20e anniversaire de la mort d'Yves Thériault - Un oubli attristant mais révélateur
Éric Cornellier - Enseignant au primaire
17 novembre 2003
Le 20 octobre dernier, c'était le 20e anniversaire de la mort de l'un de nos plus grands écrivains québécois Yves Thériault. En toute naïveté, je m'attendais à ce que cet anniversaire, qui à mes yeux revêt une importance certaine, soit souligné de différentes manières dans les médias: articles dans les cahiers du livre des grands quotidiens, émissions à la télévision ou à la radio d'État, etc. Ces articles ou émissions spéciales, je les attendais avec d'autant plus d'impatience que, depuis le début de l'année 2003, je m'étais fait une fête de relire toutes les oeuvres de Thériault que je pouvais me procurer; lectures que je faisais pour me préparer à accueillir avec une certaine intelligence les témoignages et commentaires auxquels cet anniversaire littéraire ne manquerait pas, selon moi, de donner lieu.
Quelle ne fut pas ma stupéfaction quand, après avoir épluché tous les journaux et consulté l'horaire des émissions tant à la radio qu'à la télévision d'État, j'ai bien dû me rendre à l'évidence que personne, du moins parmi les principaux acteurs de notre monde littéraire québécois, ne semblait s'intéresser au 20e anniversaire de la mort d'Yves Thériault.
Comment cela peut-il donc être possible? Thériault n'est-il pas, comme je l'ai toujours cru, une des figures profondément originales et, pour ainsi dire, incontournables de notre littérature nationale? Et même plus, ses grand romans, qui n'ont pas manqué de susciter de par le monde de nombreuses traductions et éditions — je pense ici en particulier à Agaguk, Ashini et N'Tsuk — , n'ont-ils pas démontré, hors de tout doute, leur grandeur et leur universalité?
Face à un événement marquant, tout silence est profondément révélateur. Dans le cas qui nous occupe ici, il me semble discerner deux causes principales: d'une part, l'égocentrisme généralisé qui gangrène actuellement le milieu littéraire québécois; et d'autre part, l'indifférence et l'inculture dans lesquelles la population québécoise se complaît.
N'importe qui s'intéressant assidûment à la littérature québécoise a tôt fait de constater que les principaux acteurs de notre scène littéraire sont à ce point préoccupés par la défense de leurs intérêts personnels et immédiats, que notre vie littéraire nationale ne se limite plus qu'à la promotion tous azimuts des bouquins que l'on vient d'écrire soi-même, ou de ceux écrits par des copains. Vive l'autocongratulation et la réciprocité avantageuse! Dans un tel univers qui confine à un aveuglement mesquin, il n'y a de place pour les livres des morts que dans la mesure où on peut les mettre au service de son propre avancement. Voilà ce qui explique bien des silences et des oublis.
Se tournant maintenant vers la population québécoise, quiconque ose poser un regard lucide sur l'importance et l'intérêt que cette dernière accorde aux oeuvres culturelles véritables — ces oeuvres qui ne cessent de questionner le sens de l'aventure humaine — ne peut que frémir du vide intersidéral devant lequel il se trouve. À l'heure du triomphe de Star Académie, de Loft Story et d'Occupation double, toute production artistique le moindrement exigeante est par avance déclassée.
Un tel état de fait est, à proprement parler, inacceptable et scandaleux. Inacceptable et scandaleux, parce qu'au Québec, ça fait 40 ans que tout le monde peut aller à l'école et s'instruire. Comment se fait-il alors qu'avec un système éducatif aussi sophistiqué et accessible, nous en soyons rendus là? C'est incroyable! La population québécoise est l'une des populations les plus éduquées dans le monde, et pourtant, cela crève les yeux, au Québec, l'inculture et l'insignifiance sont partout triomphantes. Il y a là matière à engager une réflexion en profondeur sur les ratés de notre système d'éducation et sur les carences de la société dans laquelle nous vivons.
Un milieu littéraire qui pratique le nombrilisme à outrance, une société où règnent l'inculture et l'indifférence satisfaites, voilà les ingrédients qui mélangés ensemble donnent une bien triste recette. En se nourrissant de la sorte, on bascule allègrement dans une indigence qui ne se reconnaît pas comme telle. On ne s'intéresse plus aux oeuvres d'art et de pensée que les hommes et les femmes des générations précédentes nous ont laissées. On finit par croire qu'il n'est d'autre richesse que les billets de banque, l'auto neuve et la maison qui épate les copains.
