Lettres: Un petit mot pour Riopelle
Daniel Gagnon - Auteur de Riopelle grandeur nature, le 13 novembre 2003
14 novembre 2003
Mon pauvre ami Riopelle doit se retourner dans sa tombe avec toute cette chicane sur les bras. Lui qui cherchait la paix à tout prix, il est bien repayé de sa peine.
Les dissensions autour de son testament sont catégoriques et les poursuites sont menées d'une main de fer au nom de son oeuvre dont le peintre, à sa façon blagueuse, se moquait royalement. Il avait tant ri quand, à Paris, emportant mal ficelées sur le toit d'un taxi quelques toiles à un million pièce en dollars d'aujourd'hui, il ne les avait plus retrouvées à l'arrivée, parties dans le vent, tombées dans la Seine ou récupérées par quelque badaud.
Il était grand, il était libre, il était de lumière, et maintenant qu'il est parti, on se déchire, on s'arrache ses toiles. S'il avait su, je crois qu'il aurait voulu toutes les jeter dans le fleuve, ses toiles! À la fin, il déclarait en riant ne plus avoir besoin de ses lunettes pour peindre, est-ce que cela a nui à sa cote? Il ne peignait pas pour la cote, justement, il peignait pour la joie et la vie.
Toujours, tout au long, on s'est inquiété de ses libertés; quand il fut abstrait, on s'inquiéta de ce qu'il n'était pas figuratif, quand il devint figuratif, on s'inquiéta de ce qu'il n'était plus abstrait. Il avait réglé le problème en affirmant que ses oies et ses hiboux avaient toujours été là dans ses abstractions et que, tout simplement, ils étaient sortis du bois.
Ô mon pauvre Riopelle, si tu te foutais si magistralement de la cote de tes toiles, tu mettais cependant au plus haut les moments de création et de lumière que tu essayais de nous transmettre par la liberté de ta peinture. Si tu avais su, tu aurais tout laissé à une fondation, ainsi on ne t'aurait pas arraché le coeur sur la place publique au nom justement de tes toiles mais en oubliant tout ton beau génie rieur.
Les dissensions autour de son testament sont catégoriques et les poursuites sont menées d'une main de fer au nom de son oeuvre dont le peintre, à sa façon blagueuse, se moquait royalement. Il avait tant ri quand, à Paris, emportant mal ficelées sur le toit d'un taxi quelques toiles à un million pièce en dollars d'aujourd'hui, il ne les avait plus retrouvées à l'arrivée, parties dans le vent, tombées dans la Seine ou récupérées par quelque badaud.
Il était grand, il était libre, il était de lumière, et maintenant qu'il est parti, on se déchire, on s'arrache ses toiles. S'il avait su, je crois qu'il aurait voulu toutes les jeter dans le fleuve, ses toiles! À la fin, il déclarait en riant ne plus avoir besoin de ses lunettes pour peindre, est-ce que cela a nui à sa cote? Il ne peignait pas pour la cote, justement, il peignait pour la joie et la vie.
Toujours, tout au long, on s'est inquiété de ses libertés; quand il fut abstrait, on s'inquiéta de ce qu'il n'était pas figuratif, quand il devint figuratif, on s'inquiéta de ce qu'il n'était plus abstrait. Il avait réglé le problème en affirmant que ses oies et ses hiboux avaient toujours été là dans ses abstractions et que, tout simplement, ils étaient sortis du bois.
Ô mon pauvre Riopelle, si tu te foutais si magistralement de la cote de tes toiles, tu mettais cependant au plus haut les moments de création et de lumière que tu essayais de nous transmettre par la liberté de ta peinture. Si tu avais su, tu aurais tout laissé à une fondation, ainsi on ne t'aurait pas arraché le coeur sur la place publique au nom justement de tes toiles mais en oubliant tout ton beau génie rieur.
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