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Autobus et métro à plein régime

Geneviève Otis-Dionne   24 novembre 2003 
La grève dans les transports en commun est finalement terminée, et les usagers, dont plusieurs étaient excédés par le conflit de travail, ont droit à un service normal depuis hier après-midi. Les 2050 employés d'entretien de la Société de transport de Montréal (STM), réunis en assemblée générale hier matin, ont en effet accepté à 91 % la proposition d'entente de la conciliatrice dans le dossier, Suzanne Therrien.

Le président du conseil d'administration de la STM, Claude Dauphin, a déclaré hier en conférence de presse que la Société «analysait sérieusement» différentes possibilités pour dédommager les usagers qui ont souffert de la grève. Les personnes qui s'étaient procuré une carte hebdomadaire pour la semaine dernière sont toutefois assurées d'être remboursées.

Les gens qui ont en leur possession une carte mensuelle pour le mois de novembre vont bénéficier d'un dédommagement financier ou d'une réduction pour le mois de décembre. M. Dauphin doit rendre sa décision à ce sujet cette semaine.

M. Dauphin compte toutefois s'adresser dès aujourd'hui au gouvernement Charest pour demander que les transports en commun soient maintenant considérés comme un service essentiel et ainsi éviter qu'une nouvelle grève ne paralyse le service en dehors des heures de pointe. «Pour nous, les transports en commun constituent un service essentiel.

Ça devrait fonctionner en tout temps, et non seulement aux heures de pointe», a soutenu M. Dauphin.

Il précise que ce n'est pas un «geste antisyndical», mais, avec «33 % des ménages montréalais qui n'ont pas de voiture et les gens qui travaillent dans des quarts de travail différents», les transports en commun sont un service essentiel dans la métropole.

Des négociations de longue haleine

Les deux parties ont réussi à s'entendre sur le principal point de litige qui empêchait un règlement rapide du conflit, soit la gestion de la caisse de retraite. Le syndicat demandait depuis 12 ans d'avoir un droit de regard sur le régime de retraite. Il a finalement obtenu la parité des votes dans l'administration de la caisse.

L'entente signée entre la STM et le Syndicat des transports respecte par ailleurs le cadre financier de la Ville de Montréal avec une augmentation salariale de 8,7 % sur quatre ans. «Nous sommes très heureux et soulagés de ce règlement», a déclaré M. Dauphin. Le président du syndicat, Pierre Saint-Georges, a de son côté soutenu que ses membres «ne voulaient pas la grève», mais qu'ils avaient été «poussés à la faire» par la partie patronale.

Selon M. Saint-Georges, la STM ne négociait pas «avec sérieux» avant le déclenchement de la grève. La convention collective des employés de soutien est en effet échue depuis le 4 janvier dernier, et les pourparlers duraient depuis plusieurs mois. Au début du mois d'octobre, le syndicat décidait d'intensifier les moyens de pression, et du vandalisme effectué sur des autobus avait alors empêché la sortie de plusieurs véhicules. L'intervention du Conseil des services essentiels avait mis un terme, peu après, aux moyens de pression.

Le 14 octobre, le ministre du travail, Michel Desprès, nommait une conciliatrice, Mme Therrien, afin d'aider les deux parties à arriver à une entente. Dans les jours suivants, devant l'impasse des négociations, le président du syndicat convoquait ses membres en assemblée générale et obtenait un mandat de grève générale illimitée si les deux parties n'arrivaient pas à une entente avant 23h le 16 novembre.

Depuis le déclenchement de la grève, le syndicat et la STM négociaient nuit et jour devant la conciliatrice pour arriver à une entente. Mais devant les impacts négatifs du conflit de travail sur la population et sur les commerces montréalais, le maire de Montréal, Gérald Tremblay, commençait à perdre patience et songeait même à demander au gouvernement du Québec une loi spéciale pour forcer le retour au travail des grévistes.

Vendredi soir, après le rejet par le syndicat de la dernière offre patronale, la conciliatrice Suzanne Therrien sauvait les négociations en présentant ses propres recommandations. Le conseil d'administration de la STM et les membres du syndicat ont finalement accepté ces recommandations et ont signé une entente de principe hier.

M. Saint-Georges a affirmé hier en conférence de presse qu'il fallait s'attaquer au manque de financement dans les transports en commun pour les améliorer et non pas aux grévistes qui essaient d'améliorer leurs conditions de travail. «Le gouvernement fédéral est prêt à faire un prêt de 600 millions sans intérêt à Bombardier pour refaire le métro de Londres. Mais il n'y a pas un sou qui est mis dans les transports en commun. C'est inadmissible», a déclaré M. Saint-Georges.

La STM se trouve actuellement dans une situation financière difficile et demande un financement plus élevé. Il lui manque 56 millions pour boucler son budget 2004.

Une grève difficile pour les usagers

Les sept journées de grève qui ont paralysé en partie les transports en commun à Montréal ont causé des maux de tête à de nombreux usagers. Tard vendredi soir, les usagers ne savaient toujours pas s'ils allaient pouvoir prendre l'autobus ou le métro pendant la fin de semaine. À la demande de la Régie de la santé et des services sociaux, le Conseil des services essentiels autorisait finalement le service des autobus en après-midi pendant le week-end.

Mais, la décision du Conseil étant arrivée après les bulletins de fin de soirée et après l'heure de tombée de plusieurs quotidiens, plusieurs personnes étaient toujours dans le doute samedi matin, et certaines se sont cogné le nez sur les portes closes des stations de métro.

La semaine dernière, les heures de service, imposées par le Conseil des services essentiels, répondaient aux besoins de 60 % de la clientèle. Les étudiants et les travailleurs qui se déplacent normalement en dehors des heures de pointe ont dû utiliser un taxi ou devancer leur heure de départ. L'affluence d'usagers sur les quais de métro et aux arrêts d'autobus a créé d'importants regroupements de personnes un peu partout sur l'île et a mis leur patience à l'épreuve.

Rappelons également que, mardi soir, un incident a obligé la STM à fermer l'ensemble des lignes de métro. Les usagers ont été informés de la situation tardivement, et l'atmosphère était tendue à la station Berri-UQAM, où convergent la plupart des lignes de métro. Jeudi matin, un second incident sur la ligne orange obligeait une fois de plus la Société à fermer la ligne pendant près d'une heure. Les autres lignes ont cependant été épargnées, amoindrissant ainsi l'impact de la fermeture.

La dernière grève à la STM remonte à 1987, déclenchée cette fois-là par les chauffeurs d'autobus, et avait duré près d'un mois.






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