t-elle lancé tout en ajoutant que des conflits de travail «longs et ardus» vont se multiplier. Michel Després a répondu que le projet de loi respecte le droit d'association et de négociation protégé par le Code du travail.
Le ministre a réitéré que son projet de loi est basé sur «plusieurs études» réalisées par le passé, dont celle de la commission Mireault, chargée par le Parti québécois en 1996 de se pencher sur la sous-traitance. Or, ont indiqué la FTQ et la CSN, la commission Mireault recommandait aussi d'augmenter la protection des salariés par l'ajout d'une déclaration d'employeur unique et par une modification à la Loi sur les normes du travail pour ceux qui perdent leur emploi à la suite d'une sous-traitance. Ces éléments n'apparaissent pas dans le projet de loi.
La Fédération des chambres de commerce du Québec et la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante ont quant à elles exprimé leur appui au projet de loi 31.
Lors de la période de questions à l'Assemblée nationale, le chef de l'opposition officielle, Bernard Landry, a accusé le premier ministre Jean Charest de défendre exclusivement les intérêts du Conseil du patronat. Jean Charest a à son tour accusé Bernard Landry de jouer le jeu des syndicats qui, selon lui, «présentent des faussetés». «L'objectif qu'on poursuit, c'est de créer plus d'emplois au Québec plutôt que d'envoyer des emplois en Ontario», a-t-il souligné.
Bernard Landry s'est adressé aux 6000 manifestants devant le parlement pour exprimer sa solidarité envers la lutte syndicale. «Comptez sur nous pour faire une opposition vigoureuse. J'espère qu'on pourra compter sur vous pour ne pas faire ça trop longtemps», a lancé M. Landry. Henri Massé était hors de lui lorsque Bernard Landry a pris la parole. «Landry, ça n'avait pas d'affaire là», a-t-il maugréé. Au terme de la manifestation, il a dit ne pas avoir senti que le chef péquiste tentait de faire de la récupération politique. «Il est venu parler au monde. Il a le droit. Ce n'était pas un élément prévu dans notre manifestation et je n'aime pas ça. Point final», a-t-il lancé avec diplomatie.
Tant à l'extérieur qu'à l'intérieur du parlement, les syndicats ont manifesté leur colère hier. Environ 6000 syndiqués de la FTQ, de la CSQ et de la CSD se sont réunis devant le parlement pour décrier les modifications proposées par le gouvernement Charest à l'article 45 du Code du travail. Des syndiqués ont même franchi les clôtures de sécurité et se sont rendus devant la porte principale du parlement, où ils ont allumé un feu et lancé des oeufs. Une vingtaine de policiers de la Sûreté du Québec ont pu contenir la grogne des syndiqués.
Les syndicats assurent que les moyens de pression deviendront plus importants au cours des prochains jours. Une grève générale d'une journée est «envisageable», a indiqué hier la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau. «On n'exclut rien», a-t-elle ajouté. La CSN tiendra une manifestation samedi à Québec. D'autres activités sont à venir afin de «perturber davantage les milieux de travail», dont une mobilisation d'envergure le 11 décembre. «La paix sociale est menacée par le gouvernement Charest», a dit Mme Carbonneau. «Il n'y aura pas de grève générale pour le moment à la FTQ, a quant à lui affirmé le président de cette centrale, Henri Massé. Je ne dis pas que ce ne serait pas envisageable à un moment donné. Il y aura certainement d'autres activités si le gouvernement veut aller de l'avant avec ce projet de loi, surtout s'il l'adopte avant les Fêtes.»
Le ministre du Travail, Michel Després, ne s'est pas montré ébranlé outre mesure par la manifestation d'hier. «C'est un droit démocratique de manifester. Je suis ici pour écouter leurs commentaires. Qu'ils me présentent des propositions. Naturellement, on va garder l'orientation qu'on a donnée au projet de loi, mais je suis prêt à écouter ce que les syndicats ont à dire», a-t-il affirmé aux journalistes tout en se défendant bien de mettre le feu aux poudres avec son projet de loi. S'il y a escalade des moyens de pression, le ministre estime qu'il «va prendre ça une journée à la fois».
La commission parlementaire qui étudie le projet de loi 31 a été le théâtre de débats houleux alors que le face-à-face entre Michel Després et les représentants syndicaux a provoqué des flammèches. «Je n'ai pas le coeur aux remerciements d'usage pour nous avoir invités en commission parlementaire. Nous ne cachons pas notre écoeurement d'avoir à intervenir ici», a lancé Henri Massé.
Selon le président de la FTQ, «les dés sont pipés». Le gouvernement Charest appuie sans réserve le milieu patronal et souhaite éviter les débats, croit-il. «Je n'ai jamais vu ça, au Québec, discuter du Code du travail en deux semaines. Ç'a pris deux ans de discussions pour avoir une Commission des relations de travail. Il y avait des études de toutes sortes. Et là, le gouvernement veut passer en toute vapeur son projet de loi alors qu'on fait un saccage de l'article 45. Je ne comprends rien. Le gouvernement n'a aucune étude sérieuse», a lancé Henri Massé, qui a réclamé sans succès que le gouvernement reporte l'adoption du projet de loi 31 après la période des Fêtes.
Les dizaines de personnes présentes en commission parlementaire, en majorité des syndiqués de la FTQ, ont hué et conspué Michel Després lorsque celui-ci a rétorqué qu'il présentait «un bon projet de loi». La présidente de la commission, Diane Lemieux, a dû intervenir à maintes reprises pour calmer l'ardeur des personnes présentes en commission parlementaire. Elle leur a en outre demandé d'«exprimer leur point de vue en silence»... Qu'à cela ne tienne, la commission a dû suspendre ses travaux pendant un instant en raison de la colère de la FTQ, qui souhaitait plus de temps pour débattre du projet de loi 31. Henri Massé a déploré le manque de temps de parole accordé aux divers intervenants alors qu'«on discute du coeur du Code du travail». «Il faut du temps, du travail et des analyses rigoureuses sur les conséquences sociales et économiques du projet de loi. C'est nécessaire», a-t-il plaidé.
Environ 175 000 membres de la FTQ, soit le tiers du membership, sont des travailleurs oeuvrant pour des sous-traitants. Henri Massé a souligné que l'article 45 permet déjà suffisamment le recours à la sous-traitance. Si le projet de loi est adopté, 70 % de la sous-traitance risque d'échapper complètement à l'article 45, a-t-il noté. Michel Després n'a pas hésité à exprimer à maintes reprises son profond «désaccord»: le projet de loi permettra aux entreprises québécoises d'être plus concurrentielles, a-t-il dit.
Claudette Carbonneau n'a pas été plus tendre envers le gouvernement Charest lors de son passage devant la commission parlementaire. Avec le projet de loi 31, la présidente de la CSN a indiqué que le gouvernement Charest présente «la recette à suivre, et la refile au patronat, pour se débarrasser non seulement des conditions de travail qu'ils ont négociées avec le syndicat mais du syndicat lui-même».
En vertu du projet de loi 31, l'accréditation syndicale n'est protégée que dans le seul cas où l'entreprise ou la municipalité cède à la sous-traitance, «en plus de fonctions ou d'un droit d'exploitation, la plupart des autres éléments caractéristiques de la partie d'entreprise visée». Claudette Carbonneau estime qu'une entreprise n'aura qu'à donner en sous-traitance une partie de ses activités sans céder son matériel pour que les employés transférés perdent leur accréditation syndicale et leurs conditions de travail. «C'est de la pure désyndicalisation», a-t-elle lancé tout en ajoutant que des conflits de travail «longs et ardus» vont se multiplier. Michel Després a répondu que le projet de loi respecte le droit d'association et de négociation protégé par le Code du travail.
Le ministre a réitéré que son projet de loi est basé sur «plusieurs études» réalisées par le passé, dont celle de la commission Mireault, chargée par le Parti québécois en 1996 de se pencher sur la sous-traitance. Or, ont indiqué la FTQ et la CSN, la commission Mireault recommandait aussi d'augmenter la protection des salariés par l'ajout d'une déclaration d'employeur unique et par une modification à la Loi sur les normes du travail pour ceux qui perdent leur emploi à la suite d'une sous-traitance. Ces éléments n'apparaissent pas dans le projet de loi.
La Fédération des chambres de commerce du Québec et la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante ont quant à elles exprimé leur appui au projet de loi 31.
Lors de la période de questions à l'Assemblée nationale, le chef de l'opposition officielle, Bernard Landry, a accusé le premier ministre Jean Charest de défendre exclusivement les intérêts du Conseil du patronat. Jean Charest a à son tour accusé Bernard Landry de jouer le jeu des syndicats qui, selon lui, «présentent des faussetés». «L'objectif qu'on poursuit, c'est de créer plus d'emplois au Québec plutôt que d'envoyer des emplois en Ontario», a-t-il souligné.
Bernard Landry s'est adressé aux 6000 manifestants devant le parlement pour exprimer sa solidarité envers la lutte syndicale. «Comptez sur nous pour faire une opposition vigoureuse. J'espère qu'on pourra compter sur vous pour ne pas faire ça trop longtemps», a lancé M. Landry. Henri Massé était hors de lui lorsque Bernard Landry a pris la parole. «Landry, ça n'avait pas d'affaire là», a-t-il maugréé. Au terme de la manifestation, il a dit ne pas avoir senti que le chef péquiste tentait de faire de la récupération politique. «Il est venu parler au monde. Il a le droit. Ce n'était pas un élément prévu dans notre manifestation et je n'aime pas ça. Point final», a-t-il lancé avec diplomatie.
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