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Libre opinion: Le rendement des CPE, ou l'approche mathématique

Manon Bernier - Parent au CPE Graffitis, Montréal  21 novembre 2003 
La ministre déléguée à la Famille, Carole Théberge, annonçait cette semaine les nouvelles règles de financement des centres de la petite enfance (CPE), basées sur le rendement. Un CPE ne pourra pas cumuler un taux d'absentéisme total supérieur à 10 %, sans quoi il sera pénalisé financièrement. Selon la ministre, cette mesure vise à créer de nouvelles places sans pénaliser les familles...

Il est évident que si nous prenons le nombre total de journées d'absence des enfants en garderie et le divisions par cinq jours, nous obtenons un nombre de semaines libres pour de nouveaux bambins. Le gouvernement libéral vient de créer 1500 places supplémentaires sans investir un sou de plus dans le réseau des CPE. Quelle belle approche mathématique, qui ne prend aucunement en compte la mission des CPE, pas plus que la réalité déjà complexe de leur gestion et les choix de vie des familles québécoises!

La mission première d'un CPE est de fournir des services de garde de qualité et d'oeuvrer au développement intégral de l'enfant. Que fera alors le CPE lorsqu'un certain nombre de parents désireront garder leurs enfants à la maison parce que ceux-ci sont malades ou encore, l'été, parce qu'ils sont enseignants, ont accumulé deux mois de congé ou décident de prendre un congé sans solde pour pouvoir profiter des vacances en famille? Selon la ministre, le CPE se mettra à traquer des poupons remplaçants, un mois par-ci, une journée par-là, afin de garder son taux de rendement. Pendant ce temps, il ne se concentrera pas sur l'encadrement des jeunes, le soutien aux éducatrices et la qualité de vie dans le CPE. Il deviendra un gestionnaire de places pour lequel chaque bambin absent représentera un manque à gagner.

Si le CPE ne désire pas entrer dans cette absurde gestion à la pièce, il lui restera l'option de remettre la responsabilité aux parents et de les obliger à envoyer leurs enfants à la garderie un nombre minimum de journées par année. Quelle belle approche en faveur des famille!

Je comprends que le gouvernement désire optimiser les options pour créer de nouvelles places, mais des solutions alternatives sont possibles sans devoir recourir à une mesure aussi draconienne pour créer 1500 places supplémentaires. Pourquoi ne pas favoriser une approche positive par un incitatif financier aux CPE qui offriraient des places à temps partiel? Puisque cela demande une gestion supplémentaire, ils en seraient récompensés et les fonds pourraient servir à améliorer la qualité de vie dans les CPE. On créerait ainsi de nouvelles places sans trop augmenter les coûts. D'autant plus que cela satisferait certains parents qui doivent actuellement payer pour cinq jours alors qu'ils n'y font garder leurs enfants que trois ou quatre jours par semaine.

Pour un gouvernement qui se dit en faveur de la famille, le gouvernement Charest nous montre encore une fois que ses critères d'analyse sociale se basent sur un argumentaire d'ordre principalement financier et que cette obsession du rendement n'est aucunement orientée vers le bien-être des familles québécoises.
 
 
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