Pour en finir avec le pseudo-élitisme - À la défense de la télé-réalité
Jean-François Leduc - Étudiant en journalisme
19 novembre 2003
Qu'y a-t-il de si effrayant dans le phénomène de la télé-réalité? C'est ce que j'ai essayé de comprendre en lisant deux articles anti-télé-réalité en page Idées du Devoir le jeudi 6 novembre.
De quoi se plaignent les anti-télé-réalité, au fait? Les oblige-t-on à l'écouter? Pourquoi s'entêtent-ils à prétendre connaître ce qui est mauvais pour les fans des émissions de ce type? Parce qu'ils sont (pensent être) plus intelligents que les téléspectateurs de la télé-réalité, bien entendu. Ils sont si intelligents, en fait, qu'ils se sont auto-investis de cette mission: nous protéger, nous, les millions de fans de la télé-réalité. Ne leur en voulez pas... Ils font ça pour notre bien.
Les pseudo-intellectuels, ce sont ces gens qui sont si fermés d'esprit qu'ils sont automatiquement contre les phénomènes qui plaisent le plus massivement à la population. C'est peut-être la façon qu'ils ont trouvée pour se construire une personnalité qu'ils croient supérieure. Ils ne peuvent pas accepter le bon dans ce qu'il y a de trop populaire. Ils rejettent tout en bloc, sans discernement.
De ces gens proviennent les argumentations et les critiques les plus futiles. À titre d'exemples, les arguments avancés dans les deux textes publiés dans Le Devoir.
D'abord, Pierre Desjardins, professeur de philosophie, disait ceci en parlant des lofteurs dans son article intitulé «Loft Story, ou le pouvoir sadique de la majorité silencieuse»: «[...] Et bien qu'ils soient adultes, ils tiennent des propos si superficiels et si insignifiants qu'on les croirait presque dans une garderie.» Pourquoi ces préjugés, M. Desjardins? Parce que vous êtes philosophe? Connaissez-vous suffisamment ces gens pour les juger ainsi? N'êtes-vous pas en train de vous prêter au jeu de la télé-réalité, plus que tout autre? [...] Vous doutez-vous que les téléspectateurs n'écoutent pas Loft Story pour suivre des cours de philosophie et que, en ce sens, s'il y avait eu des discussions philosophiques dans l'émission, elles n'auraient probablement pas été diffusées?
Vous dites: «Toutefois, notons que dans Loft Story, afin de garder une image "politically correct" elle aussi conforme à l'hypocrisie sociale ambiante, on a bien pris soin, lors de la sélection des candidats, d'éliminer tout candidat d'origine étrangère ou d'orientation sexuelle différente.» M. le philosophe, l'écoutez-vous, l'émission, ou pas? Parce que depuis trois semaines, chaque dimanche, le Dr Mailloux remet en question l'orientation sexuelle de Marie-Laurence. Une autre soirée, les filles s'embrassaient. [...] C'est pas assez «bi» à votre goût...
Et encore, vous dites: «Le principal attrait que représente alors Loft Story pour le téléspectateur est [...] qu'il permet aux téléspectateurs d'exercer à distance, et de façon anonyme, par téléphone, leur sadisme sur d'autres concitoyens, et ce serait d'ailleurs plus juste de parler de sado-masochisme.» M. le professeur, ne nous prêtez pas vos fantasmes! Êtes-vous le seul à ignorer qu'il s'agit d'un jeu? Que les participants en connaissaient les règles? Que les téléspectateurs les connaissent également et qu'ils se prêtent au jeu pour des raisons qui leur sont propres (par exemple, la curiosité de la chose humaine, pour rire de situations cocasses) mais qu'il ne vous appartient pas de préjuger?
Vous expliquez le succès de Loft Story et ses millions de téléspectateurs de la façon suivante: «C'est qu'il manipule des fantasmes de l'inconscient collectif pour assurer la domination totale du système économique actuel.» Vous avez pigé, Monsieur! C'est une conspiration contre nous tous et vous, oui, vous et les autres pseudo-intellectuels qui avez été mis sur Terre pour nous sauver. Oui, nous sauver. Nous, les gens de métier, les gens qui ne parlent pas de philosophie et donc qui ont des propos «si superficiels», des gens, pour vous citer, «de race blanche, hétérosexuels, apolitiques, mais également des jeunes qui ne réfléchissent pas trop»... Une sélection qui doit être le reflet des millions de téléspectateurs qui écoutent Loft Story [...].
Contrôle
Dans la même page, il y avait cet autre article de Paul Vachon, «Faut-il protéger les ondes? La fièvre lofteuse». Le remède que M. Vachon propose pour guérir le système de la télé-réalité est le suivant: «Les chaînes de radio et de télé sont des entreprises privées. Mais ce qu'on a tendance à oublier, c'est que les ondes, elles, sont publiques. Notre société dite civilisée protège l'environnement, les enfants, les espèces en voie de disparition, les oiseaux migrateurs... [...] Pourrait-on protéger les ondes, s'il vous plaît?»
Ça veut dire quoi, ça, au juste, M. Vachon? Ah oui, je vois: le contenu de tous les postes de radio, de télé, même les journaux... protégés par un supra-organisme qui chapeauterait tous les médias afin de censurer les impuretés d'émissions comme Loft Story et Occupation double, avec, à la tête de l'organisme, nul autre que vous-même. En effet, tout comme M. le philosophe, vous savez exactement ce qui est bon pour nous. Et Loft Story, ce n'est pas bon pour nous, oh non!
Je vais vous dire honnêtement, messieurs, ce que je pense de vos propositions et critiques sur la télé-réalité: ça pue l'élitisme. [...] Je n'ai rien contre les gens qui n'apprécient pas la télé-réalité. Ce qui me choque, ce sont les gens qui, dans leurs argumentations, dénigrent gratuitement un groupe afin de s'autovaloriser. Personne ne vous oblige à écouter ces émissions... Jugez donc sans préjuger!
