La haine de l'Autre
Serge Truffaut
18 novembre 2003
Le double attentat commis contre deux synagogues à Istanbul a été revendiqué par Abu Hafs al-Masri, cellule arrimée à la nébuleuse al-Qaïda. Lorsqu'on épluche l'inventaire des explosions signées al-Qaïda, on ne peut que constater que le groupe en question a un mandat différent de celui assigné, par exemple, aux cellules qui ont semé la terreur il y a une quinzaine de jours dans un camp de travailleurs en Arabie saoudite. Al-Masri vise l'étranger, tout ce qui est étranger. Son but, son ambition ultime est à la fois simple et terrifiante: tuer l'Autre. Point.
C'est ce groupe qui a signé le sanglant attentat contre le personnel de l'ONU à Bagdad le 19 août dernier. C'est lui qui aurait disposé un véhicule bourré d'explosifs, heureusement désamorcé, devant les bureaux de l'ONU à Kandahar, en Afghanistan. C'est encore lui qui a fait sauter l'ambassade turque en Irak il y a plusieurs semaines de cela. En s'attaquant aux synagogues d'Istanbul, al-Masri poursuit un double but: forcer le gouvernement à cesser toute collaboration avec l'Occident et Israël et favoriser un retour aux sources islamiques qui avaient provoqué la naissance du Refah rebaptisé en Parti justice et développement aujourd'hui au pouvoir à Ankara.
À l'égard de la Turquie, les fondamentalistes nourrissent une rancoeur d'autant plus méticuleuse qu'elle s'enracine dans l'Histoire. Les chiites autant que les sunnites leur reprochent l'abandon d'un modèle qui leur a pourtant coûté cher, soit celui du califat islamique. Ce même califat que les talibans avaient imposé en Afghanistan et que les fondamentalistes veulent instaurer dans tous les pays musulmans. Ce modèle, ces fous de Dieu voudraient que le parti islamique qui dirige la Turquie aujourd'hui le reprenne à son compte. Et qu'il coupe les ponts avec l'Europe.
En effet, tous ces assoiffés de sang envisagent avec effroi l'arrimage éventuel de la Turquie à l'Europe. Si ce pays rejoint l'Union européenne, alors le centre de gravité géopolitique de la région se déplacera davantage à l'ouest. De fait, il subira de manière plus prononcée qu'actuellement l'influence évidemment nocive (sic) de la culture européenne. Plus exactement, que la Turquie intègre l'Union européenne et hop!, le rêve consistant à unir la communauté des croyants dans un continuum géographique allant des confins de l'Inde au Maroc éclatera en mille morceaux.
Enfin, il y a ces liens que la Turquie entretient avec Israël. Ces derniers datent de 1949 lorsque la première a reconnu le droit à l'existence de la seconde. Aujourd'hui, les relations entre ces deux pays ont dépassé le cadre diplomatique pour mieux s'ancrer dans le militaire. Il y a une dizaine d'années, Ankara et Tel-Aviv ont signé un accord de coopération qui s'est traduit notamment par ceci: Israël fournit des renseignements sur l'Iran, la Syrie et l'Irak, trois pays qui ont servi et servent toujours de bases de repli aux militants du Parti des travailleurs kurdes (PKK). On s'en doute, cet accord militaire irrite au plus haut point ces nations qui, en retour, fourniraient de l'aide aux membres d'al-Qaïda souhaitant faire le coup de poing en sol turc.
Ces attentats, on le répète, portent l'empreinte d'individus obsédés par un but et un seul: la mort de l'Autre, du différent.
C'est ce groupe qui a signé le sanglant attentat contre le personnel de l'ONU à Bagdad le 19 août dernier. C'est lui qui aurait disposé un véhicule bourré d'explosifs, heureusement désamorcé, devant les bureaux de l'ONU à Kandahar, en Afghanistan. C'est encore lui qui a fait sauter l'ambassade turque en Irak il y a plusieurs semaines de cela. En s'attaquant aux synagogues d'Istanbul, al-Masri poursuit un double but: forcer le gouvernement à cesser toute collaboration avec l'Occident et Israël et favoriser un retour aux sources islamiques qui avaient provoqué la naissance du Refah rebaptisé en Parti justice et développement aujourd'hui au pouvoir à Ankara.
À l'égard de la Turquie, les fondamentalistes nourrissent une rancoeur d'autant plus méticuleuse qu'elle s'enracine dans l'Histoire. Les chiites autant que les sunnites leur reprochent l'abandon d'un modèle qui leur a pourtant coûté cher, soit celui du califat islamique. Ce même califat que les talibans avaient imposé en Afghanistan et que les fondamentalistes veulent instaurer dans tous les pays musulmans. Ce modèle, ces fous de Dieu voudraient que le parti islamique qui dirige la Turquie aujourd'hui le reprenne à son compte. Et qu'il coupe les ponts avec l'Europe.
En effet, tous ces assoiffés de sang envisagent avec effroi l'arrimage éventuel de la Turquie à l'Europe. Si ce pays rejoint l'Union européenne, alors le centre de gravité géopolitique de la région se déplacera davantage à l'ouest. De fait, il subira de manière plus prononcée qu'actuellement l'influence évidemment nocive (sic) de la culture européenne. Plus exactement, que la Turquie intègre l'Union européenne et hop!, le rêve consistant à unir la communauté des croyants dans un continuum géographique allant des confins de l'Inde au Maroc éclatera en mille morceaux.
Enfin, il y a ces liens que la Turquie entretient avec Israël. Ces derniers datent de 1949 lorsque la première a reconnu le droit à l'existence de la seconde. Aujourd'hui, les relations entre ces deux pays ont dépassé le cadre diplomatique pour mieux s'ancrer dans le militaire. Il y a une dizaine d'années, Ankara et Tel-Aviv ont signé un accord de coopération qui s'est traduit notamment par ceci: Israël fournit des renseignements sur l'Iran, la Syrie et l'Irak, trois pays qui ont servi et servent toujours de bases de repli aux militants du Parti des travailleurs kurdes (PKK). On s'en doute, cet accord militaire irrite au plus haut point ces nations qui, en retour, fourniraient de l'aide aux membres d'al-Qaïda souhaitant faire le coup de poing en sol turc.
Ces attentats, on le répète, portent l'empreinte d'individus obsédés par un but et un seul: la mort de l'Autre, du différent.
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