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Sursis à la hausse des tarifs d'Hydro-Québec

Isabelle Thibault - Conseillère budgétaire à l'ACEF du sud-ouest de Montréal  26 novembre 2003 
Ne jouons pas à l'autruche! C'est la division artificielle de la société d'État en quatre sous-sections (production, distribution, ingénierie, approvisionnement et construction) qui rend possible la mise en place de l'argument bidon d'une section «déficitaire»: la section distribution. On connaît la suite: sur la base de ce «déficit», entre autres, des demandes de hausse tarifaire ont été présentées à la Régie de l'énergie au mois de février dernier.

Les tarifs d'électricité, gelés depuis 1998, devaient le rester jusqu'au 1er avril 2004 en vertu d'un décret adopté par le gouvernement. C'est le 11 août dernier que les libéraux ont annulé ce décret, ce qui permettait à Hydro-Québec de devancer sa demande de hausse tarifaire de six mois, une hausse que notre société d'État voulait applicable dès le 1er octobre 2003. En effet, au moment du dépôt de son budget, en juin dernier, le gouvernement libéral avait exigé qu'Hydro-Québec lui fournisse 2,13 milliards de dollars pour l'année financière 2003-04, soit 600 millions de plus que l'année précédente. Pour l'instant, la Régie de l'énergie a dit non à cette demande de hausse de 3 %.

En effet, en dépit du gel des tarifs, les profits de la société d'État ont atteint le niveau record de 1,5 milliard l'an dernier. Cette année, après seulement six mois d'activité, les profits d'Hydro-Québec sont de 1,3 milliard! Les infrastructures nécessaires à la production d'hydroélectricité (barrages et autres) sont maintenant des investissements amortis, ce qui permet l'augmentation des profits sans l'augmentation des tarifs.

Le refus de la Régie de l'énergie de se plier aux demandes d'Hydro-Québec pourrait être interprété comme une victoire, mais cette décision n'est qu'un sursis à la lutte qu'il faut mener contre la hausse des tarifs d'électricité qu'Hydro-Québec demande d'appliquer pour avril 2004.

Pourquoi ne pas utiliser la rentabilité de cette société publique en maintenant le gel des tarifs? Il nous semble extrêmement frustrant pour le consommateur d'avoir à assumer des hausses tarifaires pour quelque chose qu'il a déjà payé et dont la courbe de profit augmente allégrement sans qu'aucune augmentation n'ait été appliquée.

Taxe déguisée

Cette hausse tarifaire prend des allures de taxe déguisée venant compenser les baisses d'impôt promises par le Parti libéral au cours de la dernière campagne électorale. Et ce transfert, nous le paierons plus d'une fois. En effet, une hausse des tarifs de 3 % représente, sur la facture d'électricité, un surplus annuel de 80 $ par foyer. De plus, cette augmentation se répercutera sur les coûts de fonctionnement des villes et des entreprises. Dans ce contexte, il n'est pas farfelu de croire à une augmentation des taxes municipales et autres frais de service.

En ce qui concerne les entreprises québécoises, cette augmentation des frais d'électricité fera grimper les coûts de production et, en définitive, la facture sera refilée aux consommateurs qui paieront plus cher les produits locaux. Sans parler des effets sur la capacité de ces entreprises à être compétitives sur le marché et donc à maintenir les emplois chez nous.

Nous avons peu d'espoir que le Régie de l'énergie agisse dans le sens du maintien du gel des tarifs et pensons que le gouvernement devrait intervenir en ce sens. Le gouvernement a une responsabilité sociale envers les ménages québécois. Il se doit de faire respecter le pacte social que tous les Québécois ont appuyé en reconnaissant l'électricité comme un bien commun.

À travers notre regroupement qu'est la Coalition des associations de consommateurs du Québec (CACQ), nous interpellons notre premier ministre afin qu'il utilise son droit de regard en ce qui concerne ces demandes de hausses tarifaires. Nous croyons fermement que le gouvernement, qui se cache pour l'instant derrière la Régie de l'énergie, possède les leviers nécessaires permettant le maintien du gel des tarifs et aussi une répartition équitable des profits.
 
 
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