Lettres: L'enfer, c'est les autres qui regardent
Francis Chalifour - Toronto, le 10 novembre 2003
13 novembre 2003
J'ai beaucoup aimé le texte de Paul Cauchon («Médias - L'année du vide télévisuel», Le Devoir, le 10 novembre 2003).
Habitant Toronto depuis bientôt quatre ans, je n'ai malheureusement pas accès à tous les postes de télévision offerts au Québec, comme TVA ou TQS. J'ai été pour ainsi dire horrifié de voir qu'il y a maintenant au Québec des dérivés du genre Loft Story, The Bachelor et j'en passe. Je dois avouer que j'ai regardé à une occasion ces émissions de télé-réalité avec des amis canadiens-anglais. J'étais tellement fier de leur dire que dans la Belle Province, ce genre d'exhibitionnisme télévisuel (ou de voyeurisme, selon le cas) ne marcherait jamais car les Québécois n'oseraient pas aller si bas étant donné leur sens de l'égalité et de la social-démocratie. (J'ai déblatéré ainsi pendant une bonne demi-heure. Je le reconnais, j'ai fait preuve de chauvinisme, mais l'hiver est parfois long quand on vit dans la Ville reine, d'autant plus que les bonnes poutines y sont plutôt rares.)
Quand j'ai lu l'article de Paul Cauchon, inutile de vous dire que je suis tombé des nues. Moi qui disais à qui voulait l'entendre que le Québec était distinct jusque dans sa production télévisuelle... Eh bien, si c'était le cas, ce ne l'est plus. Et il paraît qu'il s'agit en plus d'un franc succès. Raison de plus pour se demander jusqu'où les Québécois iront en copiant ce qui se fait au pays de l'oncle Sam. [...]
Avant de terminer ce commentaire, cela me rappelle l'oeuvre de Jean-Paul Sartre, Huit clos. Vous savez, ces trois personnages (Garcin, Inès et Estelle) qui sont condamnés à vivre ensemble dans un salon Second Empire. On y retrouve la même idée, à savoir que l'homme ne peut vivre sans la présence d'autrui, bien que les autres représentent parfois la pire des menaces qui soient pour lui. Et dans le cas de ce reality show, peut-être que l'enfer, ce serait plutôt les autres qui regardent. L'enfer serait peut-être finalement devenu l'oeil de Big Brother? Il faudrait interviewer les participants de Loft Story, une fois ce cirque terminé, pour leur demander ce qu'ils en pensent.
Habitant Toronto depuis bientôt quatre ans, je n'ai malheureusement pas accès à tous les postes de télévision offerts au Québec, comme TVA ou TQS. J'ai été pour ainsi dire horrifié de voir qu'il y a maintenant au Québec des dérivés du genre Loft Story, The Bachelor et j'en passe. Je dois avouer que j'ai regardé à une occasion ces émissions de télé-réalité avec des amis canadiens-anglais. J'étais tellement fier de leur dire que dans la Belle Province, ce genre d'exhibitionnisme télévisuel (ou de voyeurisme, selon le cas) ne marcherait jamais car les Québécois n'oseraient pas aller si bas étant donné leur sens de l'égalité et de la social-démocratie. (J'ai déblatéré ainsi pendant une bonne demi-heure. Je le reconnais, j'ai fait preuve de chauvinisme, mais l'hiver est parfois long quand on vit dans la Ville reine, d'autant plus que les bonnes poutines y sont plutôt rares.)
Quand j'ai lu l'article de Paul Cauchon, inutile de vous dire que je suis tombé des nues. Moi qui disais à qui voulait l'entendre que le Québec était distinct jusque dans sa production télévisuelle... Eh bien, si c'était le cas, ce ne l'est plus. Et il paraît qu'il s'agit en plus d'un franc succès. Raison de plus pour se demander jusqu'où les Québécois iront en copiant ce qui se fait au pays de l'oncle Sam. [...]
Avant de terminer ce commentaire, cela me rappelle l'oeuvre de Jean-Paul Sartre, Huit clos. Vous savez, ces trois personnages (Garcin, Inès et Estelle) qui sont condamnés à vivre ensemble dans un salon Second Empire. On y retrouve la même idée, à savoir que l'homme ne peut vivre sans la présence d'autrui, bien que les autres représentent parfois la pire des menaces qui soient pour lui. Et dans le cas de ce reality show, peut-être que l'enfer, ce serait plutôt les autres qui regardent. L'enfer serait peut-être finalement devenu l'oeil de Big Brother? Il faudrait interviewer les participants de Loft Story, une fois ce cirque terminé, pour leur demander ce qu'ils en pensent.
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