Québec réhabilite l'amiante
Afin de permettre à l'industrie de l'amiante de garder ses marchés à l'étranger et de doubler la demande au Québec, le gouvernement a décidé hier de lever les limites posées jusqu'ici à l'utilisation de l'amiante chrysotile au Québec. La nouvelle politique permet désormais d'utiliser de l'amiante dans la construction de routes, de conduits d'adduction, d'édifices et de poteaux électriques.
Cette décision n'est pas sans inquiéter les experts de la santé publique, qui avaient instamment pressé Québec de reléguer ce projet aux oubliettes compte tenu de ses conséquences potentielles sur la santé publique.
Mais hier, le ministre des Ressources naturelles, François Gendron, en a décidé autrement. Il a même avancé la possibilité de créer au Québec une usine de fabrication de produits avec de l'amiante chrysotile.
En rendant publique hier cette politique d'utilisation accrue de l'amiante, destinée à multiplier par deux la consommation de ce minerai au Québec, le ministre Gendron a répondu aux demandes pressantes de l'industrie et rassuré les régions productrices.
«Avec cette politique, notre gouvernement donne des outils supplémentaires à l'industrie de l'amiante chrysotile afin qu'elle poursuive la recherche de nouveaux débouchés. Avec près de 1400 emplois directs, cette industrie est une composante importante de l'économie des régions de Chaudière-Appalaches et de l'Estrie, et nous mettons tous les efforts nécessaires pour qu'elle puisse continuer à y jouer un rôle important», a soutenu le ministre Gendron, qui a fait son annonce à Thetford Mines en compagnie du député de Frontenac, Marc Boulianne.
En effet, l'amiante, dont l'usage n'était permis que dans la construction de freins, d'embrayages, de matériaux d'isolation et d'enrobés bitumineux, pourra dorénavant être utilisé à des fins diverses. La politique prévoit notamment son usage dans la confection de conduits d'adduction et d'égouts, de profilés pour toiture, de murs coupe-feux, de recouvrement de bitume et de poteaux électriques, de téléphone et de câblodistribution, ainsi que son inclusion éventuelle dans des produits de plastique.
Pour calmer les craintes des milieux de la santé, la politique prévoit en parallèle des principes d'utilisation sécuritaire et le renforcement des règlements entourant l'usage de l'amiante, notamment ceux portant sur le traçage et l'identification des bâtiments où ce produit sera utilisé. La CSST sera chargée d'édicter ces normes et de veiller à la sécurité des chantiers en assurant la formation dans les entreprises faisant usage d'amiante chrysotile.
Cette politique confie aussi au ministère de la Santé le mandat de créer un programme de recherche afin de surveiller les impacts sur la santé de ces nouveaux usages de l'amiante, notamment sur la santé des travailleurs.
Mais les experts du réseau de la santé, qui se sont toujours opposés à l'usage accru de l'amiante pour des raisons de santé publique, jugent que ce cadre sécuritaire sera très difficile à mettre en pratique.
Selon le Dr Maurice Poulin, conseiller médical et responsable du secteur santé au travail de l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), le principe de l'utilisation sécuritaire de l'amiante, brandi pour rassurer les détracteurs de ce minerai controversé, demeure fort aléatoire.
«Nous avons vu, par le passé, que les mesures de sécurité existantes n'étaient pas appliquées, notamment dans les chantiers de construction, parce que cela coûte cher et parce que les gens ignorent la présence d'amiante dans les murs. Entre la théorie et la pratique, il y a donc toute une marge», a précisé le Dr Poulin.
L'automne dernier, lors d'un symposium portant sur l'exposition à l'amiante, des études avaient révélé que le nombre de cancers de la plèvre avait doublé au Québec entre 1988 et 1996 et que l'amiante en était la principale cause. Les principales victimes sont les travailleurs de la construction, appelés à démolir ou à rénover des immeubles où l'amiante a largement été utilisé comme isolant. En conséquence, le Québec affiche un taux de ce type de cancer chez les hommes 9,5 fois plus élevé que celui des autres provinces canadiennes.
À sa défense, le gouvernement fait valoir que le nouvel usage visé par sa politique ne vise que les produits non friables, comme le chrysotile-ciment ou les enrobés bitumineux, où l'amiante est encapsulé dans la matière et peut difficilement se disperser dans l'environnement. «L'industrie de l'amiante et ses applications sont bien différentes aujourd'hui de ce qu'elles évoquaient par le passé, à une époque où les normes de santé au travail étaient beaucoup plus rudimentaires. Utilisé avec prudence, l'amiante présente de nombreux avantages et des risques faibles», a affirmé le ministre des Ressources naturelles.