Et, même si son oeuvre a acquis une notoriété internationale, on ne voit vraiment pas en quoi le 20e anniversaire de la mort d'un écrivain de chez nous peut bien présenter un quelconque intérêt.
Quelle ne fut pas ma stupéfaction quand, après avoir épluché tous les journaux et consulté l'horaire des émissions tant à la radio qu'à la télévision d'État, j'ai bien dû me rendre à l'évidence que personne, du moins parmi les principaux acteurs de notre monde littéraire québécois, ne semblait s'intéresser au 20e anniversaire de la mort d'Yves Thériault.
Comment cela peut-il donc être possible? Thériault n'est-il pas, comme je l'ai toujours cru, une des figures profondément originales et, pour ainsi dire, incontournables de notre littérature nationale? Et même plus, ses grand romans, qui n'ont pas manqué de susciter de par le monde de nombreuses traductions et éditions — je pense ici en particulier à Agaguk, Ashini et N'Tsuk — , n'ont-ils pas démontré, hors de tout doute, leur grandeur et leur universalité?
Face à un événement marquant, tout silence est profondément révélateur. Dans le cas qui nous occupe ici, il me semble discerner deux causes principales: d'une part, l'égocentrisme généralisé qui gangrène actuellement le milieu littéraire québécois; et d'autre part, l'indifférence et l'inculture dans lesquelles la population québécoise se complaît.
N'importe qui s'intéressant assidûment à la littérature québécoise a tôt fait de constater que les principaux acteurs de notre scène littéraire sont à ce point préoccupés par la défense de leurs intérêts personnels et immédiats, que notre vie littéraire nationale ne se limite plus qu'à la promotion tous azimuts des bouquins que l'on vient d'écrire soi-même, ou de ceux écrits par des copains. Vive l'autocongratulation et la réciprocité avantageuse! Dans un tel univers qui confine à un aveuglement mesquin, il n'y a de place pour les livres des morts que dans la mesure où on peut les mettre au service de son propre avancement. Voilà ce qui explique bien des silences et des oublis.
Se tournant maintenant vers la population québécoise, quiconque ose poser un regard lucide sur l'importance et l'intérêt que cette dernière accorde aux oeuvres culturelles véritables — ces oeuvres qui ne cessent de questionner le sens de l'aventure humaine — ne peut que frémir du vide intersidéral devant lequel il se trouve. À l'heure du triomphe de Star Académie, de Loft Story et d'Occupation double, toute production artistique le moindrement exigeante est par avance déclassée.
Un tel état de fait est, à proprement parler, inacceptable et scandaleux. Inacceptable et scandaleux, parce qu'au Québec, ça fait 40 ans que tout le monde peut aller à l'école et s'instruire. Comment se fait-il alors qu'avec un système éducatif aussi sophistiqué et accessible, nous en soyons rendus là? C'est incroyable! La population québécoise est l'une des populations les plus éduquées dans le monde, et pourtant, cela crève les yeux, au Québec, l'inculture et l'insignifiance sont partout triomphantes. Il y a là matière à engager une réflexion en profondeur sur les ratés de notre système d'éducation et sur les carences de la société dans laquelle nous vivons.
Un milieu littéraire qui pratique le nombrilisme à outrance, une société où règnent l'inculture et l'indifférence satisfaites, voilà les ingrédients qui mélangés ensemble donnent une bien triste recette. En se nourrissant de la sorte, on bascule allègrement dans une indigence qui ne se reconnaît pas comme telle. On ne s'intéresse plus aux oeuvres d'art et de pensée que les hommes et les femmes des générations précédentes nous ont laissées. On finit par croire qu'il n'est d'autre richesse que les billets de banque, l'auto neuve et la maison qui épate les copains.
Et, même si son oeuvre a acquis une notoriété internationale, on ne voit vraiment pas en quoi le 20e anniversaire de la mort d'un écrivain de chez nous peut bien présenter un quelconque intérêt.
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