De quoi se plaignent les anti-télé-réalité, au fait? Les oblige-t-on à l'écouter? Pourquoi s'entêtent-ils à prétendre connaître ce qui est mauvais pour les fans des émissions de ce type? Parce qu'ils sont (pensent être) plus intelligents que les téléspectateurs de la télé-réalité, bien entendu. Ils sont si intelligents, en fait, qu'ils se sont auto-investis de cette mission: nous protéger, nous, les millions de fans de la télé-réalité. Ne leur en voulez pas... Ils font ça pour notre bien.
Les pseudo-intellectuels, ce sont ces gens qui sont si fermés d'esprit qu'ils sont automatiquement contre les phénomènes qui plaisent le plus massivement à la population. C'est peut-être la façon qu'ils ont trouvée pour se construire une personnalité qu'ils croient supérieure. Ils ne peuvent pas accepter le bon dans ce qu'il y a de trop populaire. Ils rejettent tout en bloc, sans discernement.
De ces gens proviennent les argumentations et les critiques les plus futiles. À titre d'exemples, les arguments avancés dans les deux textes publiés dans Le Devoir.
D'abord, Pierre Desjardins, professeur de philosophie, disait ceci en parlant des lofteurs dans son article intitulé «Loft Story, ou le pouvoir sadique de la majorité silencieuse»: «[...] Et bien qu'ils soient adultes, ils tiennent des propos si superficiels et si insignifiants qu'on les croirait presque dans une garderie.» Pourquoi ces préjugés, M. Desjardins? Parce que vous êtes philosophe? Connaissez-vous suffisamment ces gens pour les juger ainsi? N'êtes-vous pas en train de vous prêter au jeu de la télé-réalité, plus que tout autre? [...] Vous doutez-vous que les téléspectateurs n'écoutent pas Loft Story pour suivre des cours de philosophie et que, en ce sens, s'il y avait eu des discussions philosophiques dans l'émission, elles n'auraient probablement pas été diffusées?
Vous dites: «Toutefois, notons que dans Loft Story, afin de garder une image "politically correct" elle aussi conforme à l'hypocrisie sociale ambiante, on a bien pris soin, lors de la sélection des candidats, d'éliminer tout candidat d'origine étrangère ou d'orientation sexuelle différente.» M. le philosophe, l'écoutez-vous, l'émission, ou pas? Parce que depuis trois semaines, chaque dimanche, le Dr Mailloux remet en question l'orientation sexuelle de Marie-Laurence. Une autre soirée, les filles s'embrassaient. [...] C'est pas assez «bi» à votre goût...
Et encore, vous dites: «Le principal attrait que représente alors Loft Story pour le téléspectateur est [...] qu'il permet aux téléspectateurs d'exercer à distance, et de façon anonyme, par téléphone, leur sadisme sur d'autres concitoyens, et ce serait d'ailleurs plus juste de parler de sado-masochisme.» M. le professeur, ne nous prêtez pas vos fantasmes! Êtes-vous le seul à ignorer qu'il s'agit d'un jeu? Que les participants en connaissaient les règles? Que les téléspectateurs les connaissent également et qu'ils se prêtent au jeu pour des raisons qui leur sont propres (par exemple, la curiosité de la chose humaine, pour rire de situations cocasses) mais qu'il ne vous appartient pas de préjuger?
Vous expliquez le succès de Loft Story et ses millions de téléspectateurs de la façon suivante: «C'est qu'il manipule des fantasmes de l'inconscient collectif pour assurer la domination totale du système économique actuel.» Vous avez pigé, Monsieur! C'est une conspiration contre nous tous et vous, oui, vous et les autres pseudo-intellectuels qui avez été mis sur Terre pour nous sauver. Oui, nous sauver. Nous, les gens de métier, les gens qui ne parlent pas de philosophie et donc qui ont des propos «si superficiels», des gens, pour vous citer, «de race blanche, hétérosexuels, apolitiques, mais également des jeunes qui ne réfléchissent pas trop»... Une sélection qui doit être le reflet des millions de téléspectateurs qui écoutent Loft Story [...].
Contrôle
Dans la même page, il y avait cet autre article de Paul Vachon, «Faut-il protéger les ondes? La fièvre lofteuse». Le remède que M. Vachon propose pour guérir le système de la télé-réalité est le suivant: «Les chaînes de radio et de télé sont des entreprises privées. Mais ce qu'on a tendance à oublier, c'est que les ondes, elles, sont publiques. Notre société dite civilisée protège l'environnement, les enfants, les espèces en voie de disparition, les oiseaux migrateurs... [...] Pourrait-on protéger les ondes, s'il vous plaît?»
Ça veut dire quoi, ça, au juste, M. Vachon? Ah oui, je vois: le contenu de tous les postes de radio, de télé, même les journaux... protégés par un supra-organisme qui chapeauterait tous les médias afin de censurer les impuretés d'émissions comme Loft Story et Occupation double, avec, à la tête de l'organisme, nul autre que vous-même. En effet, tout comme M. le philosophe, vous savez exactement ce qui est bon pour nous. Et Loft Story, ce n'est pas bon pour nous, oh non!
Je vais vous dire honnêtement, messieurs, ce que je pense de vos propositions et critiques sur la télé-réalité: ça pue l'élitisme. [...] Je n'ai rien contre les gens qui n'apprécient pas la télé-réalité. Ce qui me choque, ce sont les gens qui, dans leurs argumentations, dénigrent gratuitement un groupe afin de s'autovaloriser. Personne ne vous oblige à écouter ces émissions... Jugez donc sans préjuger!
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