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Libre opinion: Des emplois stables d'abord

25 novembre 2003 
Qu'y a-t-il donc de si inacceptable dans le projet gouvernemental de la (si mal nommée) «aide sociale», se demandent sans doute, par les temps qui courent, bien des gens à l'esprit conservateur, et même certains qui se croient progressistes.

On a déjà émis bien des critiques pertinentes à ce sujet, mais qui concernent surtout le système de soutien de dernier recours comme tel, ou encore d'autres qui mettent l'accent sur l'importance de l'expansion économique, seul élément qui puisse vraiment permettre une diminution significative du nombre de prestataires, croit-on. Mais, posons-nous la question suivante: le marché de l'emploi, tel que façonné depuis plus de 20 ans par les néolibéraux peut-il réellement accueillir de manière permanente, même dans ses phases d'expansion, la masse des demandeurs?

La classe politique dans son ensemble, les bureaucrates, plusieurs éditorialistes et divers secteurs de l'opinion publique à des degrés divers, raisonnent comme s'il s'agissait seulement d'aider les prestataires à «réinsérer» le monde du travail, mais sans se demander au préalable si la précarité poussée de l'emploi, conjuguée à un taux de chômage réel élevé ne constituaient pas des facteurs structurels et objectifs d'exclusion. En ce moment, environ le tiers de la main-d'oeuvre au Québec se trouve frappée de plein fouet par le phénomène du travail atypique, c'est-à-dire que la plupart de ces gens ne parviennent pas à se sortir de certains ghettos d'emplois, ceux qui sont temporaires, à temps partiel, autonomes, sur appel ou à la pige, des petits boulots le plus souvent mal rémunérés.

Il faut être conscient qu'il existe des liens directs, de cause à effet, entre la montée du travail éphémère, le sous-emploi et le nombre de prestataires de l'assurance-emploi (assurance-chômage) et de l'assistance-emploi (aide sociale). En s'attaquant toujours au système d'aide de dernier recours parce qu'elle préfère tenir pour acquis que le problème de l'exclusion relève de déficiences personnelles plutôt que des failles structurelles de l'économie, la classe politique se livre à un discours de diversion en s'appuyant sur les préjugés de la population contre les «fraudeurs» et les «parasites» de l'aide sociale. Les exclus, dans la majorité des cas, n'ont pas tant besoin de «mesures de réinsertion», encore moins de mesures forcées de recherche d'emploi que de postes stables, permanents et convenablement rémunérés.

La classe politique, tant péquiste que libérale, fait preuve sur ce plan depuis des années d'une grande duplicité, tenant un discours social-démocrate dans l'opposition mais pratiquant des politiques sociales et financières d'inspiration néolibérale quand elle accède au pouvoir.

Même en tenant compte du fait que le Québec ne dispose pas de tous les leviers (politique monétaire et des taux de change) pour changer le cours des choses, son gouvernement, à l'intérieur de sphère de juridiction (le droit du travail entre autres) peut tout de même entamer un processus de lutte efficace contre ce qu'on appelle «la pauvreté», en fait les inégalités sociales et économiques; mais pour ce faire, il importe d'abord de contester les postulats du néolibéralisme et rompre franchement avec ce courant idéologique, pour essayer ensuite d'inventer une alternative crédible et inspirante.

Bref, il ne s'agit pas de mettre en place des méthodes coercitives pour «sortir les gens du BS» mais plutôt, dans toute la mesure du possible, d'en rendre le recours inutile.






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