Mais ces arguments n'ont pas de quoi convaincre les tenants du statu quo. «Quand les tuyaux d'aqueduc seront coupés ou réparés ou que les autoroutes seront scarifiées pour être rénovées, il y aura toujours une dispersion d'amiante, et il risque d'y avoir des impacts pour les travailleurs. D'après nous, quand un risque pour la santé est démontré, mieux vaut s'abstenir», a affirmé le Dr Poulin.
L'usage de l'amiante chrysotile est toujours interdit dans plusieurs pays, notamment en France, en Finlande, en Suède, en Allemagne, en Belgique, en Angleterre, au Chili et en Côte-d'Ivoire. Son usage est aussi fortement restreint aux États-Unis. Pas moins de 95 % de la production québécoise est donc destinée à l'étranger, notamment vers les pays en développement, où de telles restrictions n'existent pas. Mais cette part du marché est de plus en plus difficile à conserver en raison des doutes soulevés à propos de la sécurité du produit.
Le grand tapage fait autour des coûts faramineux liés à l'enlèvement des produits isolants à l'amiante dans certains établissements, notamment les écoles et les hôpitaux, n'a pas de quoi atténuer les craintes d'éventuels acheteurs. Au Québec, le retrait de l'amiante dans certaines écoles a coûté 75 millions, apprenait-on la semaine dernière à l'Assemblée nationale.
Or la nouvelle politique établit noir sur blanc que la stimulation prévue de la demande intérieure vise d'abord à rassurer les marchés étrangers face à l'innocuité de l'amiante chrysotile québécois. «La faible consommation annuelle [d'amiante au Québec] suscite souvent du scepticisme chez les clients étrangers. La présente politique a pour but de clarifier cette situation en renforçant la cohérence entre le discours international du gouvernement du Québec et l'utilisation qu'il fait des produits de l'amiante chrysotile», peut-on lire dans la politique diffusée hier.
Cette politique prévoit aussi que dorénavant, les ministères, organismes et sociétés d'État ne pourront pas exclure de leurs devis et appels d'offres les sociétés qui utilisent les produits de l'amiante.
Cette décision n'est pas sans inquiéter les experts de la santé publique, qui avaient instamment pressé Québec de reléguer ce projet aux oubliettes compte tenu de ses conséquences potentielles sur la santé publique.
Mais hier, le ministre des Ressources naturelles, François Gendron, en a décidé autrement. Il a même avancé la possibilité de créer au Québec une usine de fabrication de produits avec de l'amiante chrysotile.
En rendant publique hier cette politique d'utilisation accrue de l'amiante, destinée à multiplier par deux la consommation de ce minerai au Québec, le ministre Gendron a répondu aux demandes pressantes de l'industrie et rassuré les régions productrices.
«Avec cette politique, notre gouvernement donne des outils supplémentaires à l'industrie de l'amiante chrysotile afin qu'elle poursuive la recherche de nouveaux débouchés. Avec près de 1400 emplois directs, cette industrie est une composante importante de l'économie des régions de Chaudière-Appalaches et de l'Estrie, et nous mettons tous les efforts nécessaires pour qu'elle puisse continuer à y jouer un rôle important», a soutenu le ministre Gendron, qui a fait son annonce à Thetford Mines en compagnie du député de Frontenac, Marc Boulianne.
En effet, l'amiante, dont l'usage n'était permis que dans la construction de freins, d'embrayages, de matériaux d'isolation et d'enrobés bitumineux, pourra dorénavant être utilisé à des fins diverses. La politique prévoit notamment son usage dans la confection de conduits d'adduction et d'égouts, de profilés pour toiture, de murs coupe-feux, de recouvrement de bitume et de poteaux électriques, de téléphone et de câblodistribution, ainsi que son inclusion éventuelle dans des produits de plastique.
Pour calmer les craintes des milieux de la santé, la politique prévoit en parallèle des principes d'utilisation sécuritaire et le renforcement des règlements entourant l'usage de l'amiante, notamment ceux portant sur le traçage et l'identification des bâtiments où ce produit sera utilisé. La CSST sera chargée d'édicter ces normes et de veiller à la sécurité des chantiers en assurant la formation dans les entreprises faisant usage d'amiante chrysotile.
Cette politique confie aussi au ministère de la Santé le mandat de créer un programme de recherche afin de surveiller les impacts sur la santé de ces nouveaux usages de l'amiante, notamment sur la santé des travailleurs.
Mais les experts du réseau de la santé, qui se sont toujours opposés à l'usage accru de l'amiante pour des raisons de santé publique, jugent que ce cadre sécuritaire sera très difficile à mettre en pratique.
Selon le Dr Maurice Poulin, conseiller médical et responsable du secteur santé au travail de l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), le principe de l'utilisation sécuritaire de l'amiante, brandi pour rassurer les détracteurs de ce minerai controversé, demeure fort aléatoire.
«Nous avons vu, par le passé, que les mesures de sécurité existantes n'étaient pas appliquées, notamment dans les chantiers de construction, parce que cela coûte cher et parce que les gens ignorent la présence d'amiante dans les murs. Entre la théorie et la pratique, il y a donc toute une marge», a précisé le Dr Poulin.
L'automne dernier, lors d'un symposium portant sur l'exposition à l'amiante, des études avaient révélé que le nombre de cancers de la plèvre avait doublé au Québec entre 1988 et 1996 et que l'amiante en était la principale cause. Les principales victimes sont les travailleurs de la construction, appelés à démolir ou à rénover des immeubles où l'amiante a largement été utilisé comme isolant. En conséquence, le Québec affiche un taux de ce type de cancer chez les hommes 9,5 fois plus élevé que celui des autres provinces canadiennes.
À sa défense, le gouvernement fait valoir que le nouvel usage visé par sa politique ne vise que les produits non friables, comme le chrysotile-ciment ou les enrobés bitumineux, où l'amiante est encapsulé dans la matière et peut difficilement se disperser dans l'environnement. «L'industrie de l'amiante et ses applications sont bien différentes aujourd'hui de ce qu'elles évoquaient par le passé, à une époque où les normes de santé au travail étaient beaucoup plus rudimentaires. Utilisé avec prudence, l'amiante présente de nombreux avantages et des risques faibles», a affirmé le ministre des Ressources naturelles.
Mais ces arguments n'ont pas de quoi convaincre les tenants du statu quo. «Quand les tuyaux d'aqueduc seront coupés ou réparés ou que les autoroutes seront scarifiées pour être rénovées, il y aura toujours une dispersion d'amiante, et il risque d'y avoir des impacts pour les travailleurs. D'après nous, quand un risque pour la santé est démontré, mieux vaut s'abstenir», a affirmé le Dr Poulin.
L'usage de l'amiante chrysotile est toujours interdit dans plusieurs pays, notamment en France, en Finlande, en Suède, en Allemagne, en Belgique, en Angleterre, au Chili et en Côte-d'Ivoire. Son usage est aussi fortement restreint aux États-Unis. Pas moins de 95 % de la production québécoise est donc destinée à l'étranger, notamment vers les pays en développement, où de telles restrictions n'existent pas. Mais cette part du marché est de plus en plus difficile à conserver en raison des doutes soulevés à propos de la sécurité du produit.
Le grand tapage fait autour des coûts faramineux liés à l'enlèvement des produits isolants à l'amiante dans certains établissements, notamment les écoles et les hôpitaux, n'a pas de quoi atténuer les craintes d'éventuels acheteurs. Au Québec, le retrait de l'amiante dans certaines écoles a coûté 75 millions, apprenait-on la semaine dernière à l'Assemblée nationale.
Or la nouvelle politique établit noir sur blanc que la stimulation prévue de la demande intérieure vise d'abord à rassurer les marchés étrangers face à l'innocuité de l'amiante chrysotile québécois. «La faible consommation annuelle [d'amiante au Québec] suscite souvent du scepticisme chez les clients étrangers. La présente politique a pour but de clarifier cette situation en renforçant la cohérence entre le discours international du gouvernement du Québec et l'utilisation qu'il fait des produits de l'amiante chrysotile», peut-on lire dans la politique diffusée hier.
Cette politique prévoit aussi que dorénavant, les ministères, organismes et sociétés d'État ne pourront pas exclure de leurs devis et appels d'offres les sociétés qui utilisent les produits de l'amiante.
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