Libre opinion: Un départ qui laisse un grand vide
Robert Perreault - Directeur du Conseil régional de l'environnement de Montréal. L'auteur a été successivement président du Conseil d'administration de la STM, président du Conseil métropolitain du transport en commun et ministre de la Métropole.
11 novembre 2003
Le départ de la présidente de l'Agence métropolitaine de transport laisse un vide. Trop peu de voix se sont fait entendre au cours des dernières années en faveur du développement du transport en commun de la région de Montréal. Madame Junca-Adenot était de celles-là: sans doute la plus proactive et la plus éloquente d'entre elles.
Elle aura, tout au long de son mandat, multiplié avec succès les initiatives en faveur du transport public: complétion de l'intégration tarifaire, développement du réseau des trains de banlieue, mise en place de stationnements incitatifs; les réalisations et les succès auront été nombreux. Mais sa plus grande réalisation aura été de réussir à intéresser au développement du transport en commun sur leur territoire les élus de la grande couronne de Montréal et d'avoir ainsi jeté les bases permanentes d'une approche du développement plus conforme aux réalités quotidiennes des déplacements, au-delà des traditionnelles batailles de clochers.
J'ai eu l'occasion de côtoyer madame Junca-Adenot lorsque j'étais ministre de la Métropole; je l'ai retrouvée avec plaisir dans mes nouvelles activités au Conseil régional de l'environnement. Je lui faisais récemment part de mon étonnement et de mon admiration devant sa détermination et son enthousiasme toujours aussi vivants après toutes ces années passées à la direction d'une boîte où la conciliation des intérêts multiples n'est pas nécessairement une chose évidente. Elle se disait toujours aussi motivée et emballée par les dossiers dont elle avait la charge, souhaitant visiblement poursuivre son mandat jusqu'à son terme.
Les organismes du secteur de l'environnement lui doivent une dernière réalisation, celle de la première Journée sans ma voiture à se tenir à Montréal. Nous avions des doutes sur le succès de cette première compte tenu du contexte un peu improvisé dans lequel elle se déroulait: Mme Junca-Adenot a su persister, négocier les compromis, convaincre et faire de cette première une réussite qu'elle savait limitée, certes, mais dont elle soupesait tout le poids du précédent ainsi acquis. C'était là sa manière de faire.
Mme Junca-Adenot quitte ses fonctions au moment où de grandes incertitudes planent sur l'avenir du transport en commun dans la région de Montréal, le gouvernement tardant toujours à présenter un plan de financement qui en assure la pérennité et le développement. Les enjeux ont été ramenés à leur portion congrue, celle du seul équilibre budgétaire des sociétés de transport pour le prochain exercice financier. On est loin des défis posés par notre adhésion au Protocole de Kyoto. Certains n'hésitent pas à évoquer des scénarios de privatisation; d'autres se font les promoteurs de la disparition de l'Agence au profit d'une mainmise de ses activités par la Communauté métropolitaine de Montréal. Le gouvernement du Québec s'est déjà retiré une première fois du financement de l'exploitation du transport en commun créant ainsi un état de sous-financement chronique. En insistant pour le rapatriement de toutes les activités de l'Agence au sein de la CMM et en excluant, définitivement cette fois, l'implication active de Québec dans le développement du réseau par l'entremise de cette agence, les élus de la région, s'ils n'y prennent garde, pourraient bien créer une situation encore plus difficile.
Elle aura, tout au long de son mandat, multiplié avec succès les initiatives en faveur du transport public: complétion de l'intégration tarifaire, développement du réseau des trains de banlieue, mise en place de stationnements incitatifs; les réalisations et les succès auront été nombreux. Mais sa plus grande réalisation aura été de réussir à intéresser au développement du transport en commun sur leur territoire les élus de la grande couronne de Montréal et d'avoir ainsi jeté les bases permanentes d'une approche du développement plus conforme aux réalités quotidiennes des déplacements, au-delà des traditionnelles batailles de clochers.
J'ai eu l'occasion de côtoyer madame Junca-Adenot lorsque j'étais ministre de la Métropole; je l'ai retrouvée avec plaisir dans mes nouvelles activités au Conseil régional de l'environnement. Je lui faisais récemment part de mon étonnement et de mon admiration devant sa détermination et son enthousiasme toujours aussi vivants après toutes ces années passées à la direction d'une boîte où la conciliation des intérêts multiples n'est pas nécessairement une chose évidente. Elle se disait toujours aussi motivée et emballée par les dossiers dont elle avait la charge, souhaitant visiblement poursuivre son mandat jusqu'à son terme.
Les organismes du secteur de l'environnement lui doivent une dernière réalisation, celle de la première Journée sans ma voiture à se tenir à Montréal. Nous avions des doutes sur le succès de cette première compte tenu du contexte un peu improvisé dans lequel elle se déroulait: Mme Junca-Adenot a su persister, négocier les compromis, convaincre et faire de cette première une réussite qu'elle savait limitée, certes, mais dont elle soupesait tout le poids du précédent ainsi acquis. C'était là sa manière de faire.
Mme Junca-Adenot quitte ses fonctions au moment où de grandes incertitudes planent sur l'avenir du transport en commun dans la région de Montréal, le gouvernement tardant toujours à présenter un plan de financement qui en assure la pérennité et le développement. Les enjeux ont été ramenés à leur portion congrue, celle du seul équilibre budgétaire des sociétés de transport pour le prochain exercice financier. On est loin des défis posés par notre adhésion au Protocole de Kyoto. Certains n'hésitent pas à évoquer des scénarios de privatisation; d'autres se font les promoteurs de la disparition de l'Agence au profit d'une mainmise de ses activités par la Communauté métropolitaine de Montréal. Le gouvernement du Québec s'est déjà retiré une première fois du financement de l'exploitation du transport en commun créant ainsi un état de sous-financement chronique. En insistant pour le rapatriement de toutes les activités de l'Agence au sein de la CMM et en excluant, définitivement cette fois, l'implication active de Québec dans le développement du réseau par l'entremise de cette agence, les élus de la région, s'ils n'y prennent garde, pourraient bien créer une situation encore plus difficile.
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