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La consule a mis sept jours avant de visiter Maher Arar

7 novembre 2003 
Ottawa — Le gouvernement canadien a-t-il vraiment tout fait pour tirer Maher Arar du mauvais pas dans lequel il se trouvait? La question se pose lorsqu'on retrace les gestes qu'a — ou n'a pas — faits l'équipe consulaire canadienne à New York alors que M. Arar était encore détenu au Brooklyn Metropolitan Detention Center.

Ce n'est que sept jours après son arrestation à New York, soit le jeudi 3 octobre 2002, que Maher Arar a pu recevoir la première et unique visite de la consule canadienne Maureen Girvan. Il lui aurait dit à ce moment qu'il craignait d'être expulsé vers la Syrie. Pourtant, selon ce qu'a appris Le Devoir hier, Mme Girvan n'a pas tenté d'en savoir plus: elle n'a jamais consulté les services d'immigration américains (INS) à ce propos, ni abordé la question avec son contact au centre de détention (le MDC). Elle a même pris son week-end de congé. Maher Arar a été expulsé vers la Syrie dans la nuit du lundi 7 au mardi 8 octobre, et Mme Girvan l'a appris après coup.

Ces révélations surviennent alors qu'un autre Canadien détenu et torturé en Arabie Saoudite pendant 31 mois, William Sampson, était de passage hier à Ottawa pour témoigner de ce qu'il considère comme un manque de soutien de la part des services diplomatiques canadiens.

«Tout au long de mon incarcération, a déclaré M. Sampson devant un comité de la Chambre des communes, je considérais que les actions des représentants de l'ambassade étaient nettement en deçà de ce qui pourrait être considéré comme d'un grand secours. [...] Leur comportement et leur traitement de ma famille, en particulier mon père lorsqu'il a visité l'Arabie Saoudite, étaient tout à fait inadéquats.» M. Sampson a dit voir un lien entre le traitement de son dossier, celui de Zahra Kazemi, cette journaliste canadienne arrêtée et battue à mort en Iran, et celui de Maher Arar en Syrie.

Selon les copies des rapports rédigés par la consule et envoyés au ministère des Affaires étrangères, Maher Arar aurait clairement dit lors de sa rencontre avec Maureen Girvan qu'il craignait d'être envoyé en Syrie.

Le rapport, daté du 3 octobre en après-midi et qui a été lu au Devoir, explique en détail le récit fait par M. Arar à la consule de son arrestation et des interrogatoires auxquels il a été soumis. «Arar a ensuite divergé, écrit-elle, pour raconter que les officiers lui avaient dit qu'il n'était pas lui-même un suspect et qu'il serait placé dans un avion une fois qu'il aurait répondu à leurs questions.» La consule écrit ensuite: «Deux agents d'immigration lui auraient dit qu'ils l'enverraient en Syrie. M. Arar aurait demandé pourquoi puisqu'il n'a pas été en Syrie depuis des années et que toute sa famille est au Canada.»

La consule a donc été mise au courant des prétendues intentions américaines d'expulser M. Arar et en a pris note, mais par la suite, elle n'a pas fait de geste particulier à cet égard. Ainsi, toujours le 3 octobre, la consule aurait rédigé un autre rapport faisant état de ses conversations avec la famille de M. Arar. Un fax aurait été envoyé à 17h40 au centre de détention de Brooklyn pour les remercier de leur collaboration et les informer de l'intention de M. Arar de retenir les services d'une avocate.

Les rapports de la consule datent ensuite du lendemain. Elle s'assure en matinée auprès du centre de détention que Maher Arar a bien eu accès à une brosse à dents, à du dentifrice et à ce qu'il faut pour se faire la barbe. La consule est aussi contactée par le Constitutional Rights Group, une organisation américaine, qui voulait entrer en contact avec l'avocate de M. Arar. Le dernier rapport de la consule Girvan, rédigé à 13h44 le vendredi 4 octobre, indique simplement qu'elle a fait rapport de toutes ces démarches à la famille de Maher Arar. Le week-end commence ensuite.

Le lundi 7 octobre, la consule discute avec l'épouse de M. Arar, Monia Mazigh, de même qu'avec un de ses amis basé à New York. Elle demande à Mme Mazigh de lui téléphoner le lendemain si elle n'a toujours pas reçu un appel de son époux. La consule s'inquiète parce que de l'argent a été envoyé à M. Arar par les services consulaires et on s'attendait à ce qu'il achète ainsi une carte d'appel. Rien d'autre à signaler ce jour-là.

Le lendemain 8 octobre à 12h13, Mme Mazigh appelle Maureen Girvan pour l'avertir qu'elle n'a pas eu de nouvelles de son mari. Mme Girvan téléphone au centre de détention pour apprendre que M. Arar a été amené par les services d'immigration INS vers 3h du matin et qu'on ignore où il se trouve. Le contact de Mme Girvan lui conseille d'appeler INS à Manhattan. Là, on lui dit d'appeler les services INS à Washington. Elle inscrira au dossier à 16h34, toujours le mardi 8 octobre, que la personne est «disparue mais présumément quelque part».

On connaît la suite. M. Arar était déjà en route vers la Syrie, où il sera emprisonné pendant un an et torturé. Il n'a jamais été accusé de quoi que ce soit. Il a été libéré sans qu'on sache trop pourquoi il y a quelques semaines.

Est-il normal qu'aucune démarche n'ait été faite au cours du week-end? Contactée au consulat général canadien à New York hier, Maureen Girvan a refusé de répondre aux questions du Devoir. Elle a référé toutes les questions au ministère des Affaires étrangères à Ottawa, où un porte-parole a indiqué qu'il aurait été impossible de toute manière de contacter qui que ce soit le week-end.

William Sampson

De son côté, William Sampson n'avait pas de mots tendres à l'endroit du Canada hier. Il a dit que le ministère des Affaires étrangères avait une feuille de route lourde d'erreurs de jugement, dans son cas comme dans ceux de M. Arar et de Mme Kazemi. Il a réclamé lui aussi la tenue d'une enquête publique, autant pour exercer une forte pression sur le gouvernement libéral que pour que la lumière soit faite sur ces cas de torture.

M. Sampson se plaint que certains membres du personnel consulaire canadien n'ont pas remarqué les signes de torture qu'il présentait et que d'autres les ont délibérément ignorés. Selon lui, son cas a été publiquement minimisé, notamment parce que le Canada voulait protéger ses intérêts pétroliers dans la région. «Si nous avions été dans un autre pays que l'Arabie Saoudite, il y a fort à parier que les pressions diplomatiques auraient été beaucoup plus fortes», a-t-il dit.

De plus, il a dénoncé le fait que les autorités canadiennes aient conclu qu'il était coupable des accusations portées contre lui — fabrication illégale d'une bombe posée dans une voiture piégée, dont l'explosion a fait un mort — par les autorités saoudiennes.

Avec la Presse canadienne






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