Lutte contre la pauvreté - De bons pauvres et de mauvais pauvres
Le plan du gouvernement Charest est fondé sur un système de punitions et de récompenses
Esther Paquet - Porte-parole de l'organisme Au bas de l'échelle
19 novembre 2003
Le Plan d'action gouvernemental en matière de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale, dont Le Devoir faisait connaître de larges extraits la semaine dernière, a de quoi faire frémir. Bien qu'intitulé Ensemble, pour un Québec solidaire, il prône un régime de sécurité du revenu plus catégoriel que jamais, fondé sur un système de punitions et de récompenses, considéré comme la voie royale de l'incitation à l'emploi.
En outre, ce plan d'action met en lumière de nombreuses contradictions dans les discours et les actes de ce gouvernement, contradictions révélatrices de ses partis pris. En voici quelques-unes: le gouvernement abolit l'obligation, pour des dizaines de milliers d'entreprises, de consacrer 1 % de leur masse salariale à la formation de leurs travailleurs et supprime du même souffle la prestation mensuelle spéciale de 111 $ versée aux prestataires de l'aide sociale de plus de 55 ans, dont plusieurs ont perdu leur emploi parce que jugés trop âgés, moins performants et surtout déclassés en matière de formation. La majorité des entreprises est ainsi complètement déresponsabilisée en ce qui a trait la formation de la main-d'oeuvre alors que les personnes de plus de 55 ans qui n'ont pas d'emploi et qui reçoivent des prestations d'aide sociale sont pour leur part pénalisées.
Ces propositions postulent que toute personne qui veut travailler peut trouver un emploi, quels que soient son âge ou sa formation, ce qui relève de la pensée magique. Cette vision des choses illustre une profonde méconnaissance de la réalité, qui nous démontre tous les jours que trouver un emploi est une chose difficile, surtout lorsqu'on a peu de formation et qu'on avance en âge.
Il en va de même avec le nouveau programme ACTIF, qui prévoit le versement d'allocations «d'aide à l'emploi» pour les travailleurs à faible revenu et qui sera financé grâce aux diverses mesures punitives et de compression apportées au régime de la sécurité du revenu. Ce programme, qui semble de prime abord n'avantager que les personnes à faible revenu en venant compléter leur maigre salaire, est un bienfait pour les entreprises car il subventionne indirectement des emplois rémunérés au salaire minimum et, ce faisant, il encourage le cheap labour.
Les sources de la pauvreté
Au delà de la reconnaissance du fait qu'on peut travailler à plein temps et être pauvre, un plan de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale ne devrait-il pas s'attaquer aux sources de la pauvreté? Le gouvernement ne devrait-il pas se demander s'il est normal que le revenu d'une personne qui travaille 40 heures par semaine au salaire minimum soit à 23 % sous le seuil de faible revenu?
Et que dire de la pauvreté de toutes ces personnes qui occupent, et souvent cumulent, des emplois précaires, faussement autonomes, temporaires, à temps partiel, à domicile, pour des agences de placement, pour des sous-traitants de sous-traitants, dont plusieurs les exploitent indûment et contournent l'application des lois du travail afin d'augmenter leur profit!
Que fait le gouvernement pour freiner cette précarité, synonyme de pauvreté et en voie de devenir la norme? Il propose d'affaiblir la portée de l'article 45 du Code du travail; il produit des projets de loi (notamment les nos 7 et 8) qui précarisent et enlèvent le statut de salarié à des milliers de travailleuses, se soustrayant ainsi lui-même à ses propres responsabilités d'employeur; il refuse de légiférer pour freiner la précarité, prônant plutôt l'instauration de «mesures volontaires» au sein des entreprises.
Au même moment où sont diminuées les obligations et les réglementations pour les entreprises et le gouvernement, les contraintes et les mesures punitives envers les personnes sans emploi sont augmentées. Ces deux vases sont décidément bien communicants!
Le plan d'action proposé par le gouvernement libéral est basé sur une vision binaire et réductrice: il y a de bons pauvres et de mauvais pauvres. Il y a les inaptes et les aptes, il y a ceux qui travaillent et ceux qui ne veulent pas travailler. De grâce, cessons de hiérarchiser entre elles, selon une pseudo-échelle de mérite, les personnes qui reçoivent des prestations d'aide sociale, celles qui reçoivent des prestations d'assurance-emploi et celles qui travaillent pour un maigre salaire: ces personnes sont souvent les mêmes, elles se battent au quotidien pour sauvegarder leur dignité, passant d'un emploi sous-payé et précaire à un autre, le tout entrecoupé de périodes plus ou moins longues de chômage.
