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La stratégie du chaos

Serge Truffaut   17 novembre 2003 
La Maison-Blanche vient de remanier en profondeur le projet politique qu'elle voulait imprimer en Irak. Horizon électoral oblige, aux États-Unis s'entend, l'administration Bush va transférer, en juin 2004, le pouvoir à un gouvernement provisoire à façonner d'ici là. Cette décision a eu pour conséquence immédiate la propagation d'une inquiétude aiguisée tous azimuts.

La chute de popularité du président Bush, combinée au déminage par Jessica Lynch de la légende qu'on lui avait confectionnée, et la mort de soldats italiens ont chamboulé durablement la gestion du dossier irakien. Le plan initial, qui consistait à instaurer la démocratie une fois Saddam Hussein renversé, a été jeté aux orties pour faire place à une stratégie de sortie conçue en fonction d'un but et un seul: assurer, si possible, la réélection de Bush. D'où cette proposition consistant à limiter dans le temps la tutelle qu'exercent les États-Unis sur l'Irak. En juin, ils plieront bagage même si leurs héritiers pressentis ne sont pas fin prêts.

Avant de décliner le contenu du nouveau plan, on fera observer que la mort de soldats italiens a eu un impact prononcé sur l'humeur, si l'on ose dire, de la coalition. Des gouvernements ayant adhéré à celle-ci, le Japon au premier chef, ont décidé de ne pas envoyer de soldats dans les environs de Bagdad. Pour Bush, ces défections signifient évidemment que la rotation des troupes prévues par l'état-major n'est plus possible ou plutôt que l'armée américaine va être dans l'obligation d'assumer plus de fonctions que celles envisagées jusqu'alors.

Au sein même de la Maison-Blanche, la stratégie de sortie sur laquelle les responsables de l'élection de Bush ont laissé leurs marques a été l'occasion d'un débat musclé. Entre le camp mené par Karl Rove, l'architecte des campagnes de Bush, et celui des réalistes les couteaux volent bas ces jours-ci. Ainsi, l'administrateur en Irak, Paul Bremer, s'est opposé au plan de sortie en faisant observer que le Conseil intérimaire de gouvernement (CIG) n'avait pas encore amorcé les travaux afférents à la rédaction d'une constitution, tout occupé qu'il est à digérer les conséquences politiques que la résistance irakienne produit sur l'ensemble du pays.

Selon le New York Times, Bremer a bataillé ferme afin de convaincre Bush et Condoleezza Rice, la patronne du Conseil de la sécurité nationale, de ne pas, surtout pas, transférer le pouvoir à des Irakiens avant que des élections ne soient tenues. Sa crainte, que bien des observateurs partagent, est que ce gouvernement provisoire soit perçu par une forte majorité d'Irakiens comme un gouvernement fantoche, un gouvernement à la solde de Washington, et que le chaos s'ensuive. Bremer a perdu la manche.

Il a perdu parce qu'en face de lui, il y a des gens qui conjuguent politique avec baguette magique. Bush, car c'est évidemment de lui qu'il s'agit, fait le pari suivant: le gouvernement provisoire va inviter les alliés à envoyer des troupes. Pour le reste, soit l'instauration d'un État de droit, de la démocratie, on peut se fier aux investisseurs. En effet, selon la Maison-Blanche, les bailleurs de fonds ne s'impliqueront pas tant que l'indépendance de la justice ne sera pas garantie, tant que les droits des minorités ne seront pas protégés, etc.

En attendant la suite, le plan de Bush s'est heurté à un mur et non des moindres. La réaction de l'ONU est mi-figue, mi-raisin. Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a salué la volonté de Bush de redonner le pouvoir à des Irakiens, mais ne veut pas que la responsabilité de la sécurité, soit le militaire, incombe à son organisation. Annan ne veut pas que l'ONU hérite d'une fonction analogue, par exemple, à celle qui est la sienne au Kosovo. Échaudés par l'attentat qui, le 19 août dernier, a saigné le personnel présent à Bagdad, les fonctionnaires «onusiens» ont clairement indiqué à Annan qu'ils n'étaient pas désireux de retourner dans les parages.

En fait, l'ONU serait encline à modifier sa position, à condition de ne plus être sous la direction des forces de la coalition, mais bel et bien du futur gouvernement provisoire. Si celui-ci, qui, on le répète, ne sera pas en place avant juin 2004, invite l'ONU à revenir dans les parages, alors celle-ci étudiera sérieusement sa requête. D'ici là, l'ONU veut que le Conseil de sécurité analyse à nouveau son rôle. On ne veut rien de moins qu'une nouvelle résolution afin de préciser ce qu'on entend par «rôle central».

Telle que dessinée, la stratégie de sortie arrêtée par Bush et ses conseillers laisse entrevoir tous les stigmates du chaos.
 
 
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  • Bruno Fournier - Inscrit
    18 novembre 2003 16 h 06
    L'impossibilité de former un gouvernement provisoire.
    Le meilleur allié qu'aurait pu avoir, afin de rassembler des
    iraquiens acceptés de leurs concitoyens, pour les gouverner,
    aurait été l'ONU. Avec son poste au conseil de sécurité, la
    Syrie aurait certainement eu un grand rôle à jouer.


    Toutefois, vu la totale ignorance des enjeux culturels de la
    région, plutôt aveuglés par les milliards de pétrodollars,
    M. Bush et son entourage ont débuté cette guerre en ne
    comptant que sur la force et comme le taureau dans l'arène,
    la vue de leur propre sang les aveugle encore plus,et plutôt
    que de se questionner et ajuster le tir au besoin, comme le
    taureau, foncent aveuglément sur tout ce qui bouge.
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