L'ego hypertrophié du critique littéraire
Luc Séguin - Montréal, 19 juin 2002
22 juin 2002
Le Devoir révélait le 18 juin une curieuse histoire de censure exercée contre Stanley Péan par le quotidien La Presse dans lequel il tient une chronique littéraire. Le texte censuré, accessible sur Internet, se présente comme une critique du dernier roman de Denise Bombardier, intitulé Ouf!.
C'était la première fois que je lisais une critique littéraire signée par M. Péan et je dois dire que sa démarche n'est pas très impressionnante. J'y retrouve, exacerbé, l'un des travers les mieux enracinés de la critique d'art actuelle, à savoir l'hypertrophie de l'ego, lequel envahit tout le champ de la pensée, réduit le propos à la seule dimension personnelle et évacue le souci d'objectivité qui est le seul engagement éthique du critique.
En effet, le moins qu'on puisse attendre de ce genre de texte, c'est qu'il rende compte véritablement de l'oeuvre critiquée. Que par des commentaires structurés, répondant à des critères d'analyse pertinents à l'oeuvre, il en saisisse l'intelligence propre, les forces comme les faiblesses. Or que fait M. Péan? Il parle très peu de Ouf! mais beaucoup de l'auteure, dont il raille méchamment — et surtout inutilement — l'orgueil, la vanité, la futilité. Ce faisant, il élève ses motifs personnels et acerbes, ses élans de mépris au rang de critères d'analyse. Du coup, le sujet de son texte n'est plus le roman en tant que tel mais lui, l'intellectuel, dans son rapport antagonique avec Mme Bombardier. Non seulement le lecteur n'est pas à même de se faire une idée valable du roman mais en outre, il ne lui est pas même demandé d'y réfléchir. M. Péan lui assigne le rôle de spectateur passif d'une joute dont il sort évidemment gagnant et grandi. Dans cette joute narcissique, la littérature est bien mal servie. Ainsi, l'analyse de M. Péan ne comporte que trois minces citations de Ouf!, citations qui ne servent en fait qu'à alimenter son attaque personnelle.
Certes, il est de notoriété publique que Mme Bombardier éprouve pour elle-même une grande admiration. Cependant, de façon contradictoire, Péan se trouve à nourrir ce sentiment narcissique en faisant d'elle la cible unique de son texte.
Il aurait été plus efficace, dans le même esprit, et s'il est vrai que le «roman n'est pas aussi désastreux» que l'imaginait M. Péan, de le montrer avec toute l'objectivité requise, de façon méthodique et honnête. Ainsi, en plus d'être informé sur Ouf! en particulier, le lecteur le serait sur l'écriture romanesque en général.
En respectant l'oeuvre, le critique respecte le lecteur, son intelligence, sa curiosité et sa capacité d'apprendre. C'est ainsi que se développe le goût de la lecture, responsabilité première du critique littéraire.
C'était la première fois que je lisais une critique littéraire signée par M. Péan et je dois dire que sa démarche n'est pas très impressionnante. J'y retrouve, exacerbé, l'un des travers les mieux enracinés de la critique d'art actuelle, à savoir l'hypertrophie de l'ego, lequel envahit tout le champ de la pensée, réduit le propos à la seule dimension personnelle et évacue le souci d'objectivité qui est le seul engagement éthique du critique.
En effet, le moins qu'on puisse attendre de ce genre de texte, c'est qu'il rende compte véritablement de l'oeuvre critiquée. Que par des commentaires structurés, répondant à des critères d'analyse pertinents à l'oeuvre, il en saisisse l'intelligence propre, les forces comme les faiblesses. Or que fait M. Péan? Il parle très peu de Ouf! mais beaucoup de l'auteure, dont il raille méchamment — et surtout inutilement — l'orgueil, la vanité, la futilité. Ce faisant, il élève ses motifs personnels et acerbes, ses élans de mépris au rang de critères d'analyse. Du coup, le sujet de son texte n'est plus le roman en tant que tel mais lui, l'intellectuel, dans son rapport antagonique avec Mme Bombardier. Non seulement le lecteur n'est pas à même de se faire une idée valable du roman mais en outre, il ne lui est pas même demandé d'y réfléchir. M. Péan lui assigne le rôle de spectateur passif d'une joute dont il sort évidemment gagnant et grandi. Dans cette joute narcissique, la littérature est bien mal servie. Ainsi, l'analyse de M. Péan ne comporte que trois minces citations de Ouf!, citations qui ne servent en fait qu'à alimenter son attaque personnelle.
Certes, il est de notoriété publique que Mme Bombardier éprouve pour elle-même une grande admiration. Cependant, de façon contradictoire, Péan se trouve à nourrir ce sentiment narcissique en faisant d'elle la cible unique de son texte.
Il aurait été plus efficace, dans le même esprit, et s'il est vrai que le «roman n'est pas aussi désastreux» que l'imaginait M. Péan, de le montrer avec toute l'objectivité requise, de façon méthodique et honnête. Ainsi, en plus d'être informé sur Ouf! en particulier, le lecteur le serait sur l'écriture romanesque en général.
En respectant l'oeuvre, le critique respecte le lecteur, son intelligence, sa curiosité et sa capacité d'apprendre. C'est ainsi que se développe le goût de la lecture, responsabilité première du critique littéraire.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