Un véritable plan d'action en matière de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale ne doit pas permettre de développer un bassin de main-d'oeuvre vulnérable et sous-payée. Il doit plutôt être basé sur un profond respect de la dignité des personnes en situation de pauvreté. C'est ça, être «ensemble pour un Québec solidaire».
En outre, ce plan d'action met en lumière de nombreuses contradictions dans les discours et les actes de ce gouvernement, contradictions révélatrices de ses partis pris. En voici quelques-unes: le gouvernement abolit l'obligation, pour des dizaines de milliers d'entreprises, de consacrer 1 % de leur masse salariale à la formation de leurs travailleurs et supprime du même souffle la prestation mensuelle spéciale de 111 $ versée aux prestataires de l'aide sociale de plus de 55 ans, dont plusieurs ont perdu leur emploi parce que jugés trop âgés, moins performants et surtout déclassés en matière de formation. La majorité des entreprises est ainsi complètement déresponsabilisée en ce qui a trait la formation de la main-d'oeuvre alors que les personnes de plus de 55 ans qui n'ont pas d'emploi et qui reçoivent des prestations d'aide sociale sont pour leur part pénalisées.
Ces propositions postulent que toute personne qui veut travailler peut trouver un emploi, quels que soient son âge ou sa formation, ce qui relève de la pensée magique. Cette vision des choses illustre une profonde méconnaissance de la réalité, qui nous démontre tous les jours que trouver un emploi est une chose difficile, surtout lorsqu'on a peu de formation et qu'on avance en âge.
Il en va de même avec le nouveau programme ACTIF, qui prévoit le versement d'allocations «d'aide à l'emploi» pour les travailleurs à faible revenu et qui sera financé grâce aux diverses mesures punitives et de compression apportées au régime de la sécurité du revenu. Ce programme, qui semble de prime abord n'avantager que les personnes à faible revenu en venant compléter leur maigre salaire, est un bienfait pour les entreprises car il subventionne indirectement des emplois rémunérés au salaire minimum et, ce faisant, il encourage le cheap labour.
Les sources de la pauvreté
Au delà de la reconnaissance du fait qu'on peut travailler à plein temps et être pauvre, un plan de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale ne devrait-il pas s'attaquer aux sources de la pauvreté? Le gouvernement ne devrait-il pas se demander s'il est normal que le revenu d'une personne qui travaille 40 heures par semaine au salaire minimum soit à 23 % sous le seuil de faible revenu?
Et que dire de la pauvreté de toutes ces personnes qui occupent, et souvent cumulent, des emplois précaires, faussement autonomes, temporaires, à temps partiel, à domicile, pour des agences de placement, pour des sous-traitants de sous-traitants, dont plusieurs les exploitent indûment et contournent l'application des lois du travail afin d'augmenter leur profit!
Que fait le gouvernement pour freiner cette précarité, synonyme de pauvreté et en voie de devenir la norme? Il propose d'affaiblir la portée de l'article 45 du Code du travail; il produit des projets de loi (notamment les nos 7 et 8) qui précarisent et enlèvent le statut de salarié à des milliers de travailleuses, se soustrayant ainsi lui-même à ses propres responsabilités d'employeur; il refuse de légiférer pour freiner la précarité, prônant plutôt l'instauration de «mesures volontaires» au sein des entreprises.
Au même moment où sont diminuées les obligations et les réglementations pour les entreprises et le gouvernement, les contraintes et les mesures punitives envers les personnes sans emploi sont augmentées. Ces deux vases sont décidément bien communicants!
Le plan d'action proposé par le gouvernement libéral est basé sur une vision binaire et réductrice: il y a de bons pauvres et de mauvais pauvres. Il y a les inaptes et les aptes, il y a ceux qui travaillent et ceux qui ne veulent pas travailler. De grâce, cessons de hiérarchiser entre elles, selon une pseudo-échelle de mérite, les personnes qui reçoivent des prestations d'aide sociale, celles qui reçoivent des prestations d'assurance-emploi et celles qui travaillent pour un maigre salaire: ces personnes sont souvent les mêmes, elles se battent au quotidien pour sauvegarder leur dignité, passant d'un emploi sous-payé et précaire à un autre, le tout entrecoupé de périodes plus ou moins longues de chômage.
Un véritable plan d'action en matière de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale ne doit pas permettre de développer un bassin de main-d'oeuvre vulnérable et sous-payée. Il doit plutôt être basé sur un profond respect de la dignité des personnes en situation de pauvreté. C'est ça, être «ensemble pour un Québec solidaire».
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