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La grogne parentale fait reculer Charest

Kathleen Lévesque   26 novembre 2003 
La grogne et l'inquiétude des parents ont eu raison du gouvernement libéral dans le délicat dossier du contrôle des absences des tout-petits en garderie. Taxé depuis une semaine de se montrer insensible au bien-être des familles déjà confrontées à une hausse des tarifs des garderies dès janvier, le premier ministre Jean Charest a fait volte-face hier en annonçant que la nouvelle règle budgétaire ne sera pas appliquée tel que prévu en avril prochain.

En réaction aux récentes révélations du Devoir, le gouvernement abandonne aussi l'idée de pénaliser financièrement les centres de la petite enfance (CPE), les garderies privées et les services de garde en milieu familial, qui auraient été incapables de limiter à 26 jours les absences des bambins. Cette banque d'absences devait inclure les 13 jours fériés des garderies, ne laissant ainsi aux parents et à leurs enfants que 13 jours pour prendre des vacances en famille ou soigner à la maison la fièvre du poupon. «Il n'est pas question de mettre en place une mesure bureaucratique qui va nuire à la vie familiale. On va trouver une solution qui va nous permettre de créer le plus de places possible. Mais il y a une chose sur laquelle on va être très clairs: il n'y aura pas de mesure qui aura pour effet de nuire à la vie familiale. Et on veut que ce soit le plus flexible possible. Les 26 jours, quant à moi, c'est pas une mesure qui doit être appliquée pour chaque enfant», a affirmé le premier ministre.

D'aucuns ont vu dans ce recul un désaveu de la ministre déléguée à la Famille, Carole Théberge. Il est vrai qu'après avoir répété sur tous les tons que la limitation des absences ne toucherait en rien les parents, la ministre disait hier avoir constaté que ceux-ci se sentaient pris en otage. «Les parents ont besoin d'être rassurés. Ce qui nous a toujours guidés, c'est de donner de la flexibilité aux parents. [...] Jamais on ne mettra en place des mesures qui peuvent brimer la relation parents-enfants et famille-enfants. C'est bien évident. L'objectif est de récupérer des places qui sont disponibles dans les services de garde. On peut le faire de différentes façons», a-t-elle souligné.

L'objectif gouvernemental d'«optimiser l'occupation» en garderie demeure donc entier. Ainsi, la décision de relever le taux d'occupation des garderies est maintenue. Les CPE et les garderies privées devront atteindre un «seuil de performance» de 90 % qui passera à 95 % en 2005. Pour le milieu familial, la nouvelle norme sera de 85 % en avril 2004, puis de 90 %, l'année suivante.

Dès vendredi, une séance de travail est prévue entre le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, la ministre Théberge et les trois associations représentant les CPE, les garderies privées et la garde familiale. Il s'agira de trouver une solution à l'absentéisme des enfants, qui est passé de 9 % à 14 % entre 1999 et 2003. Le gouvernement Charest estime qu'il lui en coûte 29 millions par année

«Il y aurait plus de places si on gérait autrement. Je mise sur la collaboration des services de garde et la flexibilité. [...] On va essayer de voir comment optimiser les places. Entendre les solutions que les associations ont à nous proposer pour le faire. On est très ouverts», a affirmé la ministre Théberge.

Déjà, à l'Association des garderies privées du Québec (AGPQ), on estime que le gouvernement devrait prendre des mesures incitatives plutôt que punitives pour assurer, entre autres, un service à temps partiel dans les garderies selon les véritables besoins des parents. «Que l'on donne une carotte plutôt que de taper avec un bâton. Il peut y avoir une bonification de 5 % pour les garderies qui démontreront de l'ouverture au temps partiel parce que cela exige plus de frais administratifs, par exemple. En bout de piste, ce sera de l'efficacité et des économies pour le gouvernement», a fait valoir le président de l'APGQ, Sylvain Lévesque.

Ce dernier s'est réjoui hier du virage à 180 degrés du gouvernement libéral qui a entendu, selon lui, les nombreuses récriminations des parents. «Avec une idée pareille, vous affectez directement l'utilisation des services. Les parents ont réagi plus fortement que pour l'augmentation de tarifs de 5 $ à 7 $. On ne pouvait pas mettre en place la fréquentation obligatoire des garderies», a jugé M. Lévesque

Pour la présidente de l'Association québécoise des CPE, Hélène Potvin, qui ignorait encore en fin d'après-midi la volte-face du gouvernement et la convocation pour la rencontre de vendredi, le contrôle des absences des enfants n'est qu'un «détail» dans le dossier houleux des garderies. La banque d'absences se serait ajoutée aux compressions budgétaires, à la hausse des tarifs ainsi qu'à la récupération des surplus accumulés dans les CPE.

D'ailleurs, pendant que Sylvain Lévesque était en contact direct avec le cabinet de la ministre Théberge, présentant les arguments défavorables à la banque d'absences, Mme Potvin siégeait au conseil d'administration de son association pour décider d'un plan d'action contre le gouvernement. Ainsi, les CPE seront fermés le 11 décembre prochain en signe de protestation. «C'est le moyen ultime pour montrer que les parents en ont assez. Il faut obtenir la garantie du maintien du réseau», a précisé Mme Potvin. Cette dernière croit que les parents, qui auront à dénicher une gardienne d'un jour, voudront démontrer leur colère à l'endroit du gouvernement Charest.






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