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Lettres: Silence tactique

Claude Vaillancourt - Montréal, le 23 novembre 2003  26 novembre 2003 
M. Bernard Descôteaux,

On ne peut que se réjouir des difficultés rencontrées par le projet de Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), accord concocté à huis clos sans que personne n'ait songé à le présenter et à le soumettre en toute transparence aux peuples de notre continent. Cet accord n'offre rien de nouveau: il permettra de prolonger l'ALENA à la dimension de l'Amérique entière (sauf Cuba) et de renforcer les programmes d'ajustements structurels mis en application en Amérique du Sud.

On peut alors déduire sans trop de difficulté les conséquences d'un pareil accord: augmentation marquée des inégalités, atteintes graves à l'environnement, mise en concurrence des travailleurs, création de zones franches, élimination progressive des services publics.

Toute étude attentive de la ZLEA nous permet de voir à quel point cet accord reprend les recettes qui ont permis à des entreprises privées de se placer au-dessus des gouvernements et ainsi de porter gravement atteinte à la démocratie, fragilisant ainsi des économies entières comme celles du Mexique et de l'Argentine.

On peut comprendre l'ambassadeur américain Paul Cellucci lorsqu'il nous chante que des accords comme celui de la ZLEA «auront comme effet de favoriser la mise en place de réformes, comme le respect de la primauté du droit, de la transparence, de l'environnement et des droits des travailleurs». On a vu, à la suite de la guerre en Irak, que le gouvernement américain ne s'embarrasse pas du mensonge et qu'il a recours à la pensée magique lorsque cela lui convient.

Mais peut-être faut-il s'inquiéter lorsque vous liez l'objectif d'une intégration économique des Amériques comme «moyen efficace de partager la richesse» à l'implantation de la ZLEA. J'aurais aimé savoir ce qui, dans cet accord ou parmi les grands indicateurs économiques, nous permet d'affirmer que la ZLEA profitera à une population victime de la sous-traitance, d'un chômage qui se maintient, de conditions de travail qui se détériorent et d'inégalités croissantes.

Comment pouvez-vous qualifier de «formule boiteuse» la nouvelle ZLEA «à la carte» qui permettra au moins à certains pays de protéger de l'appétit des investisseurs quelques secteurs comme les services publics? Comment pouvez-vous justifier que votre silence tactique sur les véritables effets de la ZLEA n'en soit pas une discrète approbation?
 
 